PREFACE
Mon père m'a souvent raconté qu'un soir de l'été de 1836, il était entré au théâtre de l'Ambigu-Comique, où l'on jouait un drame intitulé : Héloïse et AbélardK Qu'on ne s'étonne point : mon père avait dès la jeunesse, dès l'enfance, le goût du théâtre dans ce qu'il a de sérieux, et aussi de frivole. Jusque dans les dernières années, il prenait un réel plaisir à toute représentation dramatique, embrassant tous les genres dans son incessante curiosité pour les manifestations de l'esprit. Le vaudeville le plus gai, le mélodrame le plus sombre lui inspiraient un égal intérêt. Il était particulièrement séduit par l'un des traits brillants de la littérature moderne : l'invention. Cette qualité le rendait indulgent, et, pour elle, il excusait mille défauts de vraisemblance ou de style. Très-sévère pour ses propres
1. Hélcnse et Abélard, drame en cinq actes, par MM. Anicet Bourgeois et Francis Cornu, représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre de l'Ambigu-Comique, le 26 mars 1836.