‹ Abraham CowleyChapitre 243 sur 429 · Of Greatness, II, p · texte numérisé non relu

Of Greatness, II, p

4. Elegie upon Anacreon, who was choaked by a grape-stone, v. 19-24, p. 59. 5. Ibid., v. 65-70, p. 61.

infiniment moins que Herrick. Mais cela ne l'empêche pas de goûter tout le charme de l’élégant badinage du poète ancien, et il a su faire vibrer dans ses traductions un écho fidèle de sa musique aérienne.

Non qu’il nous livre des traductions exactes. A peine peut-on leur donner ce nom. Comme l'indique le titre du recueil : AN4- CREONTIQUES; Or, some copies of Verses translated paraphrastically out of Anacreon, Cowley met en pratique sa théorie de la paraphrase, et fait, sur une moindre échelle, ce qu’il a tenté avec les Odes pindariques. Respectueux de l’esprit et non de la lettre, il conserve le thème et le mouvement général du morceau, mais dans le détail il ajoute ou retranche à sa guise.

Il ajoute d’ailleurs beaucoup plus qu’il ne retranche. Si nous comparons ses adaptations aux traductions qu’au même moment donnait Stanley, l’originalité de la méthode de Cowley se révèle dès l’abord à la différence de longueur des morceaux. La première ade de Cowley compte 17 vers contre 10 à l’ode correspondante de Stanley; la seconde 20 contre 6: la troisième 23 contre 12; la quatrième 28 contre 16 6. En outre, Stanley suit le texte de très près; toute son ambition est d’en rendre la grâce claire et l'harmonie, et il y réussit souvent, bien que sa poésie soit parfois un peu pâle. Cowley suit le texte, lui aussi, mais à distance. Chaque image, presque chaque mot, éveille dans son esprit subtil une autre image, une idée neuve, qu'il ne résiste pas au plaisir d’incorporer au poème. Dans la guirlande qu’il tresse, il entrelace avec les fleurs d’Anacréon ses propres fleurs. Citons, côte à côte, l’ode intitulée « Beauty » chez les deux traducteurs. Cowley d’abord :

Liberal Nature did dispence

To all things Arms for their defence; And some she arms with sin’ewy force, And some with swiftness in the course; Some with hard Hoofs, or forked claws, And some with Horns, or tusked jaws.

6. Stanley possède le rare mérite de condenser l'original au lieu de lallonger (cf. un article de Mario Praz. Stanley, Sherburne and Ayres as translators and imitators of Italian, Spanish and French poets (Modern Language Review, 1925, pp. 280..., 419...).

And some with Scales, and some with Wings, And some with Teeth, and some with Stings., Wisdom to Man she did afford,

Wisdom for Shield, and Wit for Sword.

What to beauteous Woman-kind,

What Arms, what Armour has sh’assigned ?

Beauty is both; for with the Fair

What Arms, what Armour can compare ?

What Steel, what Gold, or Diamond,

More 1mpassible is found ?

And yet what Flame, what Lightning e’re

So great an Active force did bear ?

They are all weapon, and they dart

Like Porcupines from every part.

Who can, alas, their strength express,

Arm’d, when they themselves undress, Cap-a-pe with Nakedness ?

Voici maintenant la version de Stanley :

Horns to bulls wise Nature lends; Horses she with hoofs defends; Hares with nimble feet relieves; Dreadful teeth to Lions gives; Fishes learn through streams to slide; Birds through yielding air to glide; Men with courage she supplies; But to women these denies.

What then gives she ? Beauty, this Both their arms and armour is :

She, that can this weapon use,

Fire and sword with ease subdues.

Là où Stanley emploie le terme propre, Cowley offre au lecteur, par ses images, le plaisir raffiné de deviner. A la simple affirmation il substitue la question oratoire; il y ajoute une pointe, qui en entraîne une autre, et se termine sur une comparaison bien inattendue de la femme avec un porc-épic. Enfin, pour conclure brillamment, une antithèse surprenante. Comme dans The Mistress, il s'amuse à renouveler les lieux communs par de subtiles variations. Les mêmes qualités y trouvent leur emploi.

Et cependant l’impression du lecteur est toute différente. Tandis que The Mistress nous choque par la froideur du ton et le

caractère artificiel des sentiments, nous ne voyons dans les Anacréontiques qu’élégance et grâce. Sans doute, est-ce en partie | parce que nous n’exigeons pas ici du poète la profondeur dans la sincérité. L’anacréontisme est pour nous synonyme de fantaisie ailée, et les petits poèmes de Cowley satisfont pleinement notre idéal du genre. Mais il y a une autre raison : pour si infidèles qu'elles soient, ces paraphrases ne trahissent pas l’original, elles le prolongent. La préciosité de Cowley s’ajoute à celle d’Anacréon sans que l’on puisse, si l’on n’a pas le texte grec sous les yeux, distinguer la part de chacun. Si le dessin primitif perd une partie de sa grâce fragile-et se complique, la même allégresse, la même spontanéité insouciante l’animent. Aucune dissonance ne vient troubler l’unité du ton. Entre le poète anglais et l’auteur des Anacreonta règne une entière harmonie de pensée et d’allure. Loin de nous déplaire, l’inexactitude de ces paraphrases leur ajoute un charme de plus. La nonchalance avec laquelle Cowley suit la route tracée par son modèle, les arabesques dont il l’orne tout à loisir, gardent le parfum délicat de la joie qui les a créées. Nulle autre traduction n’égale leur vie allègre. Ecoutons le décrire les jouissances de l’épicurien :

Underneath this Myrtle shade, On flowry beds supinely laid, With od’orous Oyls my head o’reflowing, And around it Roses growing, What should I do but drink awäy

‘he Heaï, and troubles of the Day ?.… Crown me with Roses whilst I Live, Now your Wines and Oyniments give.

After Death I nothing crave, Let me Alive my pleasures have,

All are Stoicks in the Grave 1.

Mais ceci reste une paraphrase. L’anacréontisme de Cowley prend son libre essor dans la plus gracieuse de ses pièces amoureuses, dans l’exquise Chronicle. Il y développe, avec un humour et une légèreté de touche dont on ne l’aurait pas cru capable, le thème de The Account 8 :

Page 1