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Woon. Fasti Oxonienses, 1690, vol. II, p

précieuses si elles étaient exactes. Malheureusement, les précisions qu’il apporte, et qui, au premier abord, sont séduisantes, paraissent être trop souvent des erreurs. Sur des points essentiels, elles ne s’accordent pas avec les renseignements que Sprat mesure avec tant de parcimonie, mais dont la vérité est certaine. De sorte qu'entre l’orateur fleuri et le collectionneur de détails. curieux, nous sommes forcés d'écouter de préférence le premier, quitte à tâcher d’écarter les voiles dont il entoure la vérité. Lui au moins connaissait bien Cowley, tandis que Wood semble avoir puisé ses ‘ informations à des traditions orales parfois bien suspectes.

Aussi n'est-ce pas Wood, mais un autre chercheur ardent, Willam Oldys, qui nous a fourni une bonne partie des précisions dont s’est enrichie pour nous la vie de Cowley. Oldys, en effet, lisant le recueil de biographies de Gerard Langbaine, a noté de sa fine écriture, dans la marge et entre les lignes, une foule d’indications et de suggestions dont nous avons pu vérifier pour la plupart l’exactitude. Son exemplaire de Langbaine se trouve, en effet, dans la bibliothèque du British Museum. Nous lui paierons, chemin faisant, notre dü.

Le dix-huitième siècle n’enrichit pas notre documentation. Tous les articles consacrés à Cowley reproduisent avec plus ou moins de fidélité, soit la biographie de Sprat, soit celle de Wood, à moins qu'ils ne fassent un mélange des deux. La célèbre étude de Samuel Johnson présente des explications et des jugements intéressants, mais non des faits nouveaux.

Au cours du dix-neuvième siècle, quelques rares chercheurs se sont mis en quête et ont fait la lumière sur un certain nombre de points de détail 7. Maïs, en général, leur récolte a été si maigre qu’ils ont dû se rabattre, eux aussi, sur l'interprétation des biographies de Sprat et de Wood, auxquelles ils ont pu ajouter celle de Samuel Johnson 8.

7. Par exemple : J. L. Chester sur la naissance de Cowley (Notes and Queries, IV, 11, p. 341...) ; G. C. Moore-Smith sur son amitié avec Cresswell (Notes and Queries, XII, 9, p. 305); GC. H. Firth sur sa correspondance avec Ormonde en 1659 (Academy, October 7, 1893).

8. Cf. Grosart, dans sa « Memorial-introduction » à l’édition complète des œuvres de Cowley: Edmund Gosse dans un article du Cornhill Magazine (December 1876): Fox. À Book of Bachelors; STeBiNG. Some Verdicts of History Reviewed.….

XIV ù INTRODUCTION

A notre tour, nous avons cherché à pénétrer dans les recoins cachés de la vie de Cowley. Nous avons tenu à nous rendre, toutes les fois que cela nous a été possible, à la source même d’où pouvait jaillir la certitude, et nous avons ainsi exploré les testaments conservés à Somerset House, les registres de paroisse de St Dunstan in the West, les archives du Record Office, et celles de la Royal Society, les registres de Trinity College à Cambridge et de St John's à Oxford, sans parler naturellement des manuscrits conservés au British Museum, à la bibliothèque Bodléienne, et à la bibliothèque de l’Université de Cambridge. En France, nous avons consulté, d’ailleurs sans succès, les Archives du Ministère des Affaires étrangères, de l’Arsenal, et de la bibliothèque Nationale.

Ces recherches nous ont permis de révéler un certain nombre de faits jusqu'ici ignorés. Pour ne citer que les plus importants, nous avons trouvé, grâce à la complaisance d’un membre de Westminster School, Mr. L. E. Tanner, la date exacte de l’entrée de Cowley à cette école. Nous avons pu également déterminer les conditions de ses débuts à l’Université, le moment de son départ pour la France, ses activités en exil, ses épreuves lors de son premier retour en Angleterre, en 1655. Dans les State Papers du Record Office nous avons découvert une copie de la pétition qu'il a présentée au roi à la Restauration, des détails sur la série des négociations qui lui ont obtenu Porch-House, et une preuve nouvelle de l'intérêt que Lord Jermyn lui portait 9.

Ces résultats diminuent les points d'ombre de la vie de Cowley. Nous les aurions souhaités plus nombreux. Quoi qu’il en soit, nous connaissons maintenant assez bien cette vie pour pouvoir reconstituer, avec une exactitude qui satisfait à peu près notre sens critique, les étapes essentielles de sa formation et l’histoire de son œuvre littéraire.

Le premier jugement critique porté sur l’œuvre est, nous ne

9. Nos recherches étaient terminées lorsque nous avons appris qu’un critique américain, Mr. A. H. Nethercot, avait de son côté entrepris d’écrire un livre sur Cowley, et se préparait à le publier. I1 a bien voulu nous en communiquer le manuscrit, et nous avons pu constater que, sur la plupart des points nous avions, l’un et l’autre, en toute indépendance, abouti aux mêmes résultats, et dû constater les mêmes lacunes. Nous y voyons la preuve que seul le hasard pourra faire découvrir du nouveau sur Cowley.

Saurions en être surpris, celui de Thomas Sprat. Il reste encore aujourd’hui un des plus intéressants, bien qu’il vise trop uniquequement à la louange de l’ami et du maître. Il exprime bien l’attitude des critiques de la fin du siècle, les Edward Phillips, les Langbaine, les Aubrey. Samuel Johnson résume de même l’opinion du dix-huitième siècle; l'éloge s’entoure de réticences, l’admiration choisit dans l’œuvre du poëte, et, tout en faisant la part du dogmatisme intransigeant du dictateur des lettres, nous ne pouvons que ratifier dans l’ensemble ces réticences et ce choix.

L'édition complète des œuvres de Cowley par le Reverend A. B. Grosart, domine de sa masse la critique du dix-neuvième siècle. Mais l'introduction, avec plus de cent-quarante énormes pages, sacrifie l'esprit critique à un enthousiasme indiscret et parfois arrogant. Tout autre est l’étude alerte et nuancée qu'Edmund Gosse a fait paraître dans The Cornhill Magazine de décembre 1876, avant de la publier dans ses Seventeenth Century Studies. C’est elle qui arrache à demi Cowley de loubli où ül sommeillait, et qui semble avoir inspiré, outre l'édition de À. R. Waller, dans les « Cambridge Classics », les rééditions partielles de ses œuvres, avec leurs commentaires : ceux de J. M. Attenborough ou de A. B. Gough pour la prose, ceux de J. Sparrow pour la poésie 10.

Cowley figure dans le Dictionary of National Biography, avec une notice de Sir Leslie Stephen, et Gosse résume ses recherches dans l’Encyclopædia Britannica. L'Histoire de la Litlérature anglaise de E. Legouis et L. Cazamian fixe, d’une manière sobre mais définitive, sa valeur personnelle et son rôle historique.

Mais, quelques justes et profondes qu’elles soient, ces appréciations diverses, forcément limitées, affirment plus qu’elles ne prouvent. Elles apportent des impressions, des jugements, dont la base demeure invisible. Nous avons tenté, pour notre part, une expli-

10. Essays and Selected Verse, edited by J. M. Attenborough. The Essays and other Prose Writings, edited by A. B. Gough. The Mistresse. With other select poems of Abraham Cowley, 1618-1667, edited by John Sparrow. The English Writings of Abraham Cowley, 2 vols, edited by A. R. Waller (Cambridge English Classics). — Nous avons adopté comme texte, pour la partie anglaise de l’œuvre de Cowley, l’édition de Waller, qui, sans être parfaite, est infiniment mieux établie que celle de Grosart, et qui est, en outre, plus accessible. Pour son œuvre latine, nous avons eu recours aux Poemata Latina de 1668.

cation méthodique de l’œuvre de Cowley. Nous avons voulu justifier notre jugement par l'analyse successive des différents aspects de cette œuvre, des idées qu’elle renferme, de la forme littéraire dont elle est revêtue, de l’art qui l’inspire. L’ampleur de notre travail est due à notre désir d'apporter des preuves. Pour une œuvre de transition comme celle de Cowley, la vérité ne sort que du détail.

Nous avons tenu, d’autre part, à donner de cette œuvre une idée aussi directe que possible. Aussi avons-nous préféré, en citant Cowley, mettre nos lecteurs en présence de son texte, sans passer par l'intermédiaire de la traduction. Traduire, c’est toujours interpréter, donc déformer, en tous cas recréer. Nous croyons que la rupture d'harmonie qui résulte du mélange d’un texte en français et de citations en anglais, outre qu’elle n’a guère d’inconvénients pour des angjlicisants, se trouve compensée, et au delà, par le contact immédiat qu’elle permet avec les habitudes de pensée et de style de l’auteur. Nons avons d’ailleurs traduit les passages où les faits seuls importent, et où l'intérêt littéraire n’entre pas en jeu.

Au cours de notre recherche, nous avons trouvé un précieux appui dans les ouvrages de M. Floris Delattre sur Robert Herrick et de M. Pierre Legouis sur André Marvell, et nous nous sommes maintes fois inspiré tant de leur méthode que de leurs conclusions.

En ce qui concerne l’œuvre même de Cowley, nous avons utilisé les suggestions contenues dans un certain nombre d’études récentes sur des points particuliers. Nous avons, par exemple, tiré grand profit de l’article de J. Mac Laren Mac Bryde sur la Davidéide, de la dissertation de R. Shafer sur l’Ode pindarique, des articles divers de A. H. Nethercot. Nous soulignons, en chemin, ce que nous leurs devons.

D'une manière générale, nous nous sommes efforcé moins de juger l’œuvre que de la comprendre. Nous avons donc relégué au second plan les appréciations critiques qu’elle a suscitées. Les études antérieures nous ont servi à contrôler notre enquête, mais ne lui ont aucunement servi de base. La base, c’est l’œuvre même de Cowley qui l’a fournie, et l’œuvre parallèle de ses contemporains. Pour nous rapprocher le plus possible de Cowley, pour

mieux saisir la raison de ses aspirations et de ses goûts, nous nous avons tâché de reconstituer l'atmosphère de son époque. Dépouillant toute théorie préconçue, refoulant nos propres réactions de Français du vingtième siècle, nous nous sommes appliqué à lire cette œuvre comme l’auteur aurait voulu qu’elle fût lue. Nous espérons ainsi avoir pénétré un peu dans son âme, et dans l’âme collective du siècle d’où elle est sortie. + à

I nous reste à remplir l’agréable devoir de remercier ceux qui ont facilité l’accomplissement de notre tâche de leur aide et de leurs conseils. |

Nous avons largement usé de l’inlassable complaisance de Mr. A. F. Scholfield, bibliothécaire de l’Université de Cambridge, de Mr. H. M. Adams, bibliothécaire de Trinity College, et particulièrement de Mr. A. Ellis, surintendant de la salle de lecture du British Museum. Nous sommes heureux de rendre hommage à la courtoisie des archivistes du Record Office, du British Museum, de la bibliothèque Bodléienne, et, à Paris, des Affaires Etrangères.

Nous voulons également assurer de notre gratitude ceux qui, comme Mr. John Sparrow, de l’Université d'Oxford, ou Mr. A. H. Nethercot, de Northwestern University, Illinois, ont bien voulu nous tenir au courant de leurs travaux et s'intéresser à nos propres recherches.

Enfin, nous tenons à reconnaître ce que nous devons à nos maîtres, à M. F. Delattre, qui nous a donné l’idée même de cette thèse, à M. E. Legouis, qui nous a obligeamment aidé de ses conseils autorisés, et surtout à M. L. Cazamian qui a dirigé notre travail avec une bienveillance de tous les instants. Et nous n’aurions garde d’oublier celui auquel ce livre est dédié, et qui fut, au cours de nos longues études, notre plus ferme et plus précieux

appui.

Toulouse, le 4 mars 1930.

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