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HOMMAGES RENDUS PAR LA PRESSE FRANÇAISE A LA MEMOIRE DE LINCOLN

On lisait le 28 avril 1865 dans le Journal des Déliais : « L'œuvre s'achèvera après Lincoln ainsi qu'elle se fût achevée par lui; mais Lincoln restera la personnification austère et sacrée d'une grande époque, l'expression la plus fidèle de la démocratie.

Cet homme simple et droit, prudent et fort, élevé peu à peu de l'établi d'un artisan au commandement d'un grand peuple et toujours se trouvant, sans éclat et sans effort, au niveau de sa situation, exécutant sans précipitation, sans emphase, avec un bon sens invincible, les choses les plus colossales, donnant au monde ce décisif exemple du pouvoir civil dans une république, dirigeant une guerre gigantesque sans que les institutions libres soient un seul instant compromises ni menacées d'usurpation militaire, mourant enfin au moment où il allait pacifier après avoir vaincu (et Dieu veuille que les atroces insensés qui l'ont tué

n'aient pas tué avec lui la clémence et décidé, au lieu de la paix qu'il voulait, la pacification par la force!) ; cet homme demeurera, dans la tradition de sa patrie et du monde, en quelque sorte le peuple incarné, la démocratie moderne elle-même.

« Il fallait donc le sang du juste pour sceller le grand œuvre d'émancipation que le sang du juste avait inauguré! La tragique histoire de l'abolition de l'esclavage ouverte avec le gibet de John Brow, se fermera sur l'assassinat de Lincoln.

« Et maintenant qu'il repose auprès de Washington, comme le second fondateur de la grande république! Toute la démocratie européenne est présente en esprit à ces funérailles, comme elle a voté du cœur pour sa réélection et applaudi à la victoire dans le sein de laquelle il est enseveli. Tout entière elle voudra s'associer au monument que l'Amérique lui élèvera sur le Capitole de l'esclavagisme abattu. »

A la même date M. Henri Martin s'exprimait ainsi dans le Siècle :

« Les États-Unis ont fait une perte irréparable, et il faudrait remonter jusqu'à Washington pour trouver un citoyen qui ait rendu à la grande- république américaine autant de services que le noble et malheureux Président qui vient de tomber sous les coups d'un misérable assassin. M. Lincoln était né en 1809; il était jeune encore et cependant on peut dire qu'il n'y eut jamais de carrière d'homme d'état mieux remplie. On trouvait chez lui, à défaut des qualités trop brillantes dont on fait trop de cas en Europe, ces solides

APPENDICE *2.r.: ï

vertus du citoyen et ce robuste bon sens qui semblent être le propre de la race américaine. L'histoire en effet dira avec quelle fermeté et en même temps avec quelle modération il a su diriger la politique de l'Union dans les circonstances les plus difficiles, et sans recourir à des lois d'exception, et sans s'armer d'un pouvoir dictatorial, traverser victorieusement une crise où son pays pouvait s'abîmer...

« L'Amérique conservera le souvenir de Lincoln au môme titre que celui de Washington ; elle associera ces deux noms dans sa reconnaissance, car si l'un a fondé l'union, l'autre l'a empêchée de périr. »

fin.

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