‹ Abraham CowleyChapitre 109 sur 429 · Of Myself, II, p · texte numérisé non relu

Of Myself, II, p

l'accueil qu’il en avait reçu, on comprend qu’il l'ait fuie et qu'il n'ait plus voulu y retourner.

Ne voyons donc pas, dans ces dernières années de sa vie, des années uniformément sombres, une sorte de second exil maussade. À la période anxieuse du début, attristée par l’attente vaine de la récompense escomptée, succède une ère de bonhéur calme. A partir du moment où il s’installe à Barn-Elms il commence à être véritablement heureux. Si bien que la vie l’a servi au moment où elle paraissait le desservir le plus. Sa retraite forcée tue en lui le poète courtisan, l’ambitieux qui avait choisi pour devise

« What shall I do to be for ever Known? »,

et dont les intentions devaient toujours lutter contre les instincts. Elle lui permet de devenir l’homme simple et sincère que de trop rares poèmes nous avaient fait deviner, et d’affirmer librement sa personnalité. Jamais sa vie intellectuelle et morale n’a été plus active.

Gardons-nous, d’autre part, d’y voir des années de décadence, diminuées par l’âge ou la maladie. Ce sont au contraire des années de bel épanouissement, au cours desquelles Cowley atteint à la pleine maîtrise de son talent.

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Il ne vit aucunement en misanthrope, dans une solitude revéche. La solitude qu’il aime et qu’il adopte revêt au contraire tous les charmes de la vie de société, sans en subir les inconvénients. Elle n’exclut pas tout commerce avec les hommes, mais elle lui permet de choisir parmi eux, et de n’être point troublé par les autres. Elle ne lui interdit pas de se rendre à Londres, si la fantaisie lui en vient. Ainsi Pepys rapporte, le 8 décembre 1666, un dialogue entre Charles IT et l’audacieux Tom Külligrew, qu’il tient d’un certain Mr. Pierce. Et ce Pierce le tenait lui-même de Cowley qui avait assisté à la scène 49. Notre solitaire fréquente donc encore la Cour de temps à autre.

49. Pepys. Diary, December 8th 1666 : « … Mr. Pierce did also tell me as a great truth, as being told it by Mr. Cowly, who was by and heard it, that... »

Il préférait assurément recevoir chez lui les visites de ses amis. Il mène la vie de ses rêves, calme et intellectuelle, au centre d’un petit cénacle d’amitiés fidèles. Fait caractéristique, nous retrouvons dans son âge mûr presque toutes les figures connues de ses amis d’enfance. « Ses amitiés étaient inaltérables. Les familiers de sa jeunesse étaient ses amis les plus intimes au jour de sa mort », dit Sprat 50, et les trop rares renseignements qui nous sont parvenus sur cette période confirment cette parole. C’est Martin Clifford, à qui en 1659 il demandait d’intercéder pour lui auprès du marquis d'Ormonde et qui est son correspondant le plus régulier 51; c’est Scarborough, auquel il doit tant, et qui écrira un poème sur sa mort; c’est le duc de Buckingham qui, d’après des témoignages contemporains, lui demande de collaborer au « Rehearsal » 52, et avec le duc, son ami intime, Saint-Evremond, qui trouve son exil moins lourd dans la compagnie des hommes d’esprit, parmi lesquels Cowley se trouve cité, avec Waller 53, C’est naturellement Jermyn, à qui il voulait dédier ses Essais 54, Davenant, qui, nous l’avons vu, accueille son Cutter of Coleman Street, et lui donne une action de son théâtre 55.

A ces amitiés éprouvées par le temps, s’en ajoutent de plus récentes. Il avait fait la connaissance d’Evelyn à Paris et il l’avait retrouvé dans le groupe des savants de Gresham College. Peut-être même avait-il vécu quelque temps non loin de lui, aux environs de Deptford. Il devient, à la Restauration, son disciple en matière de jardinage, et entretient avec lui des relations suivies. Une lettre de Barn Elms, du 29 mars 1663, nous montre Cowley horticulteur, semant les graines que lui a envoyées Evelyn et lui deman-

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