‹ Abélard; drame inédit. Publié avec une préf. et des notesChapitre 13 sur 164 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

événements vrais y sont exploités librement, abrégés et rapprochés à volonté, et ce qui, dans le fait, s'est accompli peut-être en trente ou quarante ans, paraît ici renfermé dans un espace de temps quatre ou- cinq fois moindre. Mais presque tout est emprunté à la réalité ; les principaux personnages ont vécu; ils ont agi, ou auraient pu agir, comme ils font ici. On a essayé de les représenter avec fidélité, on s'est attaché à imiter leurs mœurs ou celles de leur époque, et, en les peignant des couleurs qui ont paru les plus propres à produire quelque effet, on a prétendu respecter le fond des caractères. Il en est de môme des opinions : celles qui sont semées dans le dialogue se rapportent en général à celles des hommes qu'on voit en scène, ou du moins aux conséquences prochaines des maximes qu'ils professaient. L'esprit du temps est conservé plus exactement qu'on ne croira peut-être. Sans doute il a fallu modifier le langage, et de même qu'on ne «pouvait faire parler tout ce monde en langue latine ou romane, il a fallu donner k l'expression des idées et des sentiments quelque chose du tour actuel et de la forme contemporaine. L'imitation littérale eût été fastidieuse, inintelligible; elle n'est point d'ailleurs un procédé de l'art. Cependant ce serait une erreur de penser que le langage des personnages du drame diffère essentiellement de celui des personnages de l'histoire. Si l'on veut bien se rappeler qu'ils appartiennent presque tous à la classe savante, que l'action se passe dans le monde lettré, ou plutôt dans le monde philosophique, on s'étonnera moins de trouver ici des idées, des sentiments, des expressions qui d'abord auront paru bien modernes. Les philosophes de tous les temps habitent, quoi qu'ils fassent, dans la même

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région intellectuelle, et leur esprit tourne incessamment autour de ce qu'il y a d'éternel dans la pensée humaine.

On voit donc que, malgré les libertés prises avec les faits dans un ouvrage d'imagination, il peut être nécessaire, pour le bien juger, de se former une notion de ces faits, et de connaître un peu de vrai, de peur de soupçonner trop d'invraisemblable.

Au xn" siècle, ce qu'on a appelé plus tard la république des lettres n'existait pas. L'Université n'existait pas. L'Église semblait toute la société intellectuelle. Dans l'Église, ou tout au moins près d'elle, il y avait des écoles. Dans chaque diocèse un peu important, sous les yeux de l'évêque et quelquefois dans sa maison, se tenait une école appelée souvent pour cette raison École épiscopale. L'enseignement, quoique destiné presque exclusivement aux clercs, n'y était pas essentiellement théologique. Il roulait sur les sept sciences alors connues ; d'une part les trois qui formaient le Trivium, savoir : la grammaire, la rhétorique et la dialectique, et, de l'autre, les quatre dont se composait le Quadriviumy savoir : l'arithmétique, l'astrologie, la géométrie et la musique. Mais rarement embrassait-on dans une seule école cette encyclopédie du temps. Le Trivium était l'objet ordinaire de l'enseignement. Celui qui professait les trois sciences professait, à vrai dire, la philosophie, laquelle se résolvait alors dans la dialectique, c'est-à-dire la logique appliquée à l'argumentation. Le professeur portait habituellement le titre à'Écolâtre, ou de Scolastique, ses auditeurs étaient les écoliers ou les scolaires. On disait l'écolâtre ou le scolastique de l'église de Laon, ou de la cathédrale de

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