‹ Abraham CowleyChapitre 170 sur 429 · A PR NN OA TE · texte numérisé non relu

A PR NN OA TE

L'esprit qui l’anime est, en effet, en opposition presque absolue avec celui d’où sortent les méthodes d'éducation du dix-septième siècle. Il prend parti contre l’enseignement mécanique de la grammaire au nom, peut-on dire, du droit à la réflexion. Appliquant ce principe à tous les domaines, il est amené à s’insurger contre l’essence même de la pédagogie de son temps. Selon lui, l’éducation a pour but avant toutes choses de développer la personnalité des enfants, d’éveiller leur faculté de raisonner et leur désir de comprendre. L’instruction doit leur être donnée, non en tranches massives, qu'ils absorbent par un effort de leur mémoire, comme des automates, mais de telle sorte qu’ils puissent l’assimiler par une activité véritable de leur pensée. Et cette instruction doit pouvoir leur servir. Elle portera sur des matières qui présenteront pour eux un intérêt vital, parce qu’elles contribueront à leur connaissance du monde. L’enseignement, tel que le conçoit Cowley, présente un double caractère : il est rationnel et utilitaire. Nous avons analysé assez longuement les méthodes d’enseignement en honneur tant à Westminster qu’à Cambridge, pour nous rendre compte de l’allure révolutionnaire de ce programme, au point de vue de la méthode comme au point de vue de la matière de l’enseignement.

A l’école, Cowley réclame l’adoption d’une méthode nouvelle, « parce qu'il est déplorable de voir la perte de temps que subissent les enfants dans la plupart des établissements, lorsqu'ils emploient ou plutôt gaspillent six ou sept ans à n’apprendre que des mots, et cela même très imparfaitement » 8. En cette seule phrase il fait le procès de l’ancienne pédagogie héritée du Moyen- Age. Les éducateurs, prenant le moyen pour la fin, se bornent à

‘enseigner le latin, et accessoirement le grec. Les enfants sortent

de leurs mains le cerveau bourré de mots et d'expressions latines et de règles de grammaire, mais vide de toute substance. Ne serait-il pas plus logique et plus profitable de montrer aux enfants les idées qu’expriment les mots en même temps qu’on leur apprend les mots eux-mêmes? L'étude de la langue n’acquiert de valeur que si elle permet de pénétrer la pensée et la civilisation

Page 1