‹ Abraham CowleyChapitre 376 sur 429 · SEE ER · texte numérisé non relu

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limpide. Tout en rappelant Donne, il annonce Dryden. Il facilite et explique le passage de l’un à l’autre.

Ainsi comprise, son œuvre est assurée d’une place dans l’histoire littéraire anglaise. Il ne serait pas inexact de dire que sa valeur historique gagne ce que perd sa valeur artistique. L'œuvre d'un génie comme Milton est infiniment moins représentative. Elle existe en quelque sorte dans l’absolu, et on a pu l’appeler « a magnificent cul de sac » 20, Celle de Cowley n’a pas l’indépendance souveraine du chef d'œuvre. Elle se montre incapable de se détacher des conditions qui l’ont produite, elle reste l’esclave de son temps; elle en présente du moins un miroir fidèle. Elle s'offre à nous, disparate et inégale, chargée de défauts qui rebutent le lecteur moyen. Mais si Cowley avait pu lui imposer l’unité, s’il avait eu nettement conscience de son but; et si, d’autre part, son goût avait été infaillible, c’est d’abord, évidemment, qu'il aurait été le génie qu'il n’est pas; mais aussi c’est qu'il aurait obéi à un système fixe, à une convention et à une tradition qui l’auraient pour ainsi dire figé dans une école.

Telle quelle, son œuvre est dynamique, elle a le mouvement incertain de la vie. C’est vraiment une œuvre de transition. Si Milton n'avait pas existé, la physionomie du siècle n’en aurait pas été changée. Mais si Cowley n'avait pas été, il manquerait un maillon à la chaîne de l’histoire littéraire. Dans sa variété extrême, son œuvre révèle l’essentiel de son temps. Elle nous aide à comprendre ce milieu du XVII: siècle si confus, si intéressant parce que s’y trouvent pêle-mêle les éléments dont s'était nourrie l'Angleterre élisabéthaine, et ceux qui devaient constituer l’Angleterre moderne. Elle nous montre le passé essayant de barrer la route à l’avenir, sa persistance au milieu même des changements qui consacrent sa défaite. Elle nous dévoile aussi la lente progression des forces nouvelles vers un but de plus en plus clairement aperçu, mais, pour l'instant difficile à atteindre. A travers les subtilités imaginatives, nous voyons percer l'intelligence et s’affermir la raison. Encore un effort, et la victoire de l’ordre nouveau sera

acquise.

20. Cf. Havelock Ezuis. Abraham Cowley. New Statesman, 12 July 1919, p. 464.

Mais cet effort, c’est Dryden qui le fournira. Dryden lui-même ne découvre pas sa voie du premier coup. Toutefois, la période des tàätonnements est brève chez lui. On peut dire qu’elle est close lorsqu'il compose son Annus Mirabilis. Elle a duré, pour Cowley, toute la vie. Pour reprendre une comparaison chère au poète, celle qu’il appliquait, du point de vue scientifique, à Bacon, il nous apparaît comme le Moïse de la poésie anglaise, l’arrachant, au prix de longs efforts et de déchirements intimes, à l’Egypte élisabéthaine et la conduisant vers la Terre Promise du classicisme, sans qu'il lui soit donné de l’atteindre en personne.

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A. Pièces justificatives.

Nous avions l'intention de publier dans cet appendice les documents difficiles d'accès, et ceux que nous croyions avoir été le premier à découvrir et à utiliser, tels les trois testaments conservés à Somerset House, celui de Thomas Cowley, père d'Abraham, celui d'Abraham luimême, et celui de sôn frère Thomas, telles les lettres de la bibliothèque Bodléienne, qui nous permettent de croire que Cowley était bien, vers 1656, un informateur royaliste, ou encore les documents du Public Record Office prouvant, après 1660, sa prospérité matérielle.

Mais, Mr. A. H. Nethercot ayant fait dans l’ensemble les mêmes trouvailles que nous, et nous informant qu’il leur donnait dans son livre la place qu’elles méritent, nous avons jugé inutile de les reproduire à nouveau, et nous nous contentons de compléter sa liste, en donnant :

1° Le texte de la lettre adressée par le roi à Trinity College en 1660, et la décision du collège;

2° Le texte de la pétition présentée au roi par Cowley pour obtenir la direction du Savoy Hospital.

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