T, C. NoBre. Op. cit., p
partira pour l’assassiner en 1629 45. Cet acte de fanatisme prouve l’exaltation des esprits; il démontre aussi la profondeur des convictions.
Sous ses apparences turbulentes, en effet, cette population cache un grand sérieux, et les problèmes religieux la passionner plus encore que la politique. Le nombre des églises atteste l’ardeur de sa foi; la place qu’elle fait à la religion dans sa vie quotidienne constitue un éclatant témoignage de sa sincérité. Un foyer bourgeois comme l'était celui des Cowley a pour centre réel la Bible; c’est son seul guide, spirituel et pratique à la fois. Matin et soir, la famille assemblée écoute la lecture et le commentaire d’un chapitre du Livre saint, et les enfants apprennent à parler et à penser en termes bibliques. Les moindres actions sont sanctifiées par le désir de se conformer aux préceptes de l’Ecriture. La grande idée que toutes leurs pensées et même leurs gestes font ou défont en partie leur salut les hante, et leur vie devient toute religion et toute morale.
De plus en plus d’ailleurs, leur sincérité exigeante les écarte de la religion officielle de l’Angleterre. Le culte leur en paraît trop orné, compliqué encore de superstitions papistes, offrant trop de prise aux plaisirs des sens. Ils commencent à attaquer de front l’épiscopat; ils défendent les droits de l'individu contre l’Eglise; ils sentent le besoin d’une religion plus austère, plus personnelle, accordant à chacun moins de joie, mais une certitude plus grande de salut. Comme elle est le ferme soutien du Parlement, la Cité: (dont on peut dire que Fleet Street fait partie, bien qu’elle soit strictement en dehors des murs) forme le centre du puritanisme, et quelques années plus tard l’archevêque Laud, y trouvera ses ennemis les plus acharnés.
Toutes ces influences, Abraham ne les a pas également subies, et si certaines n’ont laissé sur lui aucune trace, d’autres l’ont profondément marqué de leur empreinte. C’est dans son enfance de petit londonien qu’on peut trouver l’origine de ses préférences et de ses aversions d'homme mûr. De cette vie à laquelle il a été si étroitement mêlé, il semble avoir surtout retenu un aspect : le côté sérieux de la population, son honnêteté, son souci de mora-