‹ Abraham Lincoln;Chapitre 8 sur 24 · L'ASSASSIN · texte numérisé non relu

L'ASSASSIN

Malgré la soudaineté et la promptitude avec laquelle avait été accompli l'assassinat du Président Lincoln , nombre de personnes ont déclaré reconnaître dans le meurtrier J. Wilkes Boolh. Plusieurs acteurs et musiciens de l'orchestre n'ont émis aucun doute à cet égard.

M. Ferguson a vu entrer l'assassin par le couloir qui mène à la loge présiden lioJle; Rooth s'est avancé à deux pas de la porte, a retiré son chapeau, et, le prenant dans la main gauche, s'est appuyé contre le mur placé derrière lui. Il est resté dans cette attitude une demi-minute environ; puis il a fait un pas en avant, a appuyé la main sur la porte latérale, et l'a pressée du genou. M. Ferguson a entendu le coup de pistolet, a vu la figure de l'assassin au milieu de la fumée, et a de unuveau reconnu Rooth au moment oit il s'r'Iaucail sur la scène.

L'actrice Laura Keene a été un des premiers témoins de l'assassinat. Llle se préparait à entrer en scène du côté opposé à la loge du Président, au moment oiiBootliapparutsurle théâtre, passa près d'elle et lui frappa la main avec la sienne, celle qui tenait le poignard.

Elle le reconnut et apprit en même temps cjue le Président était tué. Elle ne comprit pas bien ce qiii se passait, car la confusion était à son comble, et tout le monde criait : Arrêtez l'assassin !

Booth, en traversant la scène, a rencontré le machiniste, qu'il a écarté en le frappant de son poignard. Ce fut la dernière personne qu'il trouva sur son passage.

John \\ïlkes Booth, l'assassin du Président Lincoln, embrassa comme son père la profession de comédien, ainsi que deux de ses frères, Junius Brutus et Edwin.

John Booth est né en 1838, près de Baltimore. A l'âge de seize ans, il paraissait poiu' la première fois sur la scène, et il faisait ses débuts en IS.dG à Philadelphie ; il a quekfues-uns des traits caractéristiques de la figure de son père et le talent dramatique héréditaire dans sa famille. Après avoir exercé pendant quelque temps en province, il se trouvait, en 1859 et 1860, chef de troupe à Montgomery (Alabama). On le regardait dans cette ^àl\e comme à demi fou; en 1860, il se blessait au pied avec iine arme à feu et venait dans le Nord pour réparer sa santé.

Quelque temps après son arrivée à New-York, voyant que son frère Edwin remportait de brillants succès , il se décida à faire ses débuis et fit sa première apparition au vieux théâtre de Wallack , dans Richard III. Il joua assez faiblementjusqu'àlascène du combat qui termine ce drame; mais Là, il saisit les deux épées accrochées au mur avec une force et une vigueur qui étonnèrent l'assistance; jamais cette scène n'avait été mieux représentée. Un soir, il jouait avec une telle animation, qu'attaquant M. Tilton, le fiichmond àe la circonstance, il le jeta violemment dans Forchestre et manqua de lui casser un bras. Après deux ou trois représentations de Richard, Booth joua Shylock et échoua. Le bâtard, dans Robhers de Schiller, fut son troisième rôle. Il partit après pour Boston , où il fut un peu mieux reçu.

Depuis quelques mois, John Wilkes avait cessé de jouer à cause d'une affection des bronches, et avait gagné beaucoup d'argent dans des spéculations d'huile en Virginie. 11 avait passé dernièrement une bonne partie de son temps à Washington où la ville et les théâtres lui étaient parfaitement familiers ; il y a huit à dix jours, il était à New-York, où il faisait de copieuses libations, et on dit que, dans ses moments d'ivresse, il manifestait l'intention de tuer le Président, montrant une petite balle qu'il disait destinée à ce crime. Il parlait de la guerre en public comme sécessionniste déclaré , et on dit que son frère Edwin le faisait, il y a quelque temps, rentrer chez lui à cause de son intempérance de langage; mais personne ne supposait qu'il pût deveiiir un lâche assassin.

8i LINCOLN.

Son père, Junius Brutus Booth, tragédien anglais, né à Londres le I" mai 1796, mourut dans la traversée de la Nouvelle-Orléans à Cincinnati , en décembre 18o2. Après plusieurs engagements heureux à Depford et dans d'autres villesj même à Bruxelles, il fit son début en 1814 à Coveut-Garden, à Londres,

dans Richanl III. Il avait avec le célèbre tyran, tel que le représentaient les traditions de la scène, ime si grande ressemblance personnelle, et il reproduisait son caractère d'une façon si saisissante , qu'il rivalisa heureusement avec lùlmond Kean qui venait lui-même de se faiie un nom.

Les directeurs de Drury-Lane l'admirent à joier à ce théâtre quelques rôles avec Kean; mais lorsque, quelques jours apiès, il levint à Coveut-Garden, il y

fut accueilli avec un tumulte tel, qu'il se décida à quitter pour un temps la scène de Londres. En 1831 , il débuta au.\; Etats-Unis, à Petersburg, dans la Virginie, et Tannée suivante à New- York, au théâtre du Parc; sur ces deux scènes, il remplit à plusieurs reprises son rôle favori de Richard liï. Depuis ce temps, jusqu'à la fin de sa carrière, il parut souvent dans les divers théâtres des Etats- Unis , et en dépit de certaines habitudes irrégulières, il y a acquis une popularité qu'un acteur moins bien doué n'aurait pas su conserver.

Wïlkes Booth, le fils, était, dit-on, Facteur favori de la province de Mobile. C'est probablement à la connaissance qu'il avait des dispositions intérieures du théâtre qu'il a dû de s'échapper si vite après son attentat.

Booth, le meurtrier, était de première force au pistolet; il maniait aussi l'épée dans la perfection; il pouvait lutter avec des boxeurs de profession, et était un écuyer consommé; bref, tous les exercices du corps lui étaient familiers, et il e.xcellait dans plusieurs. Il était encore à Boston le mardi précédant le crime, et ce jour-là même, comme il l'avait fait les jours précédents, il avait été à la galerie de tir tenue par MM. Floyd et Edwards, Chapman place, en face de l'hôtel Parker. Pendant cette visite, il s'est exercé à tirer dans les positions les plus excentriques, sous ses jambes, derrière son dos, etc. : il était bien disposé et il a montré une adresse extraordinaii^e. Il n'a pas parlé politique, et n'a causé que de choses indifférentes. Il n'a dû arriver à Washington que juste à temps pour faire les préparatifs de l'assassinat, disposer l'intérieur de la loge et arranger les portes.

Voici le signalement que la police de Washington a envoyé à ses agents dans toutes les directions, signalement qu'ont également publié tous les journaux :

Booth. — Taille, 5 pieds 8 pouces; poids, 160 livres; corpulence solide; cheveux noir jais, un peu frisés, de longueur moyenne, séparés par derrière; yeux noirs et forts sourcils noirs; porte une grosse bague à cachet au petit doigt ; penche la tète et regarde en bas en parlant.

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