I.A THKOI.OGIK
ABÉLARU.
C'est pour cela, docte doyen. Comment aurez-vous la preuve que nous n'avons pas altéré vos leçons dans notre intelligence, si vous ne nous les faites répéter? Vous serez là d'ailleurs pour nous avertir, pour nous redresser. Nous vivons dans un temps, mon père, où il est bon que les laïques eux-mêmes soient bien fermes dans la foi, bien versés dans le texte et dans la glose, pour ne dire que vérité. Le mensonge se propage si aisément, l'erreur fait tant de progrès...
ANSELME
Vous parlez à merveille. — Allons , mon enfant, je veux, bien accorder ce que vous demandez. Et puis ce sera un moyen de voir si effectivement... dans le cas où, par impossible, le malin Esprit... Mon Dieu! on ne sait pas... Seulement faites bien attention à ce que vous direz... et surtout... oh ! oui, surtout, avant de commencer, recommandez votre âme à Dieu.
Je n'aurai garde d'y manquer.
ANSELME
Car, voyez-vous, la science, l'art de la parole, tout cela n'est parfois qu'un don de Satan, un charme, un malélice... Ce n'est pas que je veuille dire... oh! non... mais enlin, nous verrons... N'est-ce pas, vous ferez votre oraison avant de parler? Même vous direz trois fois : Vade rétro, Satanas ** .
Mon père, nul ne doit prendre la parole dans une assemblée sans invoquer au préalable celui qui a dit :
« Toutes les fois que vous serez deux ou trois réunis, je serai au milieu de vous *^. »
ANSELME
A merveille! — Vous entendez, Gautfroy?
GAUFFROY.
Et j'en rends grâce à Dieu.
ALBÉRIC, à Lotulfe.
Imbécile !
Je puis donc compter que demain, à la troisième heure, vous voudrez bien vous réunir tous, non pas ici assurément, je serais confus de me taire entendre dans un lieu sacré que le chapitre cède à son digne doyen pour y faire ses leçons ; ce serait en quelque manière une profanation; mais dans une salle tout près de mon domicile, où s'assemble quelquefois la commune qui me l'a bien voulu prêter. Vous me le promettez, maître Anselme?
ANSELME
Soit. J'aurais mieux aimé ne pas aller dans une maison de cette commune
Ce serait péché d'orgueil à moi que d'enseigner ici. Vous voudrez donc bien, mes chers condisciples, permettre que je vous fasse une glose, à charge de revanche. Ce sera à chacun son tour.
PLUSIEURS VOIX
Oui, oui.
MANEGOLD
Parlez pour vous, je ne glose que sur le prochain.
LOTULl'K, bas à Albéric.
Que dis-tu de ceci?
ALBKKIC, l)as. ,
Qu'il se perd; il est impossible que son mauvais esprit ne se trahisse pas par quelque endroit.
LOTULFE, bas.
Dieu le veuille!
Maintenant, mon père, je n'ai plus rien à dire. Je vous ai trop retenus. Nous allons prendre nos places.
ANSELME
Oui, mes amis, rangez-vous tous. (Ilsse rangent sur les bancs. Quatre chanoines restent sur leurs sièges pour assister à la leçon.) Ltes-
vous prêts? Silence. — Invoquez mentalement le Saint- Esprit. (Une pause.) Bou ! — Dans la dernière audition, nous en étions restés au verset 13 du chapitre xi. Je le reprends, et lis le texte : Nam ejusmodi pseudo apostoli, etc. y etc.. ou plutôt, je traduis : « Car ces sortes de faux apôtres » sont des ouvriers trompeurs qui se déguisent en apôtres » du Christ; — et cela n'est pas étonnant; Satan lui- » même se déguise en ange de lumière ***. » (u s'arrête.) Satan en ange de lumière! ah, mon Dieu! — Enfin voilà le texte; voici la glose....
u continue.