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La traduction de Fairfax a paru en

39. Tous les poètes épiques français du milieu du sièele s’inspirent de ses théories et de son exemple (Cf. Bray. Op. cit., p. 336...).

lui, il aurait peut-être docilement marché sur leurs traces. Mais le Tasse lui présente réunis les divers éléments qui lui étaient nécessaires; d’une part, une épopée calquée sur l’œuvre d’Homère et de Virgile, de l’autre, une glorification de la religion chrétienne. Un autre problème essentiel, celui du merveilleux, s’y trouve, en outre, résolu. Le Tasse avait introduit dans son œuvre le surnaturel chrétien. Cowley y trouve un encouragement à en user luimême 40. Sur tous ces points, son grand précurseur lui a fourni le secours dont il aime étayer ses propres conceptions. Et, comme nous l’avons constaté pour Du Bartas, à ses imitations d'ensemble s’ajoute un assez grand nombre d'emprunts de détail qui confirment et rendent encore plus probable l’action générale que le Tasse a exercée sur Cowley 41.

40. Grosart exagère la différence des deux conceptions lorsqu'il écrit : « Cowley suppose qu’ils (c’est-à-dire les esprits célestes et infernaux) agissent ordinairement sur l’esprit par suggestion, le Tasse les représente comme amenant ou arrêtant les événements par une action extérieure » (Memorial- Introduction). Peut-être le ciel intervient-il dans la Davidéide d’une manière plus discrète, mais le principe est le même. Outre des exemples de suggestion (l’Enfer éveillant la haine de Saül pour David par l’intermédiaire de l’Envie, I, v. 247...; le Ciel rassurant David, I, v. 428...; cf. aussi Il, v. 457 et v. 793), on voit les puissances divines se mêler directement aux actions humaines. Un ange détourne le javelot que Saül lance vers David (I, v. 530), un autre arrête la main d'Abraham prête à frapper son fils (II, v. 318), Dieu brouille la vue des soldats de Saül lorsqu'ils cherchent David (I, n. 44), enfin dans la déroute des Philistins à Gabaa, les légions célestes jouent un rôle aussi actif que les Dieux d’Homère (IV, v. 945...). Le Tasse fait-il intervenir le surnaturel d’une manière beaucoup plus active ? A1. L’exposition du sujet présente dans les deux poèmes des ressemblances frappantes. Fairfax traduit :

« The sacred armies and the godly Knight That the great Sepulcher of Christ did free, I sing; much wrought his valour and foresight, And in that glorious war much suffred he:

In vaine the Turkes and Morians armed be, His souïdiers wilde (to braules and mutines prest) Reduced he to peace, so Heav’n him blest. »

et Cowley : « I sing the Man who Judahs Scepter bore In that right hand which held the Crook before... ; Much danger first, much toil did he sustain, Whilst Saul and Hell crost his strong fate in vain. Nor did his Crown less painful work afford…. »

Au cours de l’invocation qui suit, Cowley semble marcher pas à pas sur les traces du Tasse (Cf. Fairfax, st. 2 et Dav., I, v. 13..). — Voir aussi la description de l’Enfer (FArrFAx, IV, st. 7, 8; et Dav., I, v. 129..), et celle de V'Archange Gabriel prenant forme humaine pour descendre sur terre :

L'ÉPOPÉE : LA DAVIDÉIDE. 331

D’autres œuvres ont pu inspirer Cowley sur des points particuliers. Ainsi, la critique a releyé dans la Davidéide des parallélismes évidents avec le poème de Marini, Strage degli Innocenti, ou plutôt avec la traduction qu’en a donnée Crashaw sous le titre Sospetto d’Herode 42.

Mais une troisième influence, plus profonde encore que celles de Du Bartas et du Tasse s’est exercée sur la Davidéide, l’influence de Virgile. Le désir de se modeler sur lui, de l’égaler, hante Cowley. Il rêve d'écrire une Enéide chrétienne. Chaque page de la Davidéide apporte une confirmation nouvelle de son respect pour l’autorité du poète latin 43. Le démontrer est impossible ici;

« Of silver wings he tooke a shining paire, Fringed with gold, unwearied, nimble, swift, With these he parts the windes, the clouds, the aire, And over seas and earth himself doth lift. »

(F. I, st. 14) et Cowley :

« He took for skin a cloud most soft and bright, That e’re the midday Sun pierced through with light : Upon his cheeks a lively blush he spred. (1, v. 796).

42. Cf. UPpHAM. Op. cit., p. 213, et Mac BRYDE. Op. cit., p. 58. Le début des deux poèmes est étonnamment semblable : Marini, après l’invocation traditionnelle, décrit l'Enfer, fait prononcer à Satan un discours haineux contre le Christ naissant, et envoie la Cruauté auprès d’Hérode pour lui dicter son dessein sanguinaire. Cowley procède exactement de même : discours de Satan, envoi de la Furie auprès de Saül dans le même but. On peut faire des rapprochements encore plus précis : l’Enfer est bâti de la même manière {Sospetto, st. 5 et Dav., I, v. 70...) ; la vision envieuse de Satan revêt la même forme (Sosp., st. 13/17 et Dav., I, v. 107..; la formule oratoire : « He said » se retrouve dans les deux poèmes), les signes de sa colère sont semblables, il est également encouragé dans sa révolte par les Furies, la Cruauté comme l’Envie, prend son vol à la nuit, effrayant la nature sur son passage, et elles revêtent toutes deux l’apparence d’un mort; leurs invectives à leurs victimes coïncident étrangement et se terminent par le même rite (Sosp., st. 33/59, et Da alv./227..):

Les deux poèmes sont donc très proches l’un de l’autre, mais il ne semble pas si difficile que le dit Mac Bryde (op cit., p. 58) de se prononcer sur le rôle respectif des deux amis : c’est évidemment Cowley qui imite. La traduction de Marini date certainement du séjour de Crashaw à Cambridge, c’est-à-dire du moment où Cowley y travaillait à sa Davidéide. Il est logique d’admettre que Cowley ait beaucoup moins donné que reçu. Lié à son modèle, Crashaw n’a guère pu s’aider des conseils de Cowley; ce dernier, au contraire, créant en liberté, a pu prendre dans la traduction de son ami tout ce qui lui convenait.

43. Les développements parallèles ne sont pas rares : la vision de David rappelle le sixième livre de l’Enéide, sa réception par Moab est calquée sur celie d’Enée à Carthage et, au cours de la fête, Melchior chante comme l’avait fait Iopas (Cf. sur ces ressemblances : Elizabeth Nrrcuie. Vergil and the English Poets, New York, 1919, p. 133 et sq...). Quant aux emprunts de détail,

lorsque nous analyserons l’art de la Davidéide nous aurons l'occasion d’en fournir des preuves suffisantes.

Cette influence, d’ailleurs, s’étale au grand jour. Tandis que Cowley n’avoue nulle part ses imitations modernes, ne prononce même pas le nom de Du Bartas et du Tasse, il les proclame sans réserve lorsque c’est l'Antiquité qui les lui fournit, et il se fait gloire d’avoir su piller si copieusement les anciens poêtes. Cowley dirait volontiers, avec Scudéri, « ce qui est volerie chez les modernes, est étude chez les Anciens » 44. À chaque pas, il utilise son érudition classique, et de peur que nous ne nous en apercevions pas, des notes le signalent.

Considérée ainsi en ses origines, la Davidéide nous apparaît comme une œuvre d'inspiration très diverse : œuvre érudite où Cowley a puisé à toutes les sources possibles, patiemment élaborée à force de recherches savantes, œuvre alexandrine, pourraît-on dire. Son originalité est donc limitée. Cowley n’a pas prétendu élaborer sans appui sa matière 45, et son poème est une mosaïque d'éléments empruntés. Mais avec ces éléments il a voulu créer un type nouveau d’épopée, et c’est pour la forme qu’il adopte, pour la tonalité de l’ensemble, qu’il proclame son indé-

ils sont innombrables. Par exemple, deux passages de l’Enéide lui ont servi pour décrire l’effondrement de Goliath : Virgile avait dit (nous utilisons la traduction de Dryden) :

« His forehead was the first that struck the ground,

Life-blood and life rush’d mingled through the wound. » (X, v. 349), et ailleurs :

« Down sinks the giant with a thundering sound,

His pond’rous limbs oppress the trembling ground,

Blood, brains and foam gush from the gaping wound. » (X, v. 752). Rappelons nous les vers de Cowley (III, v. 589) :

« Down, down he falls, and bites in vain the ground,

Blood, Brain and Soul crowd mingled through the Wound. »

La description du Ciel (Daw., I, 347) a pu être comparée à celles de Stace (Thébaïde, I, 192), de Virgile (Enéide, IV, 238 et X, 101), d’Homère (Iliade, XXIV). Le discours de Jéhovah (Dav., I, 389), le portrait de l’Envie (I, 153), le tableau de l'Enfer (1, 71), à des passages de Stace (Thébaïde, I, 211; IX, j> 37). — Dans ces deux derniers développements, on retrouve l’empreinte d’'Ovide (Métarmorphoses, I, 137; II, 760; IV, 431; VII, 792). Pour son Enfer encore, Hésiode lui a sans doute servi (Théogonie, 713), et Claudien pour la fureur de Satan (De Raptu Proserpinae, I, 83). Sur ces imitations, voir Mac BRYDE. Op. cit., pp. 72, 73, et les notes à la Davidéide.

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