PEINTRE
LE
gravure. Le Traicté des manières de graver en taille-douce parut en 1645. Le livre porte cette mention : à Paris, chez Bosse, en l’ile du Palais, à la Rose rouge, devant la Mégisserie!. C’est là, en effet, que l'artiste demeurait, au coin de la rue de Harlay; cette adresse figure sur certaines de ses gravures. Il avait habité, au début, la rue Vieille-du-Temple, « proche la fontaine, à l’image Notre-Dame ». Le livre d'Abraham Bosse était illustré de dix-neuf figures et d’un frontispice ; c'était un traité consciencieux où l’auteur parlait en profond connaisseur et en artiste éminent. Nous retrouvons dans ces pages tout le savoir de cette époque sur l’art de graver ; les procédés nouvellement connus sont exposés avec soin. Abraham Bosse avait adopté les perfectionnements apportés par Callot lui-même, pressé d'abandonner le burin et avide de se servir seulement de l’eau-forte. Il y parle à merveille des vernis et des divers instruments employés par le graveur. Ce livre était l'ouvrage d’un homme du métier, qui faisait part à ses lecteurs de ses propres observations, de ses recherches et du fruit de son expérience.
Certains partis pris de l'artiste nous paraissent plus naturels après la lecture de ces pages. Nous comprenons mieux sa technique, sa touche accentuée, ses oppositions si tranchées de lumière et d'ombre, son dessin parfois un peu rude, ce qui ne surprend pas de la part d’un maître doué plutôt d’énergie que de souplesse. Nous voyons comment il a procédé, en se servant de la pointe et en gardant souvent dans chaque trait la netteté et la sûreté du burin, dont il aimait à imiter les eflets.
Les figures qui accompagnent ce traité ne manquent pas d'intérêt ; elles sont habilement appropriées au texte. Mais avant tout, si nous voulons nous attacher à une illustration vivante, ne faut-il pas nous arrêter, en revenant à l’œuvre même d'Abraham Bosse, à cette excellente estampe qui met sous nos yeux deux graveurs occupés à leur besogne dans leur atelier ? D’une part le graveur à l’eau-forte, de l’autre celui qui se sert du burin; tous deux sont penchés sur leur table. L’un promène sa pointe sur le cuivre, enduit d’une couche de vernis noir; l’autre se prépare à reprendre les tailles sur sa planche appuyée sur un coussinet, et la débarrasse de la couche de cire dont elle était recouverte. La
1. Traicté des manières de graver en taille-douce sur l’airain, par le moyen des eaux-fortes et des vernis durs et mous. Ensemble de la façon d'en imprimer les planches et d’y construire la presse et autres choses concernant lesdits arts, par A. Bosse, graveur en taille-douce. A Paris, chez ledit Bosse, en l’isle du Palais, à la Rose rouge, devant la Mégisserie. M. D. C. XLV. Avec privilège du Roy.
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