LÀ CHAMBRE D'HÉLOISE
Le soir.
HÉLOISE, seule.
Tout repose. Quel silence! Il va venir.... Et cette fois, ma porte s'ouvrira à l'époux que Dieu m'a donné. L'innocence est rendue à notre amour, et la pureté à nos embrassements. Il me semble que la couronne de roses
blanches refleurit sur mon front Jamais je ne fus si heureuse.... Est-il bien vrai? Et ne suis-je pas moi-même sous le charme encore de la cérémonie d'hier. Ah ! je calomnie mon amour» il était sans regrets comme sans limites. Ai-je souhaité rien de plus que ce que le sien m'avait donné? Rien manquait-il à mon bonheur, et jamais ai-je souhaité d'autres titres que les noms délicieux que me prodiguait sa tendresse? Abélard, celle qui est à toi ne peut envier aucune chose, et l'amour que tu donnes ne laisse dans le cœur nulle place pour d'autres sentiments. 0 le bien-aimé de mon âme, pouvons-nous être plus heureux que nous ne l'avons été !
Hélas ! notre bonheur peut se perdre et non s'accroître. Qui sait si nous ne l'aurons pas gâté en y touchant?.... Y a-t-il prudence à changer une destinée qui charme contre une situation qui rassure?.... La raison, le devoir le voulaient; et cependant depuis cette importante cérémonie, j'essaie en vain de chasser de tristes pensées.... Comment mon bonheur serait-il moins sûr, maintenant que Dieu l'a consacré?.... Ah! mon cœur est insensé.... Un bruit?... Qu'entends-je ?... Ah! je suis comme la Sunamite : « Vox dilecti met pulsantis : aperi mihi, soror mêa.... misit manumper foramen et intremuit venter meus.... surrexi ut aperirem dilecto meo AA. »
Elle se lève et va vers la porte. On entend un grand bruit.
Ciel! ô ciel!.... Des cris!.... Allons.
Elle ouvre sa porte.
FULBERT, entrant.
Ne sortez pas, Héloïse ; je vous le défends.
HÉLOISB.
C'est vous!... il est mort!
* FULBERT
Non.
HÉLOISK.
Non?.... laissez-moi passer.
Les trois hommes apportent Abélard évanoui. FULBERT.
Tenez, voilà votre fiancé.
HÉLOISE, se jetant sur son amant.
Mon mari!
FULBERT
Son mari!.... je suis perdu... m.