G A UF F ROY
Oh! du repos, je n'en ai nul besoin. Je veux au contraire vous épargner du travail en vous lisant tout mon grimoire. Je vais....
Ne prenez pas tant de peine.
GAUFFROY.
Pourquoi? Vous voulez toujours faire tout vous-même. Vous vous épuiserez de travail. — Nous pourrions vous .«sauver beaucoup d'ennui si vous nous permettiez de lire à votre place, et de vous soumettre les questions toutes posées. Souffrez donc, mon cher maître...
Kli non, (iauHVoy; vous me fatiguez, vous dis-je. Lisez votre Proslogium tout seul, si cela vous plaît, mais laissez-moi en paix.
GAUFb'KO Y.
Pardon, je ne voulais....
ABÉLAKD.
C'est assez. — (a Dittmar.) Eh bien, Diltmar, vous disiez, je crois, qu'il t'ait beau?
IJITTMAK.
Un temps superbe.
AMAUUV.
Et là-dessus, maître, veuillez prononcer entre Dittmar et moi. Nous avons pris querelle sur une question de dialectique....
De dialectique et.de théologie tout ensemble.
N'ayez point de disputes frivoles, je vous prie.
AMAUKY.
Celle-là ne l'est pas. Il s'agit de savoir dans quelle catégorie placer le temps. Vous savez que Scot divise la nature en quatre sortes de choses : celles qui créent et ne sont point créées. — Celles qui sont créées et ne créent point. — Celles qui sont créées et qui créent à leur tour. — Enlin, celles qui ne sont ni créées ni créatrices. Il pense que cette dernière classe est contradictoire et n'existe pas ^. Or, il me paraît à moi que le temps est dans ce cas; le temps ne crée point et n'est point créé. En effet....
lî^O ACTE TROISIÈME.
UITTMAK.
Et moi, je lui soutiens que c'est une impiété que? de dire que le temps n'est pas créé. Évidemment Dieu a créé le temps. En effet....
ABÉLAKD.
Mais d'abord qui, dans mon école, est assez sot pour lire Scot aujourd'hui?
DITTMAR.
Scot vaut bien....
ABÉLAIU).
Son lecteur, soit. — Laissez- moi.
AMAURY
Un seul mot: si le temps est une création, il faut....
A B lî L A n U.
H faut ne pas m'ennuyer.
U leur luunie le du:-.
DITTMAR, à (l(-mi-voix.
il est bien hautain.
ABÉLARD, à Hllaire.
Hilaire, on n'a rien apporté pour moi ?
hilairj:.
Pardonnez-moi, il y a dans la salle un coji'ret incrusté d'étain et de cuivre qu'un page m'a remis.
ABKLABD.
Va le quérir, (pilaire sort.» Que dit-on de nouveau par la ville?
AMAURV.
Qu'il a été question à l'Hôtel du roi d'obliger tous les jeunes varlets de sa suite à fréquenter vos leçons, et de
I/AMOUH. 191
recréer pour vous l'école du Palais qu'avait fondée l'empereur Cliarlcmagne ^".
ABKLAIID,
Si le roi veut se mêler de nos sciences, qu'il commence par nous venir écouter lui-même. La science vaut bien un tel auditeur.
GAUFFROV,
Il paraît que le prévôt de la ville a dernièrement réuni les éclievins pour les entretenir de la nécessité de pourvoir à la police de ces multitudes d'étrangers qu'attire à Paris votre renommée, et de leur assigner un quartier dans la ville, voire même de les soumettre à la taille....
ABÉLAUD.
Sont-ils donc marchands ou artisans qu'on les doive taxer? et ce qu'ils gagnent avec moi, le roi l'eutend-il mettre dans son épargne? N'importe, c'est un roi digne de notre temps.
m L AIRE, lentpant.
Voici le coffret.
ABÉLAUD, regardant le dessus.
Qu'est-ce que cela?
DIXTMAK, regardant.
Des armes de comte.... ou de comtesse!
Abélard ouvre le coffre cl en tire un iiajtiei . A B É L A R 1).
Des vers!...
11 lit.
Al BIEN DISANT.
« Nobles propos, paroles séduisantes,
« Il sait tout dire; et si, jusqu'à ce jour,
» Le croirait-on? ses lèvres bien disantes
1) Oncques n'ont dit : « .Je vous aime d'amour. >