PARIS
CHARLIEU FRÈKES ET HUILLERY, LIBRAIRES-EDITEURS
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Ké lo 12 février 1S09 , mort le 13 avril 'Jf
La vie d'un hoim(He homme, d'un citoyen qui, comme Abraham Lincohi, marche depuis ses premiers ans jusqu'au jour de sa mort dans la voie que lui Iracent la loi et la morale; qui, dans quelque circonstance qu'il se trouve, humble ou puissant, simple bûcheron ou chef d'Etat, n'oublie jamais ce que Fou doit à Dieu, à ses semblables et à soi-même; la biographie de cet apùtre du devoir doit être un enseignement salutaire pour tous , pour les premiers comme pour les plus petits parmi le peuple. Tous peuvent méditer utilement les péripéties d'abord douloureuses, glorieuses plus tard, d'une existence oîi l'adx ersité retrempe le courage dans le travail, où la virtoii'e ne trouve dans le succès qu'un argument eu faveur de la réconciliatiiju.
Oui, la vie de Lincoln doit èti'e mi exemple puiu' ceuv aux yeux desquels Ja première qualité de l'esprit est le sérieux; la première condition de la vie, la simplicité. Cette vie, commencée par le dévouement, mûrie dans les devoirs rigoureux du citoyen, s'est terminée par le sacrifice. La postérité n'en demande pas toujours autant pour faire un héros; les faiseurs de légendes sont moins exigeants alors qu'il s'agit de décerner l'immortalité à un pourfendeur de Tuns ou de Sarrasins.
L histoire a lait large place à ces conquérants antiques qui, sur la Voie Sacrée, traînaient derrière leur char les nations vaincues et enchaînées; elle a couronné Octave, ce triumvir romain qui, après avoir étayé son trône avec les cadavres des guerres civiles, sacrifia les libertés du peuple romain sur la première marche du palais d'Auguste. Quelle page réter\eia-t-el]e au président Liiicoln qui n'a vu dans ses ennemis abattus que des citoyens de l' Union amëiu ajne et qui, dans
les moments les plus difficiles d'une guerre terrible, na jamais pensé à sacrifier une seule prérogative démocratique au dieu jaloux des batailles? Sous quel jour lumineux nous montrera -t-elle la grande figure de Lincoln , mourant dans son triomphe, le jour où la justice rayait définitivement, avec la pointe de son épée victorieuse, le Code Noir de la Constitution américaine?
Si les guerriers triomphants, si les conquérants de pays et de peuples excitent l'enthousiasme de quelques-uns, je suis convaincu que le libérateur des esclaves du Sud trouvera dans le cœur de tous les hommes de bien et de sentiments généreux l'admiration qui revient de droit aux bienfaiteurs de l'humanité.
Pour étudier et écrire l'histoire de César, il faut être César lui-même ou avoir le génie de Plutarque ; j»our comprendre et raconter la vie d'Abraham Lincoln, il faut simplement sentir le bien et l'aimer. En retraçant ici l'existence du dernier Président des Etats-Unis, je n'ai qu'une ambition, celle de faire estimer cl admirer par les autres^ comme je l'estime et l'admire moi-même, le grand homme que tous, même ses ennemis, appelaient « l'honnête. »
Jamais je n'ai été plus fier d'être homme que lorsque cette mort m'a montré combien, pendant les troubles de son administration, les vertus publiques et privées d'Abraham Lincoln s'étaient gravées d'une manière lente et silencieuse dans le cœur des hommes.
BlGELOW.