ALDen. The Igrical conceit of the Elizabethans, p
118. Le mécanisme du conceit est très proche, au fond, du mécanisme de l'humour tel que l’a analysé M. Cazamian (Pourquoi nous ne pouvons déjinir l'humour. Revue Germanique, novembre 1906). Il y a chez l’auteur le même « arrêt de jugement », le même refus de distinguer le normal de l’anormal, et le même désir de créer la suprise par le contraste que présente ce refus avec nos habitudes de pensée. Le conceit, comme l’humour, est à base de paradoxe. Et il contient aussi un élément d’incertitude, en ce qu’il dépend de chaque lecteur. Comment tracer la ligne de démarcation entre ce qui est normal et ce qui ne l’est pas, entre l’image ordinaire et le conceit ? Ce qui est conceit pour un individu peut ne pas l’être pour un autre, et ce qui semble naturel à une génération peut paraître le comble de l’affectation aux générations suivantes. Pour apprécier avec justice les conceits de Donne ou de Cowley, il faudrait se refaire l’esprit et la personnalité d’un homme du
XVII° siècle.
119. L’expression est de Schelling : À Book of Elizabethan Lyrics, Intro-
duction, p. 23.
naire agilité de son esprit, tout au plaisir du jeu subtil de la dialectique, il perd contact avec le réel et semble poursuivre l’idée pour elle-même, sans plus se soucier de son contenu, ses éonceits demeurent intensément vivants, parce qu’ils ne sont jamais de vaines subtilités verbales.
On ne saurait en dire autant des conceits de Cowley. Ils ne baignent pas dans une atmosphère aussi riche, et demeurent plus près de la moyenne : ils ne montent pas si haut, et leurs chutes sont moins profondes. Ils nous plaisent moins, et ne nous déplaisent pas tant. La raison en est simple. Cowley diffère de Donne un peu comme il diffère de Pindare : entre eux s'élève la barrière infranchissable des tempéraments. Cowley, raisonnable et sage, ne pouvait rivaliser avec l’impétuosité géniale de Donne pas plus qu'avec les envolées lyriques du poète grec; il le suit à distance.
Mais il le suit, et nous retrouvons dans sa poésie tous les éléments du style métaphysique. « Métaphysique », il l’est, croyonsnous, par nature. Son esprit curieux le porte vers l’analyse psychologique. Il a, comme Donne, le besoin de comprendre, de pénétrer les secrets de l’âme et du monde. Il aime poursuivre les idées, les « anatomiser », à travers leurs formes diverses et leurs moindres ramifications. Il possède à un degré éminent le « wit » grâce auquel se découvrent les ressemblances cachées et s’élabore le conceit. Aussi se montre-t-il, dans les limites où il le peut, le fidèle disciple de Donne.
Le conceit règne en maître sur sa poésie : on pourrait dire que chaque vers en amorce ou en poursuit un, et le lecteur tombe, selon le secret désir du poète, de surprise en surprise. Jeu fatigant, mais auquel Cowley a tenté d'éviter la monotonie. Il lui donne, en effet, les formes les plus variées. Parfois il résume toute une série d’idées en un éclair soudain : un mot lui suffit. D’un mot il exprime la qualité unique et éternelle de l’œuvre de Pindare :
Pindar is imitable by none; The Phoenix Pindar is a vast Species alone 120,
ou l’amitié qui unit David et Jonathan :
No Angel ere bore to his Brother-Mind À kindness more exalted and refin’d 121.
Il associe d’une manière imprévue et suggestive une épithète et un nom: il appelle l’homme « that full Abridgment of the World », et ses efforts impuissants : « each fond Abortive Birth » 122,
En règle générale, il métamorphose l’image par l’application qu'il en fait (ceci est le type normal du conceit, et les exemples sont innombrables). Ici, pour célébrer l’embrasement de la fin du monde, un souvenir classique : « Rich Natures ancient Troy » 123; là, l’arbre de science porte des fruits scolastiques :
Each Leaf did learned Notions give, And th’Apples were Demonstrative 124.
En théologien, il déplore l’obsession de son vain amour :
My pains resemble Hell in this :
The Divine presence there too is But to torment Men not to give them bliss 126.
Il décrit le ciel en alchimiste :
Of Essences of Gems, and Spirit of Gold Was its substantial mold'; Drawn forth by Chymique Angels art 126.
Et voici Scarborough soignant la goutte et l’hydropisie :
120. The Praise of Pindar, st. I, p. 178. Cowley affectionne ce conceit : nous trouvons encore « The Phoenix Truth » (The Tree of Knowledge, v. 2, p. 45) et « Phoenix Nature » (The Extasie, st. 11, p. 206).