Bigelow. Discours prononcé à Paris, le 11 mai
mations de son armée victorieuse, des noirs affranchis et de tous les amis de la liberté; le 14, il mourait assassiné.
Le soir de l'inauguration, encore tout ému du discours que je venais d'entendre, je fus présenté à la Maison-Blanche par M. Lafayette S. Foster, et j'eus l'honneur de serrer la mam à l'honnête Abraham Lincoln, que je revis encore deux fois, d'abord à un banquet et à un bal, puis une dernière, la dernière pour le monde comme pour moi, au petit théâtre Ford.
C'était un Vendredi-Saint; on jouait une pièce très en vogue, ayant pour titre le Cousin d'Amérique. Le président et madame Lincoln assistaient à la représentation, accompagnés du major Rathburn et de miss Clara Harris ; on attendait le général Grant ; la salle était comble.
Le rideau venait de se lever sur le troisième acte, lorsqu'un coup de pistolet retentit du côté de la loge présidentielle. Tous les regards s'y portent et nous voyons debout, sur le devant de la loge, un homme de taille moyenne, aux traits fortement accentués. Il agite un poignard et s'écrie, d'une voix tragique : Sic semper tyrannis1 ! Une seconde après il avait disparu dans les coulisses.