W. G. BeLz. Fleet Street in Seven Centuries, p
lité. Son parrain, bourgeois de Londres, lui paraît admirable, car, nous dit-il, dans chacun de ses regards il peut voir une sentence morale, dans chacun de ses actes un sermon en action, et il le considère comme un parfait représentant de la Cité 46.
D’après les confidences qu'il nous fait sur lui-même 47, nous pouvons l’imaginer comme un enfant tranquille, de goûts calmes, d’une précoce maturité d'esprit. Dernier venu d’une famille nombreuse, il vit au milieu de ses aînés. Une mère religieuse, un parrain grave et peut-être quelque peu sermonneur, dirigent son éducation, et développent par leur enseignement et leur exemple sa tendance à la réflexion sérieuse.
L'amour des livres s’éveille tôt en lui. D’instinct, il se détourne de l’exubérance un peu folle, de la turbulence un peu brutale dont il voit autour de lui tant d'exemples. La cité bruyante l’effraye. Se sentant trop délicat, trop fragile pour la lutte, il se replie instinctivement sur lui-même. Nous verrons que sa philosophie a pour base l’horreur de la ville; ses impressions d’enfance n’y sont certainement pas étrangères.
Cependant il commence ses études, sans doute à l’école de sa paroisse. Après les classes, au lieu de vagabonder dans les rues avec ses camarades, il se retire dans la chambre où se tient sa mère, et feuillette les livres qu’il trouve sur le rebord de la fenêtre. Ces livres étaient pour la plupart, nous dit-il, des ouvrages pieux. Un jour, il y découvre un exemplaire de Spenser. Il commence à le lire, sans trop comprendre, y voyant surtout un merveilleux conte de fées, plein de miraculeuses aventures, où de preux chevaliers affrontaient monstres et géants. Peu à peu, le charme des longues strophes fluides agit sur lui; il devient sensible au rythme du vers, à la chanson de la rime. Il dévore le gros livre, et avant même d’avoir douze ans, il l’a lu en entier. De là date, nous dit-il, sa vocation : grisé par cette musique mystérieuse, il voudra être
»] Fa
46. To his very much honoured Godfather, Master ARBRES 47. Of Myself, IL, p. 455.
lui aussi poète. Son ambition sera d'écrire, pour devenir célèbre comme son grand modèle 48.
Les critiques ont commenté à l’envi cette précieuse confidence. Mais certains ont exagéré la portée de l'incident. Pour S. Johnson, par exemple, Cowley, s’il n’avait pas lu l’œuvre de Spenser aurait très bien pu ne pas devenir poète, car le génie est une aptitude générale de l'esprit, pouvant s'appliquer à n'importe quel domaine; et la spécialisation dans telle ou telle branche se fait la plupart du temps sous l’influence d’une cause accidentelle. C’est ainsi que la lecture de Spenser aurait tourné Cowley vers la poésie; ainsi plus tard, la lecture du traité de Richardson sur la peinture aurait fait de Joshua Reynolds un peintre 49.
Sans vouloir discuter la vérité générale de la théorie de Johnson, il est permis d’estimer, qu’elle est, dans le cas de Cowley, excessive. Tout ce que l’on peut dire, semble-t-il, c’est que son goût pour la poésie s’est éveillé au contact des vers de Spenser. Mais pour avoir exercé sur lui une action si profonde, ne faut-il pas que ces vers aient correspondu à une tendance encore inexprimée de sa nature, à un instinct latent ? Ils n’ont pas fait de lui un poète, ou du moins ils ne l’ont fait qu’en lui révélant à lui-même sa vocation. Ils ont été l’occasion, mais non la cause. Quoiqu'il en soit, c’est à Spenser, qu'il doit cette révélation. À son contact son ambition s’est cristallisée, son esprit a orienté ses efforts vers un but clairement aperçu.
Avec une intelligence digne de louange, sa mère devine les secrets penchants d'Abraham; sans doute considère-t-elle que les goûts tranquilles de son fils, son amour de la lecture, le destinent à une vie plus contemplative qu’active; peut-être espère-t-elle, en bonne chrétienne, qu’il entrera un jour dans les ordres. En tout cas, elle lui fournit le moyen de développer ses dons naturels en le faisant entrer à l’école de Westminster.