Cf. Scorr. Op. cit., p
nace est la fuite. En octobre 1650, il se réfugie à Bruxelles. Il reviendra à Paris en juin 1651, mais ce sera pour prendre, dès le mois d'avril suivant, du service dans l’armée de Turenne.
Il n’est pas jusqu’au duc de Gloucester, alors tout enfant, que la reine ne poursuive de sa tyrannie. Poussée par son confesseur, l'abbé Montaigu, elle se livre contre lui à une véritable persécution parce qu’il refuse de se laisser convertir au catholicisme, et le marquis d'Ormonde ne l’arrache qu’à grand’peine à son despotisme 37.
Ce zèle ardent de la reine pour la religion catholique est d’ailleurs une source de malaise et de crainte pour beaucoup d’émigrés. Elle veut convertir tout son entourage, et n’accorde sa faveur qu’aux catholiques. Aussi le père Cyprien de Gamache, capucin, depuis longtemps au service d’Henriette-Marie, peut-il s’écrier : « Dieu m’a donné la grâce de ramener à Dieu, à Paris, une foule de personnes que les troubles de leur pays avaient forcées à se réfugier en France » 8. Sans vouloir mettre en doute la force de persuasion du bon père, nous pouvons croire que la peur de la misère a beaucoup contribué à éclairer les consciences. La reine n’a de cesse qu’elle n’ait fait fermer la chapelle anglicane du Louvre et, vers le milieu de 1650, forcé à partir le chapelain, ce M. Crowder, dont parle Cowley. A partir de 1652 surtout, sous l'impulsion de son nouveau confesseur, l’abbé Montaigu, elle rend la vie de plus en plus difficile aux protestants de son entourage, et il a fallu à Cowley un certain courage pour demeurer fidèle à sa foi, même protégé comme il l’était par Lord Jermyn.
Toutes ces causes réunies font de l’existence des émigrés un sombre chaos d’angoisses et de craintes. Leur amertume est d’autant plus grande que les débuts de l’exil avaient été plus brillants. Ils peuvent se souvenir avec mélancolie de l’accueil empressé que
37. Cf. le récit de cette persécution dans The Life of James, Duke of Ormonde, a new edition carefully compared with the original manuscript, 6 vols., Oxford, 1751 (T. Carte), vol. III, pp. 635-642.
38. The Court and Times of Charles the 1st; illustrated by authentic and confidential letters, from various public and private collections; including Memoirs of the mission in England of the capuchin friars in the service of Queen Henriette-Marie, by Father Cyprien de Gamache.…. edited. by M. Colburn. London, 1848. I, p. 400.
la cour de France avait fait à Henriette-Marie lors de son arrivée, en octobre 1644. Les mémoires du temps décrivent la solennité de son entrée à Paris #9. Anne d'Autriche lui. promettait une riche pension (30.000 livres par mois) ; elle linstallait au Louvre et lui cédait le château de Saint-Germain comme résidence d’été. Les divertissements et les fêtes se multipliaient en son honneur. Deux ans plus tard encore, lorsque le Prince de Galles arriva à son tour, on l’avait reçu en grande pompe 4, et on avait organisé pour le distraire des chasses, des bals, des réceptions, des représentations théâtrales 41. Mais la détresse prolongée avait lassé la bienveillance et la charité. Par degrés, l’'empressement autour des exilés avait diminué, leur infortune avait découragé, les générosités s’étaient faites plus rares, et ils avaient connu toutes les amertumes de l’exil besogneux.
Au début, Henriette-Marie avait paru, selon l'expression de Mademoiselle de Montpensier « en équipage de reine; elle avait avec elle beaucoup de dames de qualité, des carrosses, des gardes, des valets de pied. Cela diminua petit à petit, et peu de temps après, rien ne fut plus éloigné de la dignité que son train et son ordinaire » 42.
C’est que la Cour de France a elle-même bien d’autres soucis. « L'étoile était alors terrible contre les rois », s’écrie, en 1648, M"° de Motteville 43. Le Parlement de Paris semble vouloir suivre l’exemple de celui de Londres, et la Fronde prend aux yeux des contemporains (il suffit de lire les lettres de Cowley, en 1650, pour s’en rendre compte) l’allure d’une révolution. Anne d’Autriche et Mazarin n’ont pas trop de toutes leurs ressources pour mâter les rebelles. Pour les émigrés, la Fronde est désastreuse. Plus de secours à attendre de la France. Les coffres sont vides, les pensions ne sont plus payées. Quand Jacques s’est évadé d’An-
39. Voir la description qu’en fait M''° de Montpensier dans ses Mémoires (édition Chéruel, 1858), vol. I, p. 98; ou celle d'Olivier Lefèvre d’Ormesson dans son Journal (édition Chéruel, 1860), vol. I, p. 224.
40. Mémoires de M''° de Montpensier, p. 126, et Mémoires de Me de Motteville (édition F. Riaux, 1869), vol. I, p. 283.
41. Mémoires de M''° de Montpensier, pp. 138, 144... et Mémoires de Mme de Motteville, pp. 311, 314, 329...