‹ Abraham CowleyChapitre 167 sur 429 · Dav., IV, v. 65 et sq.….; 160 et sq. (E, pp · texte numérisé non relu

Dav., IV, v. 65 et sq.….; 160 et sq. (E, pp

Mais les causes qui ont amené la disparition des Juges sont

éternelles : la puissance doit se manifester aux yeux du vulgaire

par des signes tangibles. Il se rallie donc en homme raisonnable au principe monarchique. Mais il veut, à défaut des garanties du choix divin qu'offraient les Juges, des garanties humaines sous forme de lois constitutionnelles que les rois ne sauraient enfreindre impunément. |

Au reste, explique Cowley, Dieu, qui leur délègue son pouvoir, peut toujours le leur reprendre. Les changements de dynastie n’ont pas d’autre cause. Mais lies desseins de la Providence sont insondables. Peut être n’a-t-elle voulu ce bouleversement que ‘comme un châtiment temporaire, peut être aussi ses vues sont autres; le temps seul l’apprend aux hommes. Lorsqu'une dynastie dure, c’est qu’elle jouit de l’aide divine. Faible au début, elle arrive progressivement à se créer une sorte de droit à l’existence, son droit naît de sa force, de son succès 27. |

Cette philosophie de l’histoire nous fait naturellement penser à celle que devait exposer Carlyle deux siècles plus tard. Cowley ne proclame-t-il pas que la force est la seule mesure du droit, et que le succès porte en lui-même sa justification? Si une action réussit, c’est qu’elle est juste, et nous pouvons y voir l’expression de la volonté divine 28.

Toutefois, à supposer que Carlyle ait été guidé vers cette théorie

27. À Discourse by way of Vision... (I, p. 358...). Il semble bien que Cowley ait cru trouver un exemple d’application de cette théorie dans la guerre civile et le triomphe de Cromwell. En voyant le Protecteur résister victorieusement pendant des années aux attaques dirigées contre lui du dedans comme du dehors, Cowley s’est demandé — la préface de son volume le 1656 le prouve — si vraiment Dieu ne l’avait pas choisi comme le nouveau maître de l'Angleterre, et si la sagesse ne commandait pas de s’incliner devant « le sort des combats et les vues insondables de la Providence ». Son ralliement au gouvernement de Cromwell en 1655 aurait pour base sa philosophie de l’histoire.

28. Cf. la théorie de Carlyle, exposée dans Heroes and hero-worship et dans Chartism, et résumée dans la formule « Might is Right ». On pourrait de même trouver un point de contact entre la théorie du héros de Carlyle et celle des juges de Cowley : les uns et les autres sont choisis par Dieu pour réaliser ses desseins aux moments critiques de l’histoire, et réalisent un type d'humanité supérieure. Là, du reste, s’arrête la ressemblance, car tandis que le héros, selon le cœur de Carlyle, est avant tout un intuitif, les juges tels que les admire Cowley sont des sages, c’est-à-dire des hommes doués d’une intelligence supérieurement raisonnable.

par ses compatriotes, ce n’est pas à l’auteur du Discours sur Cromwell qu’il aurait été redevable, mais bien plutôt au penseur

qui a, sans nul doute, servi de modèle à Cowley lui-même, Thomas

Hobbes. Dès 1640, en effet, celui-ci, dans ses Eléments du droit naturel et politique 29, affirme que tout gouvernement a le droit pour lui, du fait qu’il existe et réussit à se maintenir, donc que la force seule compte. Un usurpateur peut assurer la paix aussi

bien qu’un roi légitime; s’il gouverne, il est le vrai maître. Or,

nous savons les relations d'amitié qui ont lié Cowley à Hobbes pendant leur exil commun, et l'influence exercée par le philosophe sur le poète. Cowley fait souvent auprès de lui figure de disciple. Mais il sauvegarde toujours son indépendance et adapte les idées de son maître à sa propre conception. En matière politique, par exemple, il n’admet pas la théorie du contrat qui, selon Hobbes, lie la nation à l’obéissance totale envers son souverain 30. Il refuse de voir dans l’absolutisme la seule forme de gouvernement possible et il reste partisan de la monarchie constitutionnelle. Dans la grande lutte entre le Parlement et la Couronne, il prend en théorie le parti du Parlement. S'il avait vécu jusqu’à la fin du règne de Charles II, il se serait certainement enrôlé sous la bannière du parti whig et il aurait applaudi à la révolution de 1688. C’est un whig avant la lettre.

Les classifications de parti n’existent pas encore vers 1640, mais c'est l’époque où les problèmes politiques amènent les esprits sérieux à s’unir 31. Cowley prend tout naturellement sa place parmi le groupe des royalistes modérés, dont Lord Falkland et Sir Edward Hyde sont les représentants éminents.

29. T. HoBses. Elements of Law, natural and politick (publié en 1650). Cf. G. P. Gooc. Political Thought in England from Bacon to Halifax, p. 38.

30. La définition de la liberté d’un peuple que nous avons déjà citée, n’est que le reflet de l’idée de Hobbes : à l’origine de l’organisation politique, il y a eu contrat. Maïs tandis que, pour Hobbes, le contrat est signé par les membres de la nation qui s'accordent entre eux pour déléguer le pouvoir à une ou plusieurs personnes, il semble que, pour Cowley, le contrat soit une entente entre la nation et son chef. Hooker et Grotius l’avaient d’ailleurs bien compris ainsi (Cf. Hooker. Ecclesiastical Polity, Bk I, ch. X).

31. Cf. sur cette question, K. FeiciNG. Æistory of the Tory Party.

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Leur histoire est la sienne. Un profond respect pour le Parlement et ses droits les anime; ils ne tolèrent qu'avec peine le gouvernement personnel que Charles I” essaye d'imposer au pays, et les actes arbitraires qui le marquent. Aussi, lorsque les circonstances obligent le roi à réunir le Parlement, les voyons-nous se ranger dans l’opposition. Dans le Court Parlement du printemps de 16490, ils refusent les subsides demandés pour réduire l’Ecosse, et, réélus comme membres du Long Parlement à la fin de l’année, ils n’hésitent pas à critiquet la politique du roi et de ses ministres. Leur amour de la légalité les pousse à s'unir à ceux que la cour va bientôt considérer comme des rebelles. Pendant quelques mois, des hommes comme Falkland et Hyde marchent entièrement d’accord avec Hampden et Pym. Ils protestent contre la taxe extraordinaire levée pour les besoins de la flotte royale sans l'autorisation du Parlement et la déclarent illégale; ils protestent non moins vivement contre la Chambre Etoilée et la Haute Commission, contre les impôts connus sous le nom de « Tonnage and Poundage »; ils approuvent la mise en accusation de Strafford et déclarent leur hostilité à l’ingérence du clergé dans les affaires non religieuses, c’est-à-dire à toute la politique de Laud 32. Aux initiatives absolutistes du roi, ils répondent en rappelant les lois fondamentales du royaume. Maïs ce ne sont pas des révolutionnaires. Ils veulent seulement le retour à l’ancien état de choses; ils s'opposent, par exemple, à l’anglicanisme intransigeant de Laud; ils ne désirent pas la disparition des évêques.

Au lieu de réformes modérées, cependant, le Parlement réclame bientôt des solutions extrêmes. Son agitation violente en faveur de l’abolition totale de l’épiscopat, ses innovations illégales (le Parlement prétend prendre en mains le pouvoir, tout comme Strafford voulait le prendre au nom du roi), les émeuvent et les repoussent du côté de la royauté. L'évolution de leurs alliés les force à se détacher d’eux. Refusant une liberté illégalement acquise, Falkland et Hyde se retournent vers le roi. Il n’est plus pour eux un tyran, mais le représentant de l’ordre établi, et c’2st

32. Cf. le discours de Falkland sur « Ship money », le 7 décembre 1640, et celui du 8 février 1641. Cf. K. FeruinG. Op. cit., pp. 38 et 39.

contre les empiètements du Parlement qu'ils vont maintenant le défendre.

Toutes proportions gardées, les opinions politiques de Gowley dessinent la même courbe. Elevé dans le respect du Parlement, il garde toujours le souci de sauvegarder ses prérogatives el s’Oppose à l’absolutisme royal. Mais il prend le parti du souverain à l'heure où il faut choisir, par amour de l’ordre, et poussé sans doute aussi par un sentiment instinctif de loyauté à la monarchie. Le rôle actif qu’il joue dans la guerre civile n’enlève du reste pas à ses convictions politiques leur tonalité modérée. Le prestige du Parlement reste intact pour lui, comme le prouve, dans son Ode sur la Restauration, la dernière strophe, toute entière consacrée à la louange de l’Assemblée qui a su rendre au roi son trône légitime et à l'Angleterre la paix 33.

Faire régner l’ordre et la paix dans le pays, tel est, en effet, le premier devoir de tout gouvernement. Nous savons combien Cowley déteste la violence. Les dissensions à l’intérieur d’une nation lui paraissent le pire de tous les fléaux. Il éprouve pour la guerre civile une insurmontable horreur, et, dans son œuvre, il exprime ce sentiment à maintes reprises avec une véhémence inaccoutumée chez lui.

Dès 1633, lorsque Charles I” vient de se faire couronner en Ecosse, il accueille avec joie « la noble paix » qui commence son règne 34. Quelques années plus tard, en 1639, il ne trouve pas de termes assez enthousiastes pour célébrer la sagesse de Charles qui a su éviter un conflit avec l’Ecosse 35. Quand le fléau s’abat sur l’Angleterre et qu’il voit les ruines s’accumuler autour de lui, son indignation ne connaît plus de bornes. Cetté guerre du pays contre lui-même, lui apparaît presque comme un suicide 36, une

33. Ode. Upon his Majesties Restoration.…, st. 19 (I, p. 432). 34. On his Majesties returne out of Scotland, v. 53 (II, p. 47). s 35. On his Majesties Return out of Scotland (I, p. 22).

36. À Discourse.… (II, p. 357, 1. 27...). Cf. aussi À Poem on the Civil War, v. 1-12 (II, p. 467).

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folie criminelle. Plus tard, il se rappellera avec horreur le temps de « nos folles et lamentables guerres civiles » 37.

La haine de la guerre civile se double chez lui d’un amour également ardent pour la paix. Dans une de ses premières odes, il chante le bonheur de l'Angleterre sous le règne de Charles le Pacifique : il a changé l’âge de fer en âge d’or. Pendant la guerre, plus tard, Cowley se retournera vers ies années paisibles de son enfance, vers le calme profond du règne de Jacques I”, et les seize ans de bonheur ininterrompu de celui de Charles I°, où la terre, dit-il, semblait avoir retrouvé sa jeunesse et où le malheur n’était connu que par les récits des livres 38.

Mais, fait curieux, lorsqu'il passe de la guerre civile à la guerre étrangère, ses opinions changent, sa sensibilité s’émousse. Il n’y voit plus un carnage, mais une noble manifestation de santé et de force. C’est avec fierté qu’il rappelle l’histoire anglaise, ses conquêtes glorieuses, ses victoires : en France, les triomphes d'Edouard III à Crécy et à Poitiers, d'Henri V à Azincourt, sur mer, la déroute de l’invincible Armada 39. Sa fierté nationale le rend belliqueux. Au moment où Charles I‘ vient d'éviter une guerre avec l’Ecosse, en 1639, ne propose-t-il pas une guerre de conquêtes sur le Continent? Au lieu de nous battre entre nous, dit-il en substance, regardons au dehors, profitons de l’exaltation où nous ont plongés les risques de conflit. Que dirait l’Allemagne si elle voyait surgir devant elle un nouveau Gustave ? 40.

Cowley hérite du patriotisme et de l’orgueil national de ses ancêtres, les Elisabéthains. L’Angleterre est pour lui « la belle Albion », « la noble terre britannique » 41. Dans la Restauration, il salue non seulement le retour de sa patrie à l’ordre et au bonheur, mais encore à la force. Il chante la puissance anglaise, sa

37. Of Agriculture (II, p. 402, 1. 34). Cf. aussi To D° Scarborough, v. 4 p:197):

38. Ode. In commendation of the time..., st. 5 (II, p. 64). À Poem on the Civil War, v. 87... (II, p. 469). ï

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