AI! EL AU D
Autrefois. Que n'y sommes-nous encore, dans cette sainte tribu du Paraclet! mais le Paraclet!... non, l'abbesse ne l'a point quitté, . . quedisais-je donc?... Ah! mon pauvre Hilaire, ma tête faiblit et ma raison s'égare... Elle n'est point venue?
HILAIRE
Presque; elle m'a écrit.
ABÉLAUD.
Elle vous écrit?...
HILAIRE
Pour vous.
ABÉLARD, froidement.
Vous n'avez rien d'autre à m'annoncer?
HILAIRE
Elle est prête à venir.
ABÉLARD, douloureusement.
Ah! Hilaire! qu'elle vienne en songe, mais que je ne la revoie jamais !
HILAIRE
L'abbé est venu. Il voulait vous dire... vous rappeler... qu'il a écrit au pape.,. On lui répond qu'on serait disposé à vous relever des condamnations encourues, si vous vouliez reconnaître...
ABÉLARD, se rodrossanl sur son Ht.
Hilaire, je ne suis qu'un pauvre malade ; on m'a condamné, maudit, honni ; je suis sans force et sans défense; mais rien jamais ne me fera reconnaître un pouvoir audessus de mon esprit.
Pourtant vous aviez autorisé le saint abbé à demander pour vous...
Grâce, n'est-ce pas ?
HILAIRE
Réconciliation.
C'est à l'opprimé de pardonner. Que l'oppresseur supplie ; il a besoin de grâce.
HILAIRE
Mais il est, vous le savez, des puissances légitimes ; on peut leur céder sans honte...
Bernard me céderait-il ?
HILAIRE
Il est prêt à vous ouvrir ses bras. Il a répondu à l'abbé...
ABÉLARD, se relevant avec colère.
Répondu?... à lui aussi, on lui a écrit?... On m'a trahi, on m'a humilié... Malédiction sur les traîtres! Quoi vous, Hilaire!... malédiction!
HILAIRE
Mon maître!... Grâce, pardon, ne me maudissez pas.
Il se jette à genoux près du lit.
ABÉLAKD.
Moi, dont les livres sont dans les mains des anges ! qui assiste aux concerts célestes !.. . Je me vengerai; moi aussi, je prêcherai ma croisade, une croisade contre l'Église. J'irai délivrer le saint tombeau où ils retiennent la vérité captive. L'Église périra, Dieu le veut ! Dieu le veut !
H ILAIRK, se relevant.
0 mon maître, reprenez vos sens.
ABËLARO, continuant.
Et la belle prisonnière, sortant de son sépulcre, reviendra couronnée de roses blanches... C'est ma fiancée; elle est à moi... Assassins, assassins, je suis son mari.
Il retombe sur son lit, l'abbé entre en ouvrant doucement lu porte. PIKRKE.
Eh bien ?
IIILAIUK.
Jamais je ne le vis en proie à une semblable crise.
PIERRE, regardant Abélard qui s'agite sur son lit.
Ses yeux m'effrayent... Serait-ce l'heure suprême ? JVfon Dieu, inspirez-moi. — Mon fils, me reconnaissez-vous?
ABÉLARD, le regardant fixement.
Vous êtes le chanoine Fulbert.
PIERRE
Je suis votre ami, votre frère...
Êtes-vous sorti de votre abbaye de Clairvaux pour m'outrager?...
PIERRE
Je viens vous bénir.
LA MORT. m
ABÉLARl), ^e iclovant un |ifii.
Si je veux vous bénir?... Écoute, Bernard, à genoux; repens-toi.