QUELQUES ÉCOLIERS
Nous te suivons.
ils sortent.
Les voyez-vous ?
C'est grave.
Avertissez-le donc.
AMAURY, à Gilbert.
GILBERT
AHAURT.
GILBERT
11 n'écoute plus. 4
Maître, ils avaient pourtant une grande soif de la parole.
ABÉLARD. i
Qu'ils lisent mes livres.
GILBERT
Vpus aviez promis de nous compléter l'explication du
mystère de la très-sainte Trinité par la théologie et les mathématiques *7.
Eh! ne vous ai-je pas donné les principes? Allez de vous-mêmes aux conséquences. Faut-il donc que je fasse l'office de votre intelligence? Vous voulez toujours apprendre, tâchez d'abord de comprendre... Mais personne ne comprend
AMAURY
Mais pourquoi leur ravir le bonheur de vous entendre? Votre éloquence est leur bien, le nôtre...
Oui, tout vous appartient, n'est-ce pas ? Je n'ai rien à moi. C'en est trop aussi, j'ai besoin de mon repos. Ne sera-t-il pas à moi du moins ? Je suis votre maître et non pas votre esclave. Laissez-moi la paix.
11 vaut s'éloigner.
La paix?.. Allons, remets ton épée dans le fourreau, Simon-Pierre.
ABÉLARD, retournant la tête.
Quoi?., m se rapproche.) Mais non, mes amis, laissez-moi prendre un peu <Ie repos... N'avez-vous pas mes livres? Ils sont à vous; je vous les abandonne... Hilaire, ouvre ton coffret.
Hilaire obéit.
DITTMAR, s'approchant arec empressement.
Ah! vos livres ! mon maître, à moi, le premier.
ABÉLARD, prenant un manuscrit.
Tenez, Gilbert, tenez Dittmar; c'est le Scito teipsum, écrit tout entier de ma main s*.
DITTMAR, vivement.
Je le prends.
Lisez, et que mon esprit soit avec vous. Le texte est concis et demanderait une glose. Je me confie à votre intelligence pour saisir le sens. Mais qu'il ne sorte pas de mon école, vous m'entendez ?
GILBERT
Comptez sur nous.
DITTMAR.
Merci, merci, quç de bonté!
HILAIRE, bas à Manegold.
Et toi qui l'accusais!
Confiance, confiance, tu t'appelles perdition.
Adieu, mes amis; travaillez.... excusez-moi,, si je ne suis pas à vous tout entier ; et ne me méconnaissez jamais. Excusez-moi ; il me faut un peu de relâche. L'esprit use nos forces. La lumière qui éclaire est aussi la flamme qui consume. Adieu.
11 sort.
MANEGOLD, le regardant
Nunc scio quid sit amor.... w.
AMAÙRT.
Que de bontés !
HUGUES
Ah! que nous étions injustes!
MANEGOLD, bas à Hiltlre.
Je parie qu'il va rue... Suivons-le.
Dieu m'en préserve!.. Si pourtant; mais nous deux seuls !
DITTMAR, d'un air de joie.
Je tiens son livre !
GILBERT
Vous êtes heureux ; aucun ne Fa lu. Vous me le passe-' rez, quand vous l'aurez fini.
AMAURY
Et à moi.
UN AUTRE ÉCOLIER
Et à moi.
D1TTMAR.
' r A tous ceux qui ne seront pas pressés de devenir évoques.
HUGUES.-
Que veut-il dire?
DITTMAR.
Qu'il y a certainement dans ce livre plus d'une hérésie.
MANKGOLD.
Plus d'une ! Âlbéric en trouverait plus de cent. N'estce pas, Dittmar?
AMAURY
C'est le sort de tous lès textes séparés de leurs commentaires.
MANEGOLD
Dittmar se chargera du commentaire, — Hilaire, allons rue des Chantres.