Sur le sommeil de Saül, Sylvester écrit
& Who slumbering then on his unquiet couch
With Israels greatness was disturbed much », (24 week, 84 day, 8d part, v. 92, 93). Et Cowley :
« And Saul himself, tho’ in this troubled breast
The weight of Empire lay, took gentle rést » (1, v. 229).
Lorsque, parlant de l’harmonie divine des sphères, Cowley s’écrie :
« Water and Àir he for the Tenor chose,
Earth made the Base, the Treble Flame arose…. » (1, v. 457), il ne fait que reproduire l’image de Sylvester :
« So that re-treading their eternall trace,
Th’one bears the treble, th’other pears the base » (24 w., 24. day, 4th pt. v. 740...). Cf. aussi des développements semblables : à propos de l’influence de David sur Saül, une théorie du pouvoir de la musique qui, par le corps, agit sur l’âme (Sylv. 24 week, 4th day, 1st pt. v. 416..., et Dav., I, v. 470...). Le meurtre d’Abel par Caïn s’accomplit avec la même arme, une énorme pierre (Sylvester 2d w., ist day, 4th pt. v. 336... et Dav. I, v. 200). L'Enfer, Satan, l’Envie, sont décrits en termes très proches (Sylv. 2d. w., 3rd day, 3rd part, v. 47, et Dav., I, v. 153..; Sylv. 2d w., 3rd day. 3rd. pt, v. 82... et Dav., I, v. 70..). Dans le tableau de la destruction de
semble, si elle est moins démontrable, en devient quasi-certaine 36. Il a même pu trouver dans une de ses œuvres, Judith, le prototype du poème épique tel qu’il le conçoit, c’est-à-dire comme une adaptation de l’art classique à une matière nouvelle 37.
Mais cette influence n’est pas la seule : celle de la Jérusalem délivrée, du Tasse, est aussi évidente, et elle est, croyons-nous, plus
Sodome et de la métamorphose de la femme de Lot, les mêmes images se retrouvent :
« Her pulse doth cease to beat, and in the ayr The windes no more can wave her scattered hair... », dit Sylv. (2d. w., 3rd day, 1st. pt., v. 1407...) et Cowley (III, v. 261) : « The wind admired which her hair loosely bore, Why it grew stiff, and now would play no more. » Cf. aussi sur la lance de Goliath (Sylv. 2d. w. 4th day, 1st pt. v. 88, et Dav., IL v 393):
36. Les traces de sa familiarité avec Sylvester ne s’arrêtent pas d’ailleurs à la Davidéide. I] serait possible de trouver partout dans son œuvre des réminiscences plus ou moins claires. Son Hymn to Light peut avoir été inspiré par un passage de la Sepmaine qui commence : « All haïl pure lamp, bright, sacred, and excellin£g; Sorrow and care, darkness and dread repelling; Thou world's great taper, wicked men’s just terror, Mother of truth, true Beautie’s-only mirror, God’s eldest daughter.… » (1st wk, 1st day, v. 536); et l'Ode pindarique The Plagues of Egypt, semble renfermer des souvenirs de Sylvester, telle cette image à propos des grenouilles : « With stinking frogs the silken quilts be spred.…. » Cowley dit :
« And in the silken Beds their slimy Members place. » (Sylv. 2d w., 34 day, 3d pt, v. 456, et Plagues of Egypt, st. 6, v. 20, I, p. 222). 37. Sylvester l’a traduite sous le titre de Bethulia’s Rescue. Et nous trouvons dans ces deux poèmes qui tous deux développent l’histoire biblique, l'application consciencieuse des règles, on pourrait dire des recettes de l’épopée classique: par exemple, l’exposition initiale du sujet calquée sur le début de l’Enéide :
« I sing the vertues and the valiant deed Of th’ Hebrew widow.…. »
(Cf. Dav., I, v. 1, p. 242), l’invocation au Seigneur : « Thou, that to save, from Pagan’s servile rigor, Thine Isaac’s heirs, didst steel with manly vigor Weak Judith’s heart, my feeble heart advance: Raïse, raise my thoughts in high and holy transe. » (Sylv., I, v. 5, et Davw., I, v. 13), reprise au cours du poème : « Thou Spirit which dost all spirits vivifie. Direct my weary quill, my courage raise, That I this work may finish to thy praise… »
(Sylv., III, v. 245, et Dav., I, v. 441). Cf. aussi les descriptions de tapisseries, les retours en arrière, etc...
Dans le détail, les ressemblances sont aussi fréquentes : voici une image sur le Jourdain :
« Clear Jordan’s selfe in his drie oazie bed,
L'ÉPOPÉE : LA DAVIDÉIDE. 329
importante encore. Du Bartas a pu fournir à Cowley l'inspiration générale de sa Davidéide, et, secondairement lui donner l’idée de maint détail. Mais il ne faut pas oublier que la Divine Sepmaine n’est pas à proprement parler une épopée. C’est plutôt une succession de fresques somptueuses, et la méthode qui convenait pour dérouler l’histoire de la Création, ne pouvait s'appliquer à un épisode défini comme celui dont Cowley a fait choix. La Divine Sepmaine ne pouvait à cet égard servir de modèle à Cowley.
Or, tandis que Sylvester traduisait l’œuvre de Du Bartas, Fairfax traduisait celle du Tasse 38. Cowley a donc pu puiser dans l’une aussi facilement que dans l’autre, et il ne paraît pas s’en être fait faute. Le contraire eût été très surprenant. Sans jouir de la vogue extraordinaire de Du Bartas, car en dehors de toute question de mérite et d'intérêt, il avait le grave défaut pour des consciences anglaises d’être catholique, le Tasse jouissait alors auprès des gens cultivés d’une grande faveur. Il était le représentant glorieux de l’épopée moderne: tandis que l’Arioste attirait les critiques par le romanesque de son Roland Furieux, on le louait comme l’héritier de la grande tradition classique, le fils spirituel de Virgile 39. C'était un des grands noms qui devaient forcément attirer Cowley, et c'était par surcroît l’écrivain qui pouvait l’influencer de la façon la plus directe et la plus heureuse.
Cowley trouvait, en effet, dans sa Jérusalem, l'exemple d’un poème religieux construit selon le modèle des épopées antiques. Il pouvait invoquer son autorité pour rejeter les genres en vogue de son temps, le poème lyrique à la manière de Barnaby Barnes, aussi bien que le poème narratif dont Quarles, Drayton et la plupart de ses prédécesseurs immédiats lui offraient l’exemple. Sans
Blushing for shame, was faine to hide his head... » (Bethulia, I, v. 52), et :
« Swift Jordan started and straight backward fled, Hiding among thick reeds his aged head. »
(Dav., I, v. 237). On pourrait rapprocher encore d’autres passages, par exemple la fuite des Isaaciens: devant Holopherne (Beth. I, v. 67...), et celle des Hébreux devant les Philistins (Dav., IV, v. 727..); ou encore la déroute de l'armée d’Holopherne (Beth., VI, v. 283), et celle des Philistins (Dav., IV, v. 975).