‹ Abélard; drame inédit. Publié avec une préf. et des notesChapitre 88 sur 164 · DEUXIÈME VOLEUR · texte numérisé non relu

DEUXIÈME VOLEUR

El ciim^spiritu tuo... Maudit cafard! — Au diable!

Ils se sauvent.

MANEGOLD

A merveille! nous veillons au repos de la Cité.

JACQUELINE, paraissant sur li' balcon.

Bonsoir, Manegold! N'avez-vous pas tVoid sur ce balcon?

MANEGOLD

Si c'est un prétexte honnête pour nous faire entrer, tu perds ta peine.

DENISE

Tiens, vois-tu ce jeune lionime encliaperonné qui rase la muraille. Je gage qu'il s'arrête devant la porte en face ; c'est celle de la Pelletière.

MANEGOLD

Sauvons le Pelletier. — Rentrez, mes petites. (Eiies se cachent. — Il élève la voix.) Eli! bourgeois, Dicu VOUS garde !

L'HOMME

Qui nie parle?

MANEGOLD

Moi, ici, levez la tête. Me pourriez-vous dire, bourgeois, si je suis encore loin du cimetière Saint-Innocent et m'indiquer mon chemin'?

L'HOMME

Mauvais plaisant, qui es-tu ?

MANEGOLD

Le Pelletier en face.

L'HOMME

La peste!

Il s'enfuit.

Mais c'est admirable. Veiller ainsi à l'honneur des fa-

milles et au respect des mœurs, et cela de la fenêtre aux sœurs Pérolaine : que les voies de la Providence sont mystérieuses! (A Hiiairc.) Ris donc un peu.

UILAIRE.

Je pense à la chanson de cette lille.

MANEGOLD

Veux-tu l'apprendre par cœur "? Elle va la recommencer. (U appelle.) Denise!

Denise reparaît.

Mais, un moment, voici qui devient plus sérieux. Cachonsnous et taisons-nous.

Ils se blottissent dans le coin le plus obscur du balcon. Trois hommes paraissent; ce sont Albéric, Lotulfe et Dillmar.

LOTULFE, à voix basse.

Tu es bien sûr que c'est ici, Dittmar?

DITTMAR, de môme.

Fiez-vous à moi. Il faut nous placer dans les angles les plus sombres, de façon qu'il ne nous voie pas et ne puisse passer sans être vu par nous.

ALBÉUU;.

Et dès qu'il paraîtra, nous l'entourerons.

LOTULFE

Faudra-t-il nous faire connaître?

OÙ serait le mal? Nous le saluerons par son nom.

LOTULFE

Nous ferons grand bruit...

DITTMAll.

Il se fâchera. Là-dessus querelle. ïu es sur du guet, Lotulfe?

LOTULFE

Oui, l'armurier chez qui je loge commande cette nuit la garde de ronde... elle rôde aux environs.

DITTMAR.

Nous crierons : Au (juet! On nous arrêtera. Il faudra qu'il se nomme. Courir ainsi la nuit!... Ah! il veut de la gloire, il aura du scandale.'

ALBÉRIC

Je crains que nous ne soyons compromis nous-mêmes.

DITTMAR.

Impossible. Qui nous connaîtra?

LOTULFE

Ne restons pas ainsi ensemble. Postons-nous.

DITTMAR.

Aussi bien, je crois voir de loin quelqu'un qui s'avance avec précaution. Si c'est notre homme, je frapperai dans ma main en marchant à lui.

Ils se séparent et se postent dans l'ombre.

MANEGOLD, allongeant la tête au-dessus de la balustrade, pour les suivre des yeux.

Ce sont mes gens... J'ai mal entendu ; mais à certains sons qui trahissaient l'accent lombard... Ce sont mes gens. — Hilaire, tu me comprends à présent?

HILAIRE

Donne-moi ton poignard.

MANEGOLD

Tout beau! pas de folie! Denise, prends ta mante et ta clef. Descends la première, tiens-toi derrière la porte, tire les verrous, et sois prête à sortir avec fracas au premier signal.

DENISE

Mais...

MANEGOLD

Point de mais, ce serait le premier de ta vie. Va, (Elle sort.) — (A Hiiairc.) A Dous maintenant!

Il se passe un assez long temps de silence. — Un homme enveloppé d'un manteau vient on marchant rapidement.

MANEGOLD, bas.

Hilaire, n'est-ce pas lui?

HILAIRE, db même.

Oui, il se dandine un peu.

Tiens-toi prêt.

DlTTMAR, sortant do son poste en frappant dans sa main et s'adressant à l'inconnu.

Salut, maître, où allez-vous ?

LOTULFE, s'avançant sur lui.

Salut, maître, d'oii venez-vous?

ALBÉRIC

Salut, maître, que devenez-vous?

ABÉLARD, reculant d'un pas.

Je ne vous connais pas... laissez-moi passer mon chemin.

UITTMAK.

Le chemin de l'enfer, je pense?

Oui, pour qui m'arrête... Défendez-vous.

Il cherche son poignar d, LOTULFE et ALBKRIC, criant.

Au guet! au guet!

Pendant ce temps Manegold et Hilaire se sont laissés glisser le long de la cordo jusque dans la rue. Manegold crie plus fort que tous les autres ;

Au guet ! au guet !

ABÉLAUD,

Me laissera-t-oii passer?

La garde paraît.

MANEGOLD, iirenant violemment le bras de Denise, qui a paru sur le pas de la porto.

Jette-toi aux pieds de l'homme au manteau, et crie : Sauvez-moi, monseigneur !

DENISE, obéissant.

Sauvez-moi, monseigneur !

MANEGOLD, au commandant du guet.

Archers, arrêtez ces trois hommes; ils ont porté la main sur monseigneur Anseau de Garlande, le sénéchal de l'Hôtel du roi.

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