‹ AbélardChapitre 3 sur 18 · PREFACE D · texte numérisé non relu

PREFACE D

Le tlernier mot sur cette question a-t-il donc été dit? Nous ne le pensons pas. Nous estimons que des travaux partiels, même dirigés avec le plus grand talent, tels que celui de M. Martin Deutscli, par exemple, ne sauraient jamais présenter qu'une idée incomplète et par suite inexacte de la lutte de saint Bernard et d'Abélard. Pour juger sainement l'œuvre du concile de Sens, il faut embrasser dans une vue d'ensemble et examiner dans les détails non seulement la conduite des deux illustres antagonistes, mais encore et surtout les questions de doctrine qui formaient l'objet du débat. Pour bien comprendre en particulier l'attitude d'Abélard, il faut chercher dans son éducation mal dirigée et son instruction hâtée l'explication de ses défaillances de caractère et de ses erreurs doctrinales.

C'est ce que nous avons entrepris de faire, même après le travail si estimé de Rémusat. Afin de traiter cette cause avec l'impartialité qui lui convient, nous avons soigneusement consulté les témoins à charge ou à décharge favorables à chacune des deux parties. Les oeuvres d'Abélard et de saint

Bernard (1) forment naturellement les principales sources de nos informations; mais, en outre, nous avons puisé d'utiles renseignements dans les nombreux ouvrages historiques, critiques et théologiques dont on lira les noms au cours de cette étude. Nous ne mentionnerons spécialement ici que l'article si substantiel de Dom Clément dans VHistoire Littéraire de la France, et les précieux travaux de Rémusat et de M. Martin Deutsch (2). Rémusat, malgré quelques erreurs d'appréciation, nous a été du plus grand secours. Comme il est, en France, le biographe le plus autorisé d'Abélard, nous n'avons pas hésité à lui emprunter, à quelques exceptions près, ses traductions et même ses citations résumées, quand elles nous paraissaient entièrement exactes.

Notre thèse est divisée en deux parties. La

(1) Nous citerons l'édition du Mabillon reproduite par Gaume, 4 vol. in-4. Paris, 1839.

(2) On peut voir en tête de l'ouvrage de Rémusat p. xjii à XXII, la liste des auteurs à consulter sur ce sujet. Ajoutez à cette liste les ouvrages que nous avons cités plus haut et une thèse de M. Combes : De sancti Bernardi adversus Abœlardum contentione, in-8, 100 p. Rennes, 1860.

Page 1