‹ Abélard; drame inédit. Publié avec une préf. et des notesChapitre 15 sur 164 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

» l'esprit d'indépendance, qui, sous diverses formes, tra- » vaillait la multitude et secouait le joug d'une loi supé- » rieure. Abélard voulait le progrès par la force humaine, » comme saint Bernard le voulait par la puissance de » Dieu. C'était une voie attrayante ouverte aux présomp- » tions de la science que de dispenser de croire avant » d'avoir compris, et l'orgueil humain trouvait quelque » gloire à faire comparaître devant le tribunal de la » raison les dogmes de la religion pour les juger et les » déclarer valides. Il est vrai que Abélard professa toujours

» un respect sincère pour l'Église mais son inexcusa-

» ble faute est d'avoir appliqué aux vérités dogmatiques » le principe du libre examen. C'est là, qu'il en eût con- » science ou non, c'est là ce qui fit à la fois et la vogue » et le danger de son enseignement. Abélard, en appli- » quant à la théologie une telle mesure d'appréciation, » posa le principe du rationalisme qui, dans son premier » développement, exerça sur la foule passionnée l'espèce » de fascination que le protestantisme produisit trois » siècles plus tard, et que le libéralisme a renouvelée de » nos jours avec un succès non moins éclatant. Tou- » jours l'esprit d'indépendance, de quelque forme et de quel- » que nom qu'il se revête, excitera la sympathie de notre » nature déchue, et toute doctrine qui favorisera le » triomphe de la volonté propre sur l'autorité divine... » sera sûre d'être accueillie avec enthousiasme par la » multitude aveugle et insensée ^ »

Devenu le premier dans la philosophie et dans la théo-

1. Histoire de saint Bernard, par l'abbé Théodore Ratisbonne, t. II, ch. xxvn.

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logie, Abélard devint riche, puissant, célèbre. Ce qu'on raconte de l'affluence des étrangers pour l'entendre est presque incroyable. L'époque de sa plus grande gloire lui devint fatale. On connaît son amour pour Héloïse et ses malheurs (1117).

Mais l'indépendance de son esprit et de ses doctrines ne pouvait manquer de soulever l'Église contre lui. Saint Bernard fut pour lui ce que saint Anselme avait été pour Roscelin. En vain avait-il fait profession dans les mains de l'abbé de Saint-Denis et pris l'habit religieux; en vain avait-il fondé l'institut du Paraclet qui devint plus tard une abbaye fameuse sous l'administration d'Héloïse, il fut persécuté. Traduit d'abord au concile de Soissons qui ne se prononça pas (1121), il fut à la fin condamné au concile de Sens, oîi le roi Louis le Jeune assista en personne (1140). Avant de se soumettre au jugement, il en appela au pape, et, se rendant en Italie, il s'arrêta dans le monastère de Cluny. C'est sous la protection de l'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, que s'écoulèrent ses derniers jours. Il mourut en 1142. Ainsi sa vie historique dura au moins trente ans.

Ce sont ces trente années qui ont été resserrées dans le cadre de ce drame, dont l'action ne paraît durer que de sept à huit ans. A l'exceptiori du premier concile qui a été supprimé, il contient et reproduit ceux des événements de la vie d' Abélard qui viennent d'être rappelés. Ces événements sont les principaux , non les seuls intéressants de cette orageuse vie, mais ils forment un cer tain ensemble, et ils suffisaient pour mettre en lumière l'idée dont cet ouvrage est le relief et le développement. C'est maintenant au drame de s'expliquer lui-même. Ce

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qui vient d'être dit le fera mieux comprendre , mais mieux que ce qui vient d'être dit, il doit faire comprendre Abélard et la pensée de l'auteur. Tout ouvrage qui prétend au titre d'ouvrage d'imagination est semblable à ces vases d'albâtre qu'une flamme intérieure rend visibles dans la nuit.

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