‹ Abolition de l'esclavage des noirsChapitre 3 sur 16 · LAN ER · texte numérisé non relu

LAN ER

LE Née

loi présentement en discussion dans les Chambres est un acheminement encore plus décisif vers l’émancipation définitive dans nos colonies.

Chercher la prospérité des colonies dans le maintien et le développement des institutions de l’esclavage, serait désormais la plus folle et la plus dangereuse des illusions.

Empêcher une mauvaise émancipation , contribuer à en faire faire une bonne, rechercher un meilleur mode de population et de culture pour les contrées qui voient en ce moment l'esclavage dépérir et qui le verront bientôt disparaître, tel est le but qu'ont dû se proposer, depuis plusieurs années , les habitants des colonies sincèrement dévoués aux intérêts de leur pays, et libres de tout engagement systématique en opposition avec la marche des événements.

Les efforts de la Société d’études pour la recherche d’un meilleur procédé de population et de culture destiné aux régions tropicales, et pour la fondation d’une nouvelle colonie dans la Guyane, ont été dirigés dans cet esprit, et ils ont abouti à l'institution d’une Compagnie d’émancipation sur laquelle le moment est venu d'appeler l'attention publique.

L’émancipation des esclaves est une question de droit, de religion, de morale et de philanthropie; mais c’est, en même temps, une question INDUSTRIELLE de premier ordre, et la plus compliquée de toutes, puisqu'elle suppose un changement radical dans la constitution de la propriété et dans l’organisation du travail.

La Compagnie d’émancipation ne s'occupe ni de la question religieuse dont la solution relève du pouvoir spirituel, ni de la question de droit dont la solution relève de l'État, La Compa-

CRrJcB)

gnie d’émancipation laisse aux moralistes la question morale, aux philanthropes la question philanthropique. — Elle prend les choses où elles sont dans l’œuvre des pouvoirs réguliers de l’État, et s'attache seulement à la question INDUSTRIELLE, C’est-àdire à cette partie de la réforme qui touche les intérêts des maitres et des esclaves, des planteurs -et des marchands, des créanciers et des débiteurs, des ouvriers et des capitalistes.

Aussi longtemps que les propriétaires d'esclaves n’ont pas

adhéré volontairement à l’émancipation, il y a un conflit politique, religieux et moral, entre les représentants des colonies et l'État, entre les planteurs et les-patrons religieux ou administratifs des esclaves, entre les propriétaires de noirs, qui se prétendent plus philanthropes que les amis de l'émancipation, et les philanthropes, qui prétendent que le travail libre est plus productif que le travail esclave.

De quelque côté que soient la vérité et le bon droit dans ce triple conflit , il faut reconnaître que le conflit est, en lui-même, la circonstance la plus défavorable à une bonne solution ; de telle sorte que l’on pourrait résumer ainsi toutes les difficultés

et toutes les conditions du problème :

Le meilleur système théorique échouera, s’il n'obtient pas le:

concours des planteurs ; — le système théorique le plus mal combiné réussira, s’il obtient le concours des planteurs, ceux-ci ayant, par l’ensemble des faits de la tradition coloniale comme par la possession du sol et des capitaux, une prépondérance virtuelle, pour le bien comme pour le mal, comme agents ou comme obstacles.

Afin d'obtenir le consentement des planteurs, deux choses

sont nécessaires : 1° que la religion et la morale convertissent

leur conscience , et que l'administration se concilie leur bon.

PA Eye

vouloir ; 2° que la science financière excite et satisfasse leur intérêt, en leur proposant une combinaison avantageuse.

En agissant efficacement sous ce dernier rapport, la Compagnie d’émancipation espère favoriser l’œuvre de l’État et les vues philanthropiques de la religion et de la morale; mais toujours est-1l qu’elle n’entend pas proposer autre chose qu’une opération industrielle et financière, bonne aux conditions suivant lesquelles sont bonnes les opérations de ce genre, c’est-à-dire

moyennant sécurité et profit.

Indépendamment de la mesure législative soumise en ce moment aux deux Chambres, le Gouvernement a déjà fait faire tous les travaux préparatoires destinés à éclairer la question

’émancipation.

En 1840 et 1842, le Gouvernement a créé deux commissions , l’une par Ordonnance Royale, sous la présidence de M. le duc de Broglie, afin de préparer un projet de loi sur l’émancipation des esclaves ; l’autre par Arrêté Ministériel, sous la présidence de M. le comte de Tascher, afin d'examiner un plan de colonisation de la Guyane, où l'exécution de l'émancipation est combinée avec les moyens de tirer parti du vaste territoire que la France possède sur le continent sud-américain (4).

Ce dernier projet est le point de départ de la formation de la Compagnie d'émancipation. |

Les travaux des deux commissions ont été imprimés et distribués aux deux Chambres. 3

(1) Rapport de M. le duc de Broglie, au nom de la commission coloniale. 1 vol. in-40; imprimerie royale. — Procès-verbaux de la commission coloniale. 2 vol. in-4°. — Procès-verbaux de la commission de colonisation de. la Guyane. { vol. in-4°. — Ces documents se trouvent chez Arthus Bertrand » libraire.

Page 1