CHAPITRE IV
Lorsqu'il aborde le problème de l’éducation, Cowley va-t-il se montrer aussi respectueux des traditions nationales que dans l’ordre politique?
Nous pouvons, à priori, nous attendre à ce qu’il accepte l’enseignement en l’honneur de son temps, ou du moins ne propose que des réformes de détail. Nous l’avons vu, en effet, élève enthousiaste de Westminster school, puis de Trinity College, s’assimiler avidcimnent les connaissances qui y étaient données. Il se plaît dans l'atmosphère de l’Université: il aurait voulu pouvoir y passer sa vie entière 1. Ce n’est pas une de ces natures difficiles pour qui l’école est une prison, et l’étude imposée un odieux pensum. À une exception près, il se plie sans peine à toutes les disciplines en vigueur.
Mais cette exception est significative, et elle révèle la position qu'il adopte instinctivement vis-à-vis de l’enseignement officiel. Nous la connaissons déjà : c’est l’impossibilité où il se trouve d'apprendre la grammaire comme on le voulait à Westminster, par l'acquisition mécanique des règles et des exemples du livre de Lily. Cette aversion instinctive pour la méthode scolastique s’est transformée avec le temps en principe raisonné, et Cowley propose dans l’organisation de l’enseignement des modifications si profondes qu’il finit par faire figure sinon de révolutionnaire, du moins de réformateur audacieux.
1. Cf. An Answer to an Invitation to Cambridge (I, p. 66). Cf. aussi + Flegia Dedicatoria.… (1, p. 1). et : Ode. Mr. Cowley’s book presenting itself to the University library of Oxford (st. 5, I, p. 411).
Son attachement pour les lieux où s’est écoulée son enfance nous est prouvé surtout par le fait que, dans ses théories pédagogiques, il conserve à peu près intacts les cadres scolaires tels qu'il les a connus. L'école du collège scientifique qu’il rêve de fonder copie sur presque tous les points Westminster. La durée des études est équivalente 2, la vie même de l’école toute semblable à. Ses universités idéales sont de même calquées sur le modèle de Cambridge ou d'Oxford. Son collège scientifique rappelle Trinity par sa constitution 4, et par tous les détails de la vie, depuis le costume des professeurs qui devront porter la robe de maître ès arts ou de docteur, suivant leur grade, l’obligation pour eux de rester célibataires, et celle de dîner dans le hall un nombre déterminé de jours par semaine, jusqu'aux « quatre vieilles femmes pour faire les appartements et tenir la maison en ordre ». Le collège des prophètes près de Ramab, dont il trace dans la Davidéide un portrait si respectueusement enthousiaste, ressemble à un Trinity College dépouillé de ses imperfections 5. D'ailleurs Cowley nous a livré dans une note le secret de cette ressemblance : « Dans la description du collège des Prophètes, à Naioth, il semble au premier abord que j'aie pris pour modèle nos universités; mais à la vérité, les nôtres ont été constituées (comme c’est le cas pour beaucoup de coutumes chrétiennes) à l’imitation des institutions juives » 6.
Mais si Cowley conserve à peu près intact le cadre ou vivront élèves et professeurs, et montre par là son respect de la tradition, on peut dire qu'il vide ce cadre de son contenu, et ne laisse à peu près rien subsister du système qu'il a connu 7.
2. S’il ne prévoit qu’un séjour de quatre ans dans cette école particulière, c’est que les enfants auront auparavant passé deux ou trois ans dans une école élémentaire (4 Proposition, Il, p. 255).
3. Par exemple l’importance accordée aux exercices physiques, l’institution des moniteurs, le rôle de premier plan tenu par l’enseignement religieux.
4. Il est dirigé par un chancelier assisté de huit gouverneurs (ce qui correspond au Master et senior Fellows). Les charges officielles, celle de trésor'er, par exemple, changent tous les ans de mains, etc. (p. 249).
5. Dav., I, v. 680... (p. 258...). Le cadre, la hiérarchie des membres ne diffèrent que par leur excellence.