‹ Abélard; drame inédit. Publié avec une préf. et des notesChapitre 10 sur 164 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

pour celui qui veut créer une œuvre d'art. II ne peut être justifié que par le succès. Abélard dit quelque part que Dieu punit en lui la présomption des lettrés. Cette présomption, mon père ne l'avait point.

Il ne pensait pas cependant que son ouvrage serait nécessairement et à jamais ignoré, et il m'a laissé libre de le publier. J'use aujourd'hui de ceUe liberté. La plupart des raisons qui l'ont retenu ont disparu avec lui, tandis que toutes celles qu'on lui donnait autrefois pour la publication, et qui le faisaient hésiter, subsistent tout entières. Peut-être cependant eussé-je désiré d'attendre des jours plus calmes, plus littéraires pour ainsi parler, et vaudraitil mieux que l'écho des dernières dissensions politiques fût éteint. L'esprit de parti règne encore et peut nuire à l'impartialité de quelques critiques. Une prudence timide m'eût commandé ce retard s'il ne s'agissait pour lui que d'un succès littéraire, pour moi que de la douceur de le voir apprécié, admiré davantage par ceux qui l'ont connu, et révélé à une génération nouvelle. Mais il y va de bien plus à mes yeux : on ne peut méconnaître en lisant cet écrit que l'auteur y détend comme ailleurs la liberté qu'il a tant aimée ; très-indirectement la liberté politique, plus clairement la liberté de la conscience et de la pensée. Autant que nulle autre de ses œuvres, celle-ci est toute pleine des sentiments qui ont dirigé sa vie. Nulle part il n'a plus hardiment revendiqué les droits de la raison, protesté contre l'intolérance, glorifié l'indépendance de l'es-

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