My Dyet, p. 89, st
25. The Despair, st. 1, p. 86. Aussi pensons-nous parfois, en lisant Cowley, à la satire de Boileau contre ces « vains auteurs » :
« Qui s’affligent par art, et, fous de sens rassis, S’érigent pour rimer, en amoureux transis :
Leurs transports les plus doux ne sont que phrases vaines. Ils ne savent jamais que se charger de chaînes: Que bénir leur martyre, adorer leur prison, Et faire quereller les sens et la raison... » (Art Poétique, ch. II).
elle qui l'invite à faire de l'amour une longue patience pour l'amant qui clame aux échos sa torture, tandis que l'aimée reste superbement indifférente aux maux dont elle est responsable. L’amant-martyr, la maîtresse cruelle, sont les poncifs obligatoires de la poésie amoureuse de l’époque. Tous les prédécesseurs et les contemporains de Cowley, sauf Donne le révolutionnaire, sont, à tour de rôle, passés sous les fourches caudines de cette convention 26.
Véritables lieux communs aussi les incidents dont le poète essaye de rompre la monotonie de tant de plaintes et de tant de rigueurs : la scène du bain, la crise de larmes, les séparations, les rivaux, les querelles, les dialogues, les lettres, l’écho qu’on interroge, le portrait qu’on laisse à l’aimée en partant, l’arbre sur lequel on grave son nom, autant de thèmes que Cowley se devait de traiter, pour se conformer au goût du jour 27. Les changements brusques d'humeur, le passage de l’adoration au cynisme et à la
26. Parmi la foule des exemples qui s’offrent à nous, citons : sur les attitudes de l’amant, sa souffrance résignée, cette humilité qui fait de lui un prisonnier volontaire : Carew. The willing prisoner to his Mistress; S. Daniel. Delia, sonnets 15, 27, 33; H. Constable, Diana, décade 7, sonnet 6; T. Watson. The Teares of Fancie, sonnet 23. et The Ekatompathia, sonnet 1; Willoughhbvy. Avisa, sonnet 44; Griffin. Fidessa, sonnet 59; J. Davies, sonnet 79; Lovelace. Lucasta : Night.
11 se plaint de ses tortures tout en les chérissant, nous disent : T. Watson. Ekatompathia, sonnets 66, 71, 93; Constable, sonnets 104, 117, 118, 119, 131, 145; S. Daniel, sonnets 35, 46, 59, 60; N. Breton. À dolorous Discourse of one that was bewitched by Love; Drayton. {dea, sonnet 50; Lodge. Phillis, sonnets 10, 37; Lord Herbert of Cherbury, Tears, flow no more; Stanley. Song (édition L. J. Quiney, 1907, p. 42).
Il est inlassablement fidèle : Constable, décade 2, sonnet 1; S. Daniel, sonnet 53; Drayton, sonnet 60; Habington. Castara : To Castara, being debarr'd of her presence...
Quant à l’aimée, tous louent sa beauté : Campion. First book of Ayres, 2d part, n° 2, 24 book n° 20, 4th book n° 7; Lodge. Phillis, sonnets 13, 33; J. Davies. Wittes Pilgrimage, sonnets 1, 2, 3, 37, 39; Shirley. Song (éd. Dyce, p. 411); Stanley. Song (p. 28); Carew. Song (éd. Ebsworth, p. 30). The Comparison, Loves Complement, The Hue and Cry, In praise of His Mistress.. Tous déplorent également sa chasteté, sa cruauté : Campion, 3rd book n° 10; S. Daniel, sonnets 17, 21, 23, 24, 26, 28, 61; J. Davies, sonnets 33, 44, 48...; Stanley, The cold Kiss; Lovelace. Calling Lucasta from her Retirement.…
27. Bathing, p. 150; Weeping, p. 136; The Parting, p. 117; The Separation, p. 140; The Rich Rival, p. 108; Leaving me and then Loving many, p. 78: Called Inconstant, p. 103; The Waiting-maid, p. 138; Dialogue, p. 147; Written in Juice of Lemmon, p. 72; Eccho, p. 107; My Picture, p. 118; The Tree, p. 140.
On trouve des exemples de dialogues dans S. Godolphin. À dialogue between
désinvolture chez l’un, et chez l’autre les preuves inattendues de
constance et d’amour ne sont pas moins courants 28. LS
Quant aux analyses de philosophie amoureuse qui parsèment le recueil, elles nous rappellent le caractère mondain et artificiel du lyrisme érotique de l’époque. Nous y retrouvons l’atmosphère de la cour d'Angleterre où Henriette-Marie avait mis à la mode les raffinements de la galanterie française. Nous croyons entendre, dans ces discussions théoriques, un écho des controverses galantes auxquelles se livraient les beaux esprits de l'entourage de la reine. C’est ainsi que Cowley traite successivement les thèmes éternels de la mystique amoureuse : la nature de la Beauté, de la Constance, de l'Espoir 29, et surtout des raports entre sexes.
Cette dernière question revêt, aux yeux de la génération de Cowley, un importance spéciale, car la reine s’y intéresse vivement. La tradition poétique établie depuis Pétrarque y gagne un renouveau de vie sous le nom d’amour platonique. Quelle place doit-on laisser dans l’amour à l’attraction sexuelle? Aucune, déclarent les platonistes, car l’amour humain diffère précisément de celui des animaux par sa spiritualité, et n’est pas le grossier désir
a Lover and his Mistress; R. Heath. Dialogue between Silvio and Mirtillo; Habington. À Dialogue between Hope and Fear, À Dialogue between Araphill and Castara, À Dialogue between Night and Araphill; Stanley. The Exchange; Donne. À Dialogue between Sir Henry Wotton and Mr. Donne; Marvell. À Dialogue between the Soul and Body, À Dialogue between the Resolved Soul and created Pleasure; Herrick. Dialogue between himselfe and Mistresse Eliza Wheeler, Dialogue betwixt Horace and Lydia...
Appels à l’écho : W. Smith. Chloris, sonnet 22; Watson. Ekatompathia, sonnet 25, Teares of Fancie, sonnet 29; Wither, p. 107; Lodge, p. 26; Lord Herbert of Cherbury. Echo to a Rock, Echo in a Church...
28. Lorsqu'il se proclame inconstant (The Inconstant, p. 133, Inconstancy, p. 74), Cowley marche sur les traces de F. Beaumont, de Brome, de Stanley, de Suckling. Quand il accuse de laideur celle qu’il aime (Not Fair, p. 74), il se rencontre avec Brome, T. Jordan, Lovelace. Il obéit à la tradition quand il décide de se libérer du joug féminin (The Resolution, p. 102), ou se réjouit de ne plus aimer (The Welcome, p. 103), autant que Aytoun, Heath, Brome, Carew, Donne; et quand il proteste contre les obstacles qu’Elle lui oppose : virginite, honneur (Maidenhead, p. 129, Honour, p. 144), autant que Randolph, Carew, Suckling. c
C’est sans doute aussi pour se conformer à l’usage que, dans son recueil si chaste dans l’ensemble, il introduit une note sensuelle avec The Injoyment (p. 114), comme Campion, Catwright, Suckling, Lovelace et surtout Carew.
29. Beauty, p. 116, The Inconstant, p. 133, The Constant, p. 134, Inconstancy, p. 74, Called Inconstant, p. 103, For Hope, p. 110, Against Hope, p. 109.
physique, mais une contemplation désintéressée de la Beauté par
l'esprit. L’âme trouve dans son union avec une autre âme d’ineffables jouissances. Au théâtre, Davenant expose la nouvelle conception dans son masque : The Temple of Love, et la reine lui fait l'honneur significatif d’y tenir un rôle 30, Dans le lyrisme, la doctrine trouve des adeptes enthousisastes, comme Habington, Lord Herbert of Cherbury, Henry Vaughan, qui goûtent l’enivrement de la passion éthérée 31.
Mais ce qui, chez les sonnettistes élisabéthains était un rêve, un élan mystique, selon Platon 32, devient pour beaucoup de beauxesprits et de poètes des environs de 1640, une aspiration infiniment plus terre à terre. Le platonisme représente, pour eux, la nouvelle manière d’aimer, la tactique à la mode, assurée de réussir auprès des belles 33. Plus raffinée, elle dissimule le désir, et l’attise au lieu de le diminuer. Elle sert ainsi, hypocritement, la cause de l’immoralité. Des critiques modernes l’ont noté 34, mais les contemporains s’en apercevaient déjà 35, et certains ne se sont pas fait faute de condamner ce mensonge et de le tourner en ridicule 36.