‹ Abraham Lincoln;Chapitre 14 sur 24 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

La Providence a des mystères devant lesquels l'homme doit s'incliner, sans avoir la prétention de les sonder ou de les résoudre. Le spectacle de l'Iiéritier direct et légitime du grand Napoléon, ramené en France à travers les débris de deux générations de rois qui ont semblé disparaître pour lui ouvrir une marche triomphale; son rétablissement aux Tuileries, et presque sur le trône du fondateur de l'empire français, malgré les

obstacles qui paraissaient surgir pour l'en écarter: voilà des faits véritablement prodigieux, qui méritent l'attention de toutes les classes du peuple.

Une étude sérieuse et profonde des causes qui ont préparé ces grands événements ne peut donc manquer, je le suppose, d'intéresser principalement les masses populaires de notre nation. Or, ces causes se trouvent, en grande partie, dans l'homme même dont la Providence se sert pour manifester seS grands desseins sur notre pays. Voilà pourquoi je me propose de faire connaître,

Paris. Imp. Simon Boqoo et C>i^, r. d'£ifurth, I

LOUlS-NxU^OLÉON.

dans cette élude, le personnage éniiueut que le choix lihre cl pour ainsi dire spontané du peuple a chargé des destinées de la Fiance.

« J'entreprends, me dit-on, une œuvre difficile et délicate. Ecrire l'histoire d'un homme vivant, d'un homme politique, dont la carrière corameuce à peine, c'est vouloir marcher sur une cendre brûlante, c'est asseoir un édifice sur des sables mouvants, c'est m'exposer à des ennuis, à des persécutions, si je dis la vérité; c'est encourir le blâme public, ou tout au moins me vouer à l'indifférence du lecteur si mon œuvre est une palinodie des actes que nous voyons s'accomplir, le panégyrique anticipé d'un personnage qui est loin d'avoir dit son dernier mot. «

Ces raisonnements me louthont peu, je l'avoue. L'histoire contemporain^, je le sais, ne s'écrit pas de la niùnie manière que celle des temps passés : celle-ci |)ermci des allures indépendantes, le ton tranchant, caustique, satirique même; l'autre exige des formes prudentes, un ton réservé ; elle impose, en un mot, des ménagements de diverses natures. (Certes, je tiendrai compte de la différence des deux genres. Seulement, je soutiens que le prince Louis-Napoléon, s'appuyant sur un nombre, jusqu'alors inoui, de sept millions et demi de suffrages, est assez fort pour n'avoir point à redouter l'examen impartial de ses actes. Sans doute, si je me proposais de dénigrer ses intentions, je ferais mieux de briser ma plume. .Mais, en exposant les faits loyalement, sans être guidé par un sentiment louangeur ou hostile, je veux éclairer mes concitoyens sur la valeur morale de l'homuie qu'ils ont si majestueusement élu ; je veux prouver que l'instinct du peuple, dans cette circonslance, n'a pas clé aveugle, comme certaines gens feignent de le croire; je veux enlin plutôt recueillir des matériaux pour l'histoire future que porter un jugement sur des actes qu'on ne pourra justement apprécier qu'à distance.

Ce travail comprendra trois parties.

Premièrement, j'exposerai les actionsdn jeune prince, depuis son bas âge jusqu'à sa rentrée en France. Dans celte première partie, nous le verrons grandir et se préparer, par l'élude, au nMe immense que lui réservait l'avenir. Nous analyserons ses écrits, ses publications. Les faits dont nous parlerons sont assez éloignés

pour qu'il soit permis de les juger : nous les apprécierons donc à notre point de vue d'historien, et, si quelques-uusde ses actes |ieuvent être regardés comme des fautes, nous ne dissimulerons point le blàmc qu'ils auront mérité, en recherchant toutefois, avec une loyale franchise, les motifs qui pourront les justifier ou du moins les excuser.

La seconde partie comprendra l'exposé des actes et de la conduite du prince président de la Bépublique depuis le 10 décembre 1848 jusqu'au 2 décembre 1851. Ce sera une période de trois années, où nous verrons Louis- Napoléon, devenu déjà dépositaire de la confiance du peuple français par une première consécration de cinq millions et demi de voles favorables à son éleclion, préjiarcr, au milieu des dillicultésquclui suscitaient les partis qui se tiraillaienl dans l'Assemblée législative, la mise en œuvre de ses idées pour la régénération et la grandeur de la nation française.

(elle seconde partie se présentera aussi sous un jour assez éloigné pour être susceptible de certaines appréciations, pour lesquelles nous tâcherons de nous garantir de l'influence des passions du jour. Celle partie comprendra, du moins succinctement, les actes de l'Assemblée nationale législative. Celle-là est morte et hicn morte: nous pourrons la traduire librement au tribunal de l'histoire, et nous n'y manquerons pas.

Enfin, la troisième partie commencera avec la join-née du 2 décembre : elle se continuera indéfiniment. Nous l'arrêterons provisoirement au 29 mars 1832, jour de l'inslallation du nouveau pouvoir législatif ; mais nous avons le projet de publier tous les ans une ou deux livraisons pour mettre constamment ces annales au courant; ces livraisons seront paginées de manière à faire suite aux précédeules, avec lesquelles elles devront se relier. Cette dernière partie comprendra généralement le tableau exacl etcouiplei des faits qui se seront acioniplis ou qui s'accompliront dans la période écoulée depuis le 2 décembre 1831 jusqu'au jour où il sera possible de la terminer. Ou conçoit qu'ici les appréciations seront difficiles ; si la position indépendante de l'écrivain peut les lui permettre, les convenances les lui interdiront peut-être. Sur ce point, il consultera sa conscience, et fera en sorte de concilier les droits de l'histoire avec les exigences de la situation politique.

LOUIS-NAPOLÉON

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