‹ Abraham BosseChapitre 41 sur 63 · DAME DONNANT A MANGER A UN PERROQUET · texte numérisé non relu

DAME DONNANT A MANGER A UN PERROQUET

contre sur quelques points, mais le moindre larcin n’est pas admissible. N'oublions pas que ces accusations de pillages entre artistes ou écrivains n'étaient pas rares au xviie siècle.

Abraham Bosse, exaspéré de l’arrêt dont il était frappé, se révolta contre ceux qui l'avaient rendu; il se répandit en invectives et prit le public pour juge. Il publia les leçons qu’il avait professées, sous ce titre : Traité des Pratiques géometrales et Perspectives enseignées dans l'Académie Royale. Il reproduisait dans ce livre une lettre qu’il avait reçue de Poussin, et où Errard se trouvait assez malmené. Poussin faisait preuve d’un certain dédain pour la publication d’un traité de Léonard de Vinci, publication qui avait été entreprise par Errard, associé à de Chambray ?. Il se plaignait ensuite d'Érrard, qui avait ajouté de mauvais paysages de sa façon à des dessins faits par lui-même à Rome, chez le chevalier del Pozzo. Poussin, qui écrivait d’Italie, paraissait ignorer totalement le mérite d’'Errard, et il disait, avec une franchise cruelle : « Les paysages qui sont au derrière des figurines humaines de la copie que M. de Chambray a fait imprimer, y ont été ajoutés par un certain Errard. »

Les coups qu'Abraham Bosse aimait à porter étaient, évidemment, assez redoutables. On peut lire une autre apologie de sa conduite dans un petit avant-propos qu'il a placé en tête d’un traité, rédigé en forme de dialogue, le Peintre converti aux précises et universelles règles de son art Ÿ, avec un raisonnement abrégé au sujet des tableaux, bas-reliefs et autres ornements que l’on peut faire sur les diverses superficies des batiments. Il y attaquait vigoureusement Le Brun et ne gardait avec lui aucun ménagement. I] faisait remonter l’origine de sa mésintelligence à une appréciation trop sincère qu'il avait donnée à l’illustre peintre sur un tableau où celui-ci avait représenté un Christ en croix. Abraham Bosse reprochaità Le Brun d’avoir esquissé son sujet et d’avoir fait poser son modèle à la lumière de la lampe. Il trouvait, non sans raison après tout, que cette clarté ne pouvait faire le même effet que le jour naturel. Il en voulait, en outre, à Le Brun de ce qu’il avait pris parti en faveur du traité traduit par de Chambray. L’irritable graveur ne pouvait tolérer une semblable ingérence. 11 accablait Le Brun de ses sarcasmes, et lui rappelait ses contradictions.

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