Preface, p
16. Davideis, I, v. 441..; II, v. 41; IV, v. 228...; I, v. 661: III, v. 950; II, v. 206.
17. Dav., II, v.. 270; III, v. 202; IV, v. 49-1117. Il le proclame dans sa préface. Derrière lhistoire de David, il découvre beaucoup de développements « nobles et fertiles », tels que « la cruauté barbare de Saül envers les prêtres à Nob, les diverses fuites et évasions de David, son genre de vie dans le désert, les funérailles de Samuel, l’amour d’Abigail, le sac de Ziglag, la perte des femmes de David et leur reprise aux Amalécites, la sorcière d’Endor. la guerre contre les Philistins et la bataille de Gilboa »; et il ajoute : « J’avais l’intention de les introduire tous en diverses occasions, ainsi que la plupart des histoires célèbres de l’Ancien Testament, et d’ajouter comme ornement les caractéristiques les plus remarquables des Juifs et des autres nations, avant cette époque où à cette époque » (Préface, pp. 11 et 12).
" L'ÉPOPÉE : LA DAVIDÉIDE 323
le merveilleux chrétien. Les puissances surnaturelles vont se mêler aux actions des hommes et les diriger. Lucifer, secondé par les cohortes infernales, excite contre David la fureur de Saül ; mais Dieu et ses anges veillent et protègent le jeune héros 18.
Telle sera la matière. Quant à la forme, à l'élaboration artistique, ce n’est pas aux modernes ni aux chrétiens que Cowley va s'adresser, mais à ceux dont il rejetait avec dédain, il n’y a qu’un instant, les fables puériles, aux Anciens. Les œuvres de PAntiquité, en tant qu'œuvres d’art, demeurent éternellement vraies et l’on ne saurait mieux faire que de les imiter. Tandis que Davenant proclamait la nécessité de revêtir la matière nouvelle de son poème d’un art également nouveau, issu du même souci d’obéissance à la raison moderne, Cowley fait appel à l’art dont les siècles ont éprouvé la grandeur. Sans se contredire, il croit pouvoir adorer comme artiste les Dieux que, comme penseur, ii avait brûlés. Sa raison se satisfait d’obéir sur ce point au principe d'autorité. Depuis la composition de l’ensemble jusqu'aux plus humbles détails, il va calquer sa Davidéide sur l'épopée virgilienne 19.
Ainsi se trouve atteint, en principe, le double but que se propose Cowley. Il fait d’abord œuvre d’artiste, et plaît à son public par l’allure vivante du récit et la perfection de la forme; puis, à la faveur du plaisir artistique, il fait œuvre pie, il instruit ce public, il lui révèle ou lui rappelle la beauté des grandes vertus chrétiennes en mettant sous ses yeux les exemples de David et de Jonathan, et, en décrivant des tableaux choisis de l’Ecriture Sainte, il prouve que la Bible est une merveilleuse source, non seu-
‘lement d’édification, mais de poésie 20.
Son œuvre prend dès lors la portée d’un manifeste littéraire, et c’est bien ainsi qu’il la présente dans sa préface de 1656. La Davidéide illustre sa théorie de la supériorité de la poésie chrétienne sur la poésie païenne, et de l’obligation qui en résulte pour
18. En 1650, cependant, il louera Davenant d’avoir chassé le surnaturel de son épopée, mais sans doute ne pensait-il qu’au merveilleux païen et à ses mensonges, et il n’y a pas là la contradiction qu’on pourrait y voir.