‹ Abélard; drame inédit. Publié avec une préf. et des notesChapitre 9 sur 164 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

père pour refuser de publier le drame d'Abélard, c'était la pensée que, dans notre pays, les hommes sont classés d'avance et dès leur début, et qu'il ne voulait point sortir de la situation littéraire et politique où il s'était tout d'abord placé. Il avait vu trop souvent la défiance accueillir une œuvre nouvelle et étrangère aux premiers essais d'un écrivain. L'idée d'un homme universel, ou seulement doué de talents variés, est rarement acceptée, et ce que l'on gagne en étendue, paraît presque toujours perdu en profondeur. L'exemple de Voltaire, qui fut si longtemps discuté et contesté, est plus effrayant pour les audacieux que rassurant pour les timides. Mon père n'espérait pas que l'on fît en sa faveur une exception à la loi commune de la spécialité de l'esprit. Il lui semblait qu'il n'eût acquis en littérature quelque réputation qu'aux dépens de son autorité politique. Il pensait d'ailleurs que la critique a surtout le droit de s'exercer sans limites sur les livres où l'invention domine. C'est bien complètement alors qu'on se soumet au jugement des hommes. Les productions romanesques n'ont aucun droit à l'indulgence, car ce n'est jamais un devoir de les écrire, encore moins de les imprimer. Dans les livres de science ou d'exposition de principes, si le talent ou le succès manque, l'opinion doit tenir compte d'une conviction sincère et d'un travail consciencieux. On juge en eux les sentiments plus que lé talent. Ces compensations sont assurées à l'homme qui participe aux affaires de son pays, ou cherche à instruire, à éclairer, à persuader. Rien de pareil

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