I.A ru F':(JI.UG1E
(;aUFFUOY, oiilrant.
Mon pÎTc, voici Abélard.
ANSELME
Dieu soit loué! (a AbéUnd ((ui s'approche.) Moil fiis, jft VOU.S
remercie d'être venu tout de suite; le temps presse.
Mon père, j'avais hâte de vous voir ; on vous dit souffrant.... Je vous trouve bien.
ANSRLMK.
Je suis vieux, malade.... et vous m'avez fait un mal.... mortel.
Moi? Dieu du ciel ! — Pardonnez-le-moi.
ANSELME
De tout mon cœur, celui que vous m'avez fait, mais l'autre mal que vous feriez.... Mon fils, écoutez-moi bien.... Ce que vous avez dit aujourd'hui, ce que vous enseignez, qui vous l'a suggéré? est-ce le malin esprit? lui avezvous donné votre âme?.... Ne me mentez point.
ABKLAKD.
La tête du serpent est brisée, mon père, et le mal n'est plus que dans le cœur de l'homme. Jugez mon cœur.
ANSELME
Dieu soit béni !...." Embrassez-moi, mon fils, vous n'êtes qu'un pécheur. — (siicncc) Mais alors.... Écoutez-moi.... Dieu vous a fait de grands dojis ; il vous a octroyé la science d'un saint Jérôme et la parole d'un saint Basile. Reconnaissez-vous ces dons en les tournant contre celui (jui NOUS les a faits, en vous séparant de son Eglise, en
17i ACTE DEUXIÈME.
cherchant la vérité hors de ses voies?.... Mon fils, vous croyez peut-être que c'est la vérité qui vous mène ? Mon lils, c'est l'orfiueil. — Mon fils, humiliez-vous.
ABKLARD.
L'humilité est dans le cœur de celui à qui tout, la science môme, atteste l'infirmité de notre nature.
ANSELME
Mon fils, il y a encore bien de l'orgueil sous cette humilité-là. Écoutez, l'orgueil perd les meilleurs, il vous perdra.... dès ce monde peut-être. Humiliez-vous, renoncez à la science, à la science qui enfle, qui égare ; ou si vous voulez continuer cette vie d'études à laquelle vos facultés vous appellent, entrez en religion, mettez ainsi un frein salutaire aux suggestions, aux dérèglements de l'esprit ivre d'orgueil.... Enfin, mon fils, humiliez-vous. — Je vous en conjure par les mérites de notre divin Rédempteur. Donnez-moi sur mon lit de mort une parole consolante, car je vous aime. . . .
Mon père...., en vérité.... votre charité m'attendrit,... mais vous ne mourrez pas.
ANSELME
Mais je ne vous verrai plus. Le siècle vous appelle, il vous réclame comme sa proie ; c'est la dernière fois que vous m'entendez.... Par grâce, mon fils, humiliez-vous.
ABÉLAUI).
Mon père, humilions-nous. — Que sommes-nous? Cendre et poussière. Mais il y a en nous un souffle divin, une ame, ombre de Dieu. Respectons-la : se res-
pecter; ce n'est pas s'enorgueillir. Mon père, votre chrétienne résignation vous fait une illusion touchante. Vous croyez mourir et vous êtes prêt.... Laissez-moi vous parler comme si nous étions l'un et l'autre à ce moment de suprême vérité, auquel vous aspirez et que je ne redoute pas. Mes erreurs vous alarment et je vous en rends grâce : priez pour elles, pour moi; je vous rendrai charité pour charité. . . . Vous vouiez bien de mes prières, n'est-ce pas? Nous en avons, tous besoin.
ANSELME
Ah! sans doute.