‹ Abraham CowleyChapitre 43 sur 429 · Admission book. Decision du 21 mars · texte numérisé non relu

Admission book. Decision du 21 mars

23. Senior Bursar ’s Accounts (voir aussi Lives of the English poets by S. Johnson. Edited by G. Birbeck Hill... p. 5, note 3).

Ce n’est pas d’ailleurs que tout soit à louer dans la façon dont l’Université conçoit son rôle, et dans l'esprit qui l’anime. Elle reste étroitement formaliste et utilitaire. Les études se contentent d’abord de prolonger et de compléter celles de l’école. Les deux grandes matières qui se partagent au début l'effort de l'étudiant sont la rhétorique et la logique.

Contre ces débuts abstraits s’élèveront, du vivant même de Cowley, de véhémentes protestations. Milton et Hobbes vont demander un bouleversement de l’esprit de l’enseignement universitaire et de ses méthodes 24 : il serait plus sage disent-ils, d’amener peu à peu les nouveaux étudiants aux abstractions difficiles en partant du simple et du concret; or, on plonge brusquement ces écoliers de la veille dans les subtilités de la logique, au risque de les rebuter ou au moins de les effaroucher dangereusement. Le bon sens donne raison à Milton et Hobbes. Mais pour comprendre comment l’Université s’obstinait à accorder une place d'honneur à la rhétorique et surtout à la logique, il faut se souvenir des fins qu’elle poursuivait à l’époque où nous sommes. Ne prépare-t-elle pas avant tout à l'Eglise ? Ce qu’elle veut, c’est moins instruire la jeunesse que former de futurs pasteurs, et les exercices de dialectique qu’elle impose, discours ou discussions sur des textes donnés, préparent aux sermons à venir et arment pour les controverses théologiques. Règles de rhétorique, lois du raisonnement, constituent le cadre essentiel dans lequel vient s'organiser la pensée. L'homme d’église n’a que faire de son érudition s’il ne sait l’utiliser pour convaincre ou réfuter. Il faut done commencer par cette étude formelle. Le cadre prêt, on se préoccupe de le garnir. A l’étude de la logique succède celle de la morale dans les traités d’Aristote et d’Aulu-Gelle; de l’histoire dans Florus; de la physique dans Aristote et Magirus; de la politique, enfin de la métaphysique, toujours dans Aristote 25.

Le programme est séduisant, mais le souci de la préparation au métier ecclésiastique en vicie l’application. Ainsi le biographe

24. Cf. Mirron. Tractate of Education, et Hogges. Leviathan, p. 496. Voir aussi WEBsTER. The examination of Academies, et la réponse de Seth Wan : Vindiciae Academiarum, 1654.

25. D’Ewes. Autobiography, 1, pp. 121 et 140. MULLINGER. Oprcil-p4329

de Matthew Robinson (qui arrivera à Cambridge en 1645) note

avec satisfaction, comme réalisant l'idéal auquel tous doivent aspirer, que son héros « avait un ensemble d'arguments inextri- Cables que bien peu pouvaient résoudre clairement, et sur presque tous les sujets, il y attirait facilement son adversaire » 26. Sa science se réduisait en somme à préparer soigneusement un certain nombre de pièges : nous pensons aux rhéteurs et à leurs artifices.

Même chez les esprits les plus sérieux, la tendance utilitaire de l’enseignement laisse des traces profondes. Elle s’étend à tous les domaines. La culture classique n’est considérée que comme un moyen, et l’intérêt littéraire que présentent les textes latins ou grecs s’efface devant la leçon morale qu’ils renferment. Comme l’école, l’Université voit dans l’Antiquité un précieux réservoir, d’une part de figures de rhétorique, de l’autre de pensées morales; comme à l’école, la culture intellectuelle reste au second plan, tandis que dominent les préoccupations morales et religieuses. L’esprit de la Réforme continue la tradition médiévale, et la Renaissance n'a pas réussi à modifier l’enseignement officiel.

Mais, dans leurs heures de liberté, les étudiants curieux, ardents de savoir, s’aventurent vers d’autres domaines plus vivants, ou s'intéressent à la littérature pour elle-même : Sir Simon d'Ewes (entré à Cambridge en 1618) ne se contente pas de lire les Anciens en lecteur désintéressé : il dévore The Faerie Queen 27. M. Robinson réserve l’après-midi aux belles-lettres, et après avoir épuisé la liste des poètes latins et grecs, il s’intéresse à l’histoire et à la géographie 28. Un autre (A. Bonwicke), vers la fin du XVII siècle, se fait un emploi du temps où les classiques tiennent une large place, mais où figure aussi l’étude des mathématiques et du français 29. Samuel Ogden, nous dit Calamy, sait l’hébreu, le grec, le latin, les mathématiques, l’anatomie, la botanique, la musique, la philosophie naturelle, ausi bien que la métaphysique et la théologie 30. Le futur évêque Bedell apprend,

26. Autobiography of Matthew Robinson, edited by J. E. B. Mayor, p. 80.

Page 1