SCÈNE IV
Le môme jour.
UNE SALLE A MANGER DIIOTELLER lE.
QUELQUES ÉLÈVES, amis d'Abélard. MANEGOLD, entrant le premier.
Nous pourfendons les chanoines, Nous escoffions les moines, A nous lîi dixmo et l'encens, Gens de bon sens....
AMAUUY.
Paix donc, Manegold ! ne scandalisons personne.
Il n'y a personne à scandaliser ici.
DITTMAR.
Nous sommes entre nous.
GOMBAULD
Amis, il faudra se mettre à p:enoux devant le maître, et lui dire : « David, où avez-vous mis notre fronde? Golialli est mort. »
• ODON
Nous voilà docteurs in utroque.
D ITT M An.
FA in ulriimque. La philosophie sera notre main droite et la théologie notre main gauche.
MANEGOLD
Et l'on ne pourra dire que la main gauche ignore ce qu'a fait la main droite.
DITTMAR.
Nous jouerons de l'épée à deux mains.
ODON
Ah! comme on soupe après une telle journée!
DITTMAR.
Il les a, ma foi! pris tous d'un coup de lilet. Excepté ce bon GaufFroy, je ne sais s'il y avait un disciple du doyen qui ne se pressât autour d'Abélard quand il est sorti.
GOMBAULD
J'ai vu Christophore baiser le bas de sa robe.
AMAURY
Gilbert était enlevé... Je ne crois pas avoir jamais entendu rien de plus beau.
DITTMAR.
J'ai été fâché vraiment que le pauvre doyen se fût trouvé mal si tôt; la lin l'eût persuadé.
GOMBAULD
Le commencement était un peu sec; je tremblais qu'il ne manquât son coup.
AMAURY
Il fallait débuter ainsi , les amener peu à peu, les enchaîner dans l'argument, et puis les emporter ensuite avec soi au troisième ciel de l'éloquence,
ODON
Oh ! il s'y entend ; aussi fin qu'il est fort.
Çù, messeigneurs, si quelques-uns de ces clercs viennent souper avec nous, vous leur ferez bonne mine.
M ANEGOLD.
Corarnent donc ! je leur céderai la meilleure place au feu; et si même la fille du mercier peut leur agréer....
AMAUUY.
Holà! ne va pas leur parler sur ce ton.
MANEGOLD
Me prends-tu pour un sot, et les prends-tu pour des saints?
ODON
Et ne soupera-t-on jamais?
MANEGOLD
Attendons Abélard; il soupera peut-être avec nous.
DITTMAR.
Ce n'est guère son plaisir.
MANEGOLD
Oui, oui, jadis; mais j'ai remarqué qu'il s'apprivoise. Il rit d'un conte ii rire.
ODON
• Te souviens-tu quand il est arrivé de Bretagne?. .
DITTMAU.
Oui, dans le cloître de Notre-Dame.
ODON
Un vrai sauvage!.. Des habits de grosse bure, des cheveux mal peignés. .
DITTMAR, à Amaiiry.
Tu n'étais pas alors avec nous''
AMAURY
Non, je ne suis entré dans J'École qu'après le départ de Guillaume de Ghampeaux.
Moi, du premier moment que j'ai vu Abélard, j'ai reconnu un grand homme.
Allons donc! Je me souviens que tu me dis :
Le voilà le Breton parfait, Vin paon qui brait.
DIÏTiMAR.
Point. C'est moi qui, à la première parole, ai crié : A bas le Champeaux!
MANEGOLD
Toi !.. il fallait, ma ibi! d'autres épaules et d'autres poumons que les tiens....
GOMBAULD
Ou les tiennes.
AMAURY
Non pas, il faut dire les tiens.
GOMBAULD
Non, les tiennes. Épaules précède.
AMAURY
Et poumons suit. Le dernier nom gouverne.
MANEGOLU.
Grand merci, mes maîtres! Vous faites une belle glose i^i mon texte, si belle que je ne sais plus ce que je voulais dire.... Ali! je disais que-Dittmar se vantait....
Non, je ne me vante point; c'est la vérité. C'est moi qui ai poussé le premier cri contre rarchidiacre....