‹ Abraham CowleyChapitre 113 sur 429 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

63. J. Wrizmor. Familiar Letters. With Letters written by the most ingenious Mr. Thomas Otway and Mrs. X. Philips, edited by Tho. Cheek. esq.

London, 1697, p. 43.

indication d’année, et il est d’ailleurs bien difficile de dire à quel « succès » elle fait allusion. Un critique contemporain veut même qu’elle ait contribué au salut de son âme, et attribue à son influence bienfaisante la piété dont Cowley a fait preuve à l# fin de sa vie, en recommandant à son exécuteur testamentaire de retrancher de son œuvre tout ce qui pourrait choquer la morale ou la religion 64.

Cowley, de son côté, l’admire, et célèbre son talent par deux fois, dans une ode pindarique On Orindas Poems, que l’éditeur des Poems de la poétesse, en 1663, met en tête du volume, et dans une élégie écrite au lendemain de sa mort, en juillet 1664 : On the Death of Mrs. Katherine Philips 65. Il apprécie par-dessus tout sa vertu, sa haine du vice et de la laideur, son culte de l’amitié pure et désintéressée. Il retrouve en elle, avec joie, ses propres convictions morales et son idéalisme. Remarquons que c’est — à part sa mère — la première femme que nous trouvions dans sa vie. N’est-il pas bien significatif que ce soit justement la prêtresse de l’amour platonique, une femme qui ne conçoit l’amour que comme une union mystique des âmes, une passion dont les sens sont bannis?

Toutefois, le plus précieux des amis de Cowley dans cette période est celui dont nous avons tant de fois cité le nom : Thomas Sprat. Plus jeune de dix-sept ans que notre poète, il a sans aucun doute fait sa connaissance à Oxford. À Wadham College, il prenait un vif intérêt aux recherches scientifiques du groupe dont John Wilkins, Seth Ward, Christopher Wren et Ralph Bathurst étaient alors les membres les plus marquants, et que Cowley fréquentait 66. Son admiration pour le génie poétique de son aîné ne tarde pas à se montrer, et il publie en 1659, une grande ode

64. Edmund ELys. An Exclamation.… against an Apology written by an ingenious person for Mr. Cowley's lascivious and prophane Verses, London, 1670, p. 14. « Mrs. Katherine Philips (I presume) by her acquaintance with Mr. Cowley was the instrument of the great and good God to excite him to that sense of piety, which he discover’d in the desire above mention’d that his works should be revised.… »

65. Ces deux poèmes seront compris par Sprat dans les Verses written upon several Occasions, en 1668.

66. Dans sa Vie de Sprat, Johnson nous rappelle que Sprat était l’élève favori du Dr. Wilkins (Lives of the Poets…., vol. I, p. 387).

pindarique : The Plague of Athens, qui lui a valu le surnom de < Pindaric Sprat », et où se manifestait avec éclat l’influence de Cowley.

Mais déjà il avait affirmé plus directement son culte pour Cowley dans une ode monumentale : Upon the Poems of the English Ovid, Anacreon, Pindar and Virgil, Abraham Cowley, in imitation of his own Pindaric odes. Pendant treize longues strophes, il faisait, point par point, l’éloge du génie de Cowley, et des œuvres que renferme le volume de 1656 : les Miscellanies, The Mistress, les Odes pindariques, la Davidéide. Et cette ode a certainement été écrite dès 1656 (en réponse à celle où Cowley présentait son livre à la bibliothèque Bodléienne), comme l’indique le début de la première strophe :

Que la foule vulgaire des livres s’écarte,

Les plébéiens de la bibliothèque,

Qu'ils s’effacent devant les feuillets de Cowley Pour qu’on les lie dans la salle sacrée... + .… Que nulle main impie ne brise la chaîne, Ou ne leur rende malgré eux la liberté...

Elle témoigne, au surplus, de toutes les ardeurs d’un néophyte, et Sprat confesse, en concluant, la jeunesse de sa foi en Cowley :

Retiens ta jeune ardeur pindarique,

Qui met ta plume toute en sueur.

Ce n’est encore qu’une enfant au maillot,

A peine est-elle sevrée,

Nourrie de l’incomparable exemple de Cowley... 67,

A la Restauration, Cowley a l’occasion de lui rendre service en lui procurant la place de chapelain du duc de Buckingham 68, et

67. Gette ode, dont nous avons trouvé un manuscrit à la Bodleïan Library (Rawlinson Ms., a. 556, f. 17...) figure dans les Miscellany Poems publiés par Dryder en 1716 (vol. IV, p. 296). (C’est vraisemblablement cette exaltation sans réserve de l’œuvre de Cowley que le sévère Elys déplore (op. cit., p. 6); son premier pamphlet a été écrit « after Mr. Cowley’s Book (as I was credibly informid) had\been publickly commended without exception by an eminent personn then in Oxford ».)

68. Dictionary of National Biography, article Sprat. Nous avons trouvé cette indication dans les notes manuscrites de William Oldys : « A. Cowley

l'amitié du maître et du disciple ne fait que croître. Malheureusement, il ne subsiste de leur correspondance qu’une lettre, celle que cite Johnson, et où Cowley raconte sur un ton mi-sérieux, mi-plaisant, les péripéties de son installation à Chertsey 69.

Nous trouvons un bel éloge de la prose de Sprat dans l’ode sur la Société Royale, que Cowley compose, nous l’avons dit, pour accompagner le livre de son ami, et surtout, nous voyons par le testament d'Abraham la confiance entière qui régnait entre eux, puisque c’est à Sprat que revient la mission délicate de classer et de réviser son œuvre. Nos regrets ne sont que plus vifs de ne pouvoir, faute de documents, pénétrer dans leur intimité, dans cette intimité que nous devinons à travers le testament de Cowley, et plus encore à travers la biographie de Sprat.

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Tels sont ceux des amis de Cowley que nous avons pu identifier. Ils forment un groupe varié d’esprits de choix au milieu desquels notre poète a pu oublier ses déboires, et l’ingratitude du monde. Mais il ne se laissait pas endormir par les charmes de la campagne et de l’amitié. De 1660 à sa mort, en effet, un courant ininterrompu d’activités diverses témoigne de la vigueur de son esprit. Loin de marquer, comme nous l’avons dit, un appauvrissement, ces années révèlent la maturité triomphante de Cowley. Elles montrent l’étendue de son talent, tout ce qu'il était, tout ce qu'il aurait pu devenir. Nous ne trouvons plus seulement un poète ambitieux d’atteindre, au travers de la diversité des formules, la gloire littéraire, tendu dans un effort pénible, vers un but artificiel et toujours limité. Nous voyons se développer et éclater au grand jour les tendances profondes qui perçaient déjà dans les Odes pindariques. Une personnalité müûrie au contact de la vie prouve sa vigueur et son originalité dans une longue suite d’œuvres, ou d’ébauches d'œuvres, scientifiques et philosophiques.

Il reste certes poète de profession, comme le montrent les poé-

and Martin Clifford at the instance of their old acquaintance Geo. Villiers Duke of Buckingham to recommend him a chaplain fixed Dr. Sprat with him » (LANGBAINE. Account, p. 81).

69. Lettre, déjà citée, du 21 mai 1665 (Jomnson. Life of Cowley, p. 12).

sies que lui dictent les circonstances. Lord Broghill, ami des poètes et poète lui-même ayant célébré les mérites de la Davidéide, dans une pièce de vers que nous avons eu la bonne fortune de retrouver 70, Cowley répond par une ode : Upon occasion of « Copy of Verses of my Lord Broghills, où il se félicite d’avoir trouvé pareil défenseur 71. Par le ton plaintif et désabusé du début, cette ode s'apparente étroitement à The Complaint.

La bibliothèque Bodléienne se voit offrir, en 1662, un fauteuil (qui existe encore aujourd’hui) fait de morceaux du navire de Sir Francis Drake. Au cours d’une visite à Oxford, Cowley compose une ode pindarique : Sitting and Drinking in the Chair made out of the Reliques of Sir Francis Drake’s Ship, et une épigramme: Upon the Chair müde out of Sir Francis Drake’s Ship, presented to the University Library ir Oxford, by John Davis of Deptford, Esquire 72.

Samuel Tuke fait jouer en janvier 1663, et publie quelques mois plus tard 73, une comédie imitée de l’espagnol : The Adventures of Five Hours, et Cowley le complimente dans une pièce de vers qui paraîtra en tête de la seconde édition 74.

La reine-mère fait restaurer et embellir son palais de Somerset-

70. Elle est intitulée : « To Mr. Cowley on his Davideis ÿ, et se trouve dans la collection du marquis de Bath, à Longleat, avec la réponse de Cowley. Le marquis de Bath a bien voulu nous en communiquer une copie.

71. CowLex. Works, I, p. 406. I1 n’est peut-être pas indifférent de noter que Broghill était un des amis d’Orinda.

72. Ibid., pp. 411 et 453. La pancarte présentant le fauteuil au public reproduit, au recto, l’épigramme en latin, et au verso la même épigramme en anglais, telle qu’elle figure dans les œuvres de Cowley. Voici l’épigramme latine :

« Orbe perenato, Solarisque aemula Currus Quem valuit totum moscere, digna Polo, Etigit hunc Postum sapiens rerumque perita, Forman induta novam Pythagorea Navis.

Non poterat meritis tribui Navisque Dracique Nobilius pretium, nobiliore Locus, Nam sede Aeterna compostus uterque Quiete, Et Dracus in Coelo Navis et Oxonis.

A. CowLey (1662). »

73. S. Pepys y assiste le 8 janvier 1663. Le volume est enregistré Je 2 mars. Cf. À Transcript of the Stationers’ Registers…., II, p. 320.

74. The Adventures of Five Hours; CowLex. Works, I, p. 440. Il est intéressant de noter que Tuke était Je cousin d’Evelyn. Cowley le connaissait peut-être à ce titre.

House. Cowley se rencontre avec Waller pour lui faire sa cour, et les deux poèmes paraissent ensemble chez Herringman à la fin de 1664 75. Nous connaissons déjà les deux poèmes sur Orinda, et l’ode à la Société Royale. ÊN

Mais il semble que, même dans ces pièces suscitées par les évèments du jour, la poésie cesse d’être pour lui un métier. Elle tend à devenir un mode d’expression de sa pensée véritable, et correspond maintenant à une réalité subjective. Son ode à la Société Royale, notamment, nous frappe par sa conviction et sa sincérité.

Nous trouvons ces qualités —— presque nouvelles, il faut bien le dire, dans la poésie de Cowley —— plus nettement marquées encore dans les vers que nulle cause extérieure ne motive, et qui naissent, pour ainsi dire, spontanément. Nous voulons parler de pièces comme son hymne To Light, et des nombreuses traductions de poètes latins où il va puiser ses règles de vie, paraphrases d’Horace, de Virgile, de Martial, de Claudien.

La plupart sont livrées au public en 1663 sous le titre Verses lately Written upon several Occasions, avec l’excuse d’une édition « pirate » à Dublin 76, les autres seront incorporées au recueil composé par Sprat dans son édition de 1668.

L'expression littéraire la plus fidèle de l’état d’esprit de Cowley à cette époque n’est toutefois pas purement poétique. Nous la trouvons dans l’œuvre posthume : Several Discourses by way of Essays, in Verse and Prose. Les vers y alternent avec la prose, mais la prose y forme l’élément prédominant, et, à tous points de vue, le plus significatif. Cowley médite dans ces Essais sur les avantages que la retraite lui procure, et le sage bonheur dont il

75. Cf. Transcript…, vol. II, 2 novembre 1664 : « Entred for His copie under the hands of Mr. L’Estrange and Master Pulleyn, Warden, two copies of verses on her Matie Ye Queen Mothers new building at Somersett House, by Mr. Edm. Waïler and Mr. Abraham Cowley. » Un recueil de poèmes manuscrits au British Museum (Egerton Ms. 669) les renferme tous deux. Celui de Waller, avec le titre : « Upon her Majesties new buildings at Somerset House », et celui de Cowley : « The Speech of her Majesty the Queen Mothers Palace upon the reparation and enlargement of it by her Majesty. »

76. L’éditeur est toujours Henry Herringman. Le livre est enregistré le 20 août 1663 (A Transcript…, II, p. 327). Voici la note de l'éditeur : « Most of these verses, which the author had no intent to publish, having been lately printed at Dublin without his consent or knowledge, and with many, and some gross mistakes in the Impression, he hath thought fit for his justification in some part to allow me to reprint them here. »

SA SITUATION 171 voudrait jouir. Il ne se lasse pas d'approfondir le problème de la vie heureuse, et en examine toutes les faces avec un plaisir toujours nouveau. Il nous y confie, avec une sincérité et une simplicité charmantes, la pensée intime des cinq ou six dernières années de sa vie. fl paraît bien difficile d’assigner à chacun une date exacte. L’un des premiers est assurément le dixième : The danger of Procrastination, écrit sous forme de lettre à un mystérieux « S. L. », où Cowley se justifie de son désir de retraite, et de ne pas attendre, pour le mettre à exécution, que toutes les circonstances soient favorables : « Je suis heureux que vous approuviez et encouragiez le dessein que j’ai de me retirer de tout le tumulte et de toutes les occupations du monde. » dit-il au début 77. Il n’est donc pas encore installé à Barn-Elms, et cet essai remonte aux environs de 1662. Il est certain que Of Myself a été écrit le dernier. Il relie entre eux les différents essais en les ramenant à leur centre commun : l’explication de sa propre personnalité; et certaines expressions montrent clairement qu'il le considérait comme la conclusion de l’ouvrage 78. L’essai dédié à Eve- Iyn : The Garden, est fatalement contemporain de la seconde édition du Kalendarium Hortense (1666). Dans The dangers of an Honest man in much Company, il parle de son installation à Chertsey comme d’un évènement déjà vieux — or nous nous rappelons qu’il y est arrivé au printemps de 1665 79 —. Enfin, la paraphrase d’une ode d’Horace qui accompagne l'essai Of Greatness renferme, comme l'indique un éditeur des Essais, A. B. Gough, une allusion à deux comètes dont l’une parut en décembre 1664 et l’autre en avril 1665 80, C’est sur ces onze essais que repose aujourd’hui, pour une large part, la gloire littéraire de Cowley. Mais, à ses yeux, ils n'étaient

77. The danger of Procrastination, II, p. 452. Sur la chronologie des Essais, voir la mise au point de A. H. NerxEercor. « Abraham Cowley’s Essays », dans The Journal of English and Germanic Philology, vol. XXIX (January, F95 0 p4M15 7);

18. Of Myself, IL, p. 455. Il parle de « these precedent discourses » et conclut : « Because I have concluded all the other Chapters with a copy of verses, I will maintain the Humour to the last. »

79. The dangers, II, p. 443. Cf. surtout p. 446, 1. 33: «I thought when I went first to dwell in the country. »

80. Abraham Cowley. The Essays and other prose writings, edited by A. B. Gough, Oxford, 1915, notes, p. 311.

qu'un ouvrage sans importance, un délassement au sortir de préoccupations plus sérieuses.

La science surtout l’attire à cette époque. En 1662, il publie les deux premiers livres de son poème latin sur les plantes 81, et il continue d’y travailler jusqu’à la veille de sa mort, puisque le sixième livre relate une épisode de la guerre avec la Hollande, en 1665. Ainsi que le dit Sprat, ces études « furent la tâche constante et ininterrompue de cette partie obscure de sa vie » 82.

Mais nous savons que son intérêt pour la science avait pris, dès avant {uvuu, une autre forme que celle de cette botanique poétique. Nous avons vu Cowley s'unir aux savants qui voulaient fonder la science expérimentale, et préparer un projet de fondation d’un Collège scientifique. C’est vraisemblablement ce projet que les « invisible philosophers », ayant décidé de s'organiser officiellement, examinent dans leur réunion du 28 novembre 1660. Thomas Birch, l’historiographe de la Société, explique comment, après la conférence de Christophe Wren, ils se réunirent chez Mr. Rooke, « où, entre autres questions débattues, on discuta un projet de fondation d’un collège pour développer la science expérimentale physico-mathématique » 83.

Dans cette même réunion, ils dressent une liste des personnes connues comme désireuses el capables de se joindre à eux. La liste comprend quarante noms. Nous y trouvons celui de Cowley, ainsi que ceux de Scarborough, Waller, Evelyn, Denham. Les membres ainsi choisis sont peu à peu élus : Waller et Scarborough, par exemple, le sont le 2 janvier 1661. Cowley est proposé à son tour le 13 février, et élu le 6 mars, en même temps que Sir Henry Blount, le Colonel S. Tuke, Dr. Wallis et Dr. Glisson 84.

Or, le jour même où ses amis le proposent, son éditeur Henry Herringman fait enregistrer sa Proposition for the Advancement

81. À Transcript…, II, p. 310, June 1662. Abrahami Couleii, Plantarum libri duo, enregistré pour Nathaniel Brookes.

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