‹ Abélard; drame inédit. Publié avec une préf. et des notesChapitre 83 sur 164 · QUELQUES ÉCOLIERS · texte numérisé non relu

QUELQUES ÉCOLIERS

Nous te suivons.

Ils sortent.

AMAURY, à Gilbert.

Les voyez-vous ?

GILBERT

C'est grave.

AMAURY

Avertissez-le donc.

GILBERT

Il n'écoute plus.

HILAIRE

Maître, ils avaient pourtant une grande soif de la parole.

Qu'ils lisent mes livres.

GILBERT

Vous aviez promis de nous compléter l'explication du

mystère de la très-sainte Trinité par la théologie et les mathématiques ^'^.

Eh ! ne vous ai-je pas donné les principes ? Allez de vous-mêmes aux conséquences. Faut-il donc que je fasse l'office de votre intelligence? Vous voulez toujours apprendre, tâchez d'abord de comprendre... Mais personne ne comprend.

Mais pourquoi leur ravir le bonheur de vous entendre? Votre éloquence est leur bien, le nôtre...

Oui, tout vous appartient, n'est-ce pas? Je n'ai rien à moi. C'en est trop aussi, j'ai besoin de mon repos. Ne sera-t-il pas à moi du moins ? Je suis votre maître et non pas votre esclave. Laissez-moi la paix.

11 veut s'éloigner.

MANEGOLD

La paix?.. Allons, remets ton épée dans le fourreau, Simon-Pierre.

ABÉLARD, rcluurnant la tcte.

Quoi?.. (Il se rapproche.) Mais nou, mes amis, laissez-moi prendre un peu de repos... N'avez-vous pas mes livres? Ils sont à vous; je vous les abandonne... Hilaire, ouvre ton coffret.

Hilaire obéit.

DITTMAR, s'approchant avec empressement.

Ah! vos livres ! mon maître, à moi, le premier.

ABÉLARD, prenant un manuscrit.

Tenez, Gilbert, tenez Dittmar; c'est le Scito teipsum, écrit tout entier de ma main '-^.

DITTMAR, vivement.

Je le preuds.

Lisez, et que mon esprit soit avec vous. Le texte est concis et demanderait une glose. Je rae confie à votre intelligence pour saisir le sens. Mais qu'il ne sorte pas de mon école, vous m'entendez ?

GILBERT

Comptez sur nous.

DITTMAR.

Merci, merci, que de bonté!

H IL A IRE, bas à Manegold.

Et toi qui l'accusais !

MANEGOLD

Confiance, confiance, tu t'appelles perdition.

Adieu, mes amis; travaillez.... excusez-moi, si je ne suis pas à vous tout entier ; et ne me méconnaissez jamais. Excusez-moi; il me faut un peu de relâche. L'esprit use nos forces. La lumière qui éclaire est aussi la flamme qui consume. Adieu.

Il sort.

MANEGOLD, le regardant.

Nunc scio quid sit amor.... ^^. ,

Que de bontés !

HUGUES

Ah! que nous étions injustes!

MANEGOLD, bas à Ililaire.

Je parie qu'il va rue... Suivons-le.

HILAIRE

Dieu m'en préserve!.. Si pourtant; mais nous deux seuls !

DITTMAU, d'un air de joie.

Je tiens son livre !

GILBERT

Vous êtes heureux; aucun ne l'a lu. Vous me le passerez, quand vous l'aurez fini.

AMAURY

Et à moi.

UN AUTRE ÉCOLIER

Et à moi.

DITTMAR.

A tous ceux qui ne seront pas pressés de devenir évêques.

HUGUES

Que veut-il dire?

DITTMAR.

Qu'il y a certainement dans ce livre plus d'une hérésie.

MANEGOLD

Plus d'une ! Albéric en trouverait plus de cent. N'est-" ce pas, Dittmar?

C'est le sort de tous les textes séparés de leurs commentaires.

MANEGOLD

Dittmar se chargera du commentaire. — Hilaire, allons rue des Chantres.

SGÈNE V.

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