Zbid., p
22. Cf. sur les sources de la Davidéide, l'étude de Mac Bryde : A Study of Cowley’s Davideis (Journal of Germanic Philology, vol. IX, pp. 454-527). Nous y avons puisé de nombreux faits, sans toujours adopter les conclusions de l’auteur.
23. Giles FLETCHER. Christ's Victory in Heaven, 1610. Phineas FLETCHER. The Purple Island; or, The Isle of Man, 1633. Edward BENLOwES. Theophila, or, Loves Sacrifice, 1652. Henry More. Psychozoia, or The first part of the Song of the Soul.…, 1647.
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exemple, Habington, J. Hall, Donne, Vaughan, Traherne, Crashaw, Herrick lui-même 24.
D’autres, plus proches de Cowley, prennent le récit de la Bible comme base de leurs œuvres. Parmi eux, Austin, Sandys, Ballard, Aylet, sans compter Quarles et Heywood, et surtout Drayton qui décrit en vers le Déluge et l’Arche de Noé, la naissance ét les miracles de Moïse, le combat de David et de Goliath 25. À leurs œuvres, ces pieux artistes joignent des déclarations de principe où nous pouvons voir la source de beaucoup des idées de Cowley, au point que celles-ci font presque figure de lieux communs. Ils exaltent la poésie chrétienne par opposition à la poésie profane, proclament les droits du:poète à s’affranchir des superstitions païennes, et convient les vrais poètes à la poésie sacrée 26.
En se tournant vers la poésie religieuse, Cowley ne fait donc que suivre l’orientation générale de son temps; sa tentative, loin d’être isolée, se rattache à un mouvement d'ensemble qui atteindra son apogée avec l’œuvre de Milton 27,
Le continent fait un effort semblable pour donner à la religion droit de cité dans la grande poésie. Dans son désir d’écrire une épopée chrétienne, Cowley se rencontre avec des Français comme le Père Le Moyne, Chapelain, Desmarets de Saint-Sorlin, Saint- Amant même 28. Il est curieux que la Davidéide et la Pucelle dé-
24, Barnaby Banxes. À Divine Century of Spirituall Sonnets…., 1595. William HaBINGToN. Castara, 1634, 3rd part. John Hair. Divine Poems, 1647. John Donne. Divine Poems, 1633. George HERBERT. The Temple, 1633. Henry VAUquan. Silex Scintillans, 1650. TRAHERNE. Poetical Works (ed. by Bertram Dobell), Richard CRAsHAW. Steps to the Temple, 1646. Robert HERRICK. Hesperides (Noble Numbers), 1648.
25. Michael DrAyToN. Noahs Flood, Moses’ Birth and Miracles, David and Goliah, publiés dans The Muses Elizium, 1631. S. AusrTiN. Urania, or The Heavenly Muse, 1629. G. Sanpys. À paraphrase upon the Divine Poems, 1656. G. BazLanp. The History of Susanna.., 1638. R. Ayrer. Divine and Moral Speculations, 1622.
26. Cf. BARNES. Op. cit. sonnet 1; S. AusTin. Op. cit., Advertisement; G. FLETCHER. Op. cit., To the Reader; F. QuARLES. Op. cit., preface to Hadassa. Cf. sur le dernier point : Barnes. To the favourable and Christian Reader; P. FLerTcHER. Purple Island, p. 84; DrAyTon. Moses’ Birth and Miracles..
27. I1 ne se distingue donc pas, comme le voudrait Mac Bryde (p. 454) de son époque par sa « seriousness ». Cf. sur cette orientation : JUSSERAND. Opacit lp 8511
28. Le Père LE Moyxe. Saint-Louis, 1653;'CHmaApELAIN. La Pucelle, 1656; DesmareTs. Clovis, 1657; SAINT-AMANT. Moïse sauvé, 1653. Une dizaine de tragédies sacrées paraissent de 1641 à 1645, et en vingt ans (de 1653 à 1673), dix-huit épopées chrétiennes (Cf. Bray. Op. cit., pp. 292-5).
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fendent la même année le choix du merveilleux chrétien, à condition qu’il ne dépasse pas le vraisemblable, et celui d’un sujet historique. Les dates prouvent d’ailleurs que Cowley n’a pas subi l'influence de ces poètes, et on ne peut parler ici que de parallélisme 29.
C’est à un Français cependant que revient l’honneur, ou la responsabilité, d’avoir d’une manière très précise montré le chemin à Cowley : Du Bartas. Sa grande œuvre, la Divine Sepmaine, a joui en Angleterre pendant la première moitié du dix-septième siècle, grâce à la traduction de Sylvester, d’une réputation unique #0. Plus qu'aucun autre poète de l’époque, Du Bartas a pu stimuler ie le zèle de Cowley. L’ampleur d’une œuvre embrassant toute la création, la gloire que l’auteur en avait acquise dans le monde chrétien, tout désignait la Divine Sepmaine à l’ambitieux étudiant comme le modèle parfait. Il s’appuie sur l’autorité de Du Bartas lorsqu'il se refuse à donner une simple paraphrase de l’Ecriture, et veut faire revivre, à propos de l’histoire de David, le monde de l'Ancien Testament 31. Du Bartas a donc très vraisemblablement éveillé en lui le désir d’écrire une épopée chrétienne.
Il n’est pas impossible qu’il lui ait — indirectement — dicté le choix de son sujet 32. Son éditeur, Simon Goulart de Senlis, dans son Advertissement au lecteur, sur le reste des œuvres d G. de Saluste, S' Du Bartas, placé en tête du troisième jour de la seconde semaine, écrit en effet :
En ces chapitres (Les Trophées), le Sainct Esprit nous fait voir les merveilles de Dieu en l’infirmité de son serviteur David. Le poète représente les principaux points d’icelle histoire en unze cens vers ou environ : choisissant ce qui luy a semblé plus digne d’estre compris
29. UrHaMm (French Influence..…, p. 213), parle comme si Cowley avait composé sa Davidéide à son retour d’exil; mais, comme nous l'avons dit, tout s’accorde à prouver que Sprat a raison de faire dater l’œuvre du séjour à Cambridge.
30. Les nombreuses éditions qui s’échelonnent entre 1590 et 1640, en sont la meilleure preuve. Cf. Mac BRYDE. Op. cit., p. 44.
31. Si, en effet, les jours de la première semaine retracent la création du monde, la deuxième semaine devait passer en revue toute l’Histoire Sainte d’après l’Ancien et le Nouveau Testament. Les quatre premiers jours seuls ont été écrits.
32. UpHam. Op. cit., p. 214, et Mac BRYDE. Op. cit., p. 31, ont noté ce point.
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en l’œuvre par luy entrepris. Car une Davidéide vaudrait bien le cours d’une Enéide, ou le nombre des livres de l’Iliade et de l’Odissée ensemble, si quelque chrestien et docte poète François voulait y emplover le temps et l’estude; comme un si noble et fertile subjet le mérite 33,
Ce n’est toutefois qu'une possibilité. Cowley en choisissant David pour héros de son épopée a pu obéir également à une suÿgestion d’ordre général. L'histoire de David est une des plus célèbres de l’Ancien Testament, et les poètes religieux ont été, de ‘tous temps, naturellement attirés vers ce thème grandiose. Au dix-septième siècle même, de nombreux poèmes ou drames ont célébré David %4. Il pourrait donc n'y avoir qu’une simple coïncidence entre le” désir de Goulart et sa réalisation par Cowley. Mais on est tenté d'admettre qu’il y a eu influence directe. Lorsqu’on compare la Davidéide et la Sepmaine, on s'aperçoit vite que Cowley connaissait l’œuvre de Du Bartas, ou du moins sa traduction, et qu'il l’a utilisée abondamment. On peut établir entre la Davidéide et la traduction de Sylvester toute une série de correspondances qui ne laissent aucun doute à cet égard 35. Les emprunts de détail sont évidents, et la dette de Cowley pour l’en-