Of Liberty, p
19. Of Obscurity, p. 399. Cf. encore : sur la brièveté de la vie, Pindare et St. Mathieu (The Shortness of Life, p. 448, 1. 29); les psaumes et Horace (Ibid., p. 449, 1. 17), etc. Gette utilisation de l’Antiquité est d’ailleurs con-
Mais ses Essais ne sortent pas uniquement de son cerveau et
de ses lectures. Ils gardent le contact avec le monde extérieur, et avec son aspect le plus charmant : les jardins. Nous avonS tenté de définir la place que la nature a tenue dans la pensée de Cowley, et nous avons montré que, malgré ses limites, l’amour que lui porte le poète est sincère et profond. Nous disons bien le poète. Car le sentiment de la nature élève les Essais au-dessus de la raison prosaïque. Nous y sentons passer le souffle large et paisible des champs, la musique argentine du ruisseau qui scintille dans l'ombre fraîche, le parfum enivrant des parterres fleuris. Ils ne sont décrits nulle part, mais leur présence, partout suggérée, jette sur l’ensemble une trame invisible de poésie gracieuse. Avec Izaac Walton, Cowley est un des premiers poètes en prose de l’Angleterre.
Il nous paraît tout proche, d’ailleurs, de Walton, par le tempérament et les goûts. La recherche modérée du plaisir (avec, chez Walton, une note de sensualité gourmande qui existait peut-être aussi chez Cowley, mais que rien ne révèle), l’amour de la vie paisible, l’amour de la nature sous ses aspects les plus familiers, remplissent les Essais comme ils remplissent The Compleat Angler. Deux hommes foncièrement honnêtes, pleins de bonhomie et de finesse, se racontent à nous avec une spontanéité délicieuse, et comme ils ont l’un et l’autre une âme d’artiste, leurs œuvres, qu'ils vantent les charmes de la pêche à la ligne ou les mérites de la solitude, exhalent un parfum délectable de santé et de grâce.
Ecoutons Walton ressusciter le bonheur simple de l’âge d’or :
Look ! Under that broad beech-tree I sat down, when I was last this way a-fishing; and the birds in the adjoining grove seemed to bave a friendly contention with an echo, whose dead voice seemed to live in a hollow tree near to the brow of that primrose-hill. There I sat viewing the silver streams glide silently towards their centre, the tempestuous sea; yet sometimes opposed by rugged roots and pebblestones, which broke their waves, and turned them into foam; and so-
forme à tout l’esprit du siècle. Les commonplace-books ne faisaient pas autre chose que de choisir dans la littérature classique les maximes et les exemples qui pouvaient aider les chrétiens dans l’accomplissement de leurs devoirs.
metimes I beguiled time by viewing the harmless lambs; some leaping securely in the cool shade, whilst others sported themselves in the cheerful sun; and saw others craving comfort from the swollen udders of their bleating dams... 20.
Tout ici fait songer à Cowley, depuis la nonchalance paisible du ton et la sincérité du sentiment, jusqu’au rappel discret de l’idylle antique.
C'est dire que l’atmosphère des Essais diffère profondément de celle de ses poésies antérieures. Au lieu de l’ambition qui l’entraînait jadis, dans ses vers, à des raffinements factices, il ne songe plus maintenant qu’à s'exprimer en toute simplicite. Il suit la libre inclination de son talent. Il nous offre sa confession sans détours, sur le ton naturel de la conversation. Rien n’est plus spontané, plus direct, que l’essai Of Myself, ce petit chef-d'œuvre d'analyse à la fois candide et malicieuse :
It is a hard and nice Subject for a man to write of himself, it grates his own heart to say anything of disparagement, and the Readers Eares to hear anything of praise from him. There is no danger from me of offending him in this kind; neither my Mind, nor my Body, nor my Fortune, allow me any materials for that Vanity. It is sufficient, for my own contentent, that they have preserved me from being scandalous, or remarkable on the defective side. 21.
Rien n’est aussi plus élégant ni plus raffiné. Cowley sait rester dans un heureux équilibre, à mi-chemin de la vulgarité et de la solennité. Il est digne sans raideur. Il lui arrive d'employer des tournures, des images terre à terre, il nous interpelle familièrement, il ne recule pas devant l'expression populaire qui donnera un tour plus vif à sa pensée. Par exemple, il ponctue son analyse de l’ambition d’apostrophes telles que : « Pray, let us but consider a little. But, you may say. Now I would fain know. Why, lle tell you... » 22. Il risque, de temps à autre, des traits d'esprit. Du candidat au consulat, il dit :
20, Wacrow. The Compleat Angler, Aldine edition, p. 75. 21. Of Myself, p. 455.
29 T0f- Liberty, p.378:
… He must feast and bribe, and attend, and flatter, and adore many Beasts, though not the Beast with many heads 23.
Son sens de l'humour se manifeste parfois discrètement» Nous ne savons pas ce qui arrive après la mort :
And no man who has made the Experiment has been so kind as to come back to inform us 24.
Ses plaisanteries mêmes, et sa familiarité, restent toujours de bon ton. Elles enrichissent son style et l’animent, elles ne l’abaissent pas. Il nous semble entendre parler, avec une distinction naturelle, un homme d’une grande culture, que sa souriante bonhomie rend en même temps très humain.
Jamais il ne se montre guindé ni dogmatique. Sa pensée chemine, d’une allure aisée, un peu nonchalante et sinueuse, vers le but qu’elle s’est fixé. Elle est naturellement claire, malgré sa finesse, et obéit sans peine à une logique qui s’affirme parfois un peu lourdement, comme en ce début d’essai sur l’avarice, où, dès l’abord, Cowley pose le sujet, et énonce les divisions qu'il développera avec méthode :
There are two sorts of Avarice, the one is but of a Bastard kind, and that is, the rapacious Appetite of Gain, not for its own sake, but for the pleasure of refunding it immediately through all the Channels of Pride and Luxury. The other is the true kind, and properly so called; which is a restless and unsatiable desire of Riches, not for any farther end or use, but onely to hoard, and preserve, and perpetually encrease them 25.
Dans l'essai sur l’agriculture, il précise aussi la marche qu'il va suivre :
There is no other sort of life that affords so many branches of praise to a Panegyrist : The Utility of it to a mans self : The Usefulness, or rather Necessity of it to all the rest of Mankind : The Innocence, the Pleasure, the Antiquity, the Dignity.… 26.
et il expose tour à tour chacun de ces points :