ET DÉMOCRATES
Les deux grands partis qui se divisent l'Amérique du nord remontent à l'origine de la Constitution même.
« Les États-Unis, dit M. Tocque ville, forment une institution complexe ; on y remarque deux sociétés
engagées ou plutôt emboîtées l'une dans l'autre. On y voit deux gouvernements complètement séparés1 et presque indépendants : l'un habituel et indéfini qui répond aux besoins journaliers de la société, l'autre exceptionnel et circonscrit qui ne s'applique qu'à certains intérêts généraux, sous la forme fédérale qui se trouve dans la Constitution et qui a paru la dernière. Le gouvernement fédéral est une exception, le gouvernement des États est la règle commune. »
Les causes qui manquèrent de faire avorter l'Union des États qui avaient conquis leur indépendance subsistent après la promulgation de la Constitution. De là deux grands partis qui se partagent le pouvoir, qui s'appelaient autrefois Fédéraliste et Démocrate et qui se nomment aujourd'hui Républicain et Démocrate. En 1789, quand la Constitution entre en vigueur, nous trouvons Washington, président, chef du parti fédéraliste, du parti qui veut un gouvernement central fort, capable de résister à l'étranger et donnant le spectacle d'un des plus grands pouvoirs de la terre. Un de ses ministres qui fut plus tard aussi président, Jefferson, chef du parti démocratique, voyait dans l'extension du pouvoir central un danger pour la liberté du peuple dans chaque État et le germe de leur destruction.
En 1861, les mêmes partis sont en présence. Les républicains sous la présidence de Lincoln font prédominer la doctrine de la supériorité de l'Union sur les États et défendent cette idée que les États ne peuvent au nom de leur souveraineté attenter à la liberté humaine; en face d'eux les démocrates au nom de la liberté des États et du texte de la Constitution réclament l'immunité pour leurs institutions particulières.
Il y a bien encore d'autres différences entre les deux partis, qui, suivant les circonstances, leur ont
fait donner les sobriquets oubliés aujourd'hui, mémo à New-York et à Washington: Nulliflers, Free-soilers, Locofoo, Know-Nothing, Native- Amer icans.
Les Démocrates exaltaient l'État particulier aux dépens de l'Union, les Républicains soutenaient l'Union aux dépens de l'État particulier. L'annexion de nouveaux territores était demandée parles premiers pour étendre l'esclavage, par les autres pour l'y proscrire. Ceux-ci appelaient de tous leurs vœux l'émigration européenne et accordaient tous les droits politiques aux nouveaux venus dès le jour de leur arrivée; ceux-là, au contraire, ne reconnaissaient de droits politiques qu'aux individus nés sur le sol, et voulaient garder tous les avantages de la constitution américaine pour les Américains.
Enfin les Républicains, en majorité dans le nord essentiellement manufacturier, étaient protectionnistes pour défendre l'industrie indigène contre les fabriques étrangères, tandis que les Démocrates du sud, pays de grandes cultures, demandaient à échanger librement les produits de leur sol fécond contre les marchandises importées d'Europe.
Si la doctrine du droit des États a par deux fois failli faire sombrer l'Union, la première après la paix de 1783, la seconde parce qu'elle couvrait de sa protection l'esclavage, il faut prendre garde de tomber dans les extrêmes de la doctrine opposée. L'excès de la centralisation serait mortel pour la liberté aux États-Unis.
L'abolition de l'esclavage a fait pour jamais disparaître la cause de disjonction qui existait entre le Nord et le Sud, et la possession du droit de suffrage garantit définitivement l'affranchi contre la possibilité d'être réduit de nouveau en servitude ; — il ne faut pas que le congrès s'avance plus loin qu'il ne l'a fait dans la voie de la centralisation, et voilà pourquoi
sans doute on ne tardera p«« h voir revenir au pouvoir le parti démocratique.
La souveraineté des États diminuée du droit de sécession, et l'égalité des citoyens devant la loi civile et politique proclamée, c'est l'indépendance réelle des États particuliers unis entre eux pour la défense de leurs intérêts et l'avancement du bien-être et de la justice par le lien d'un contrat devenu indissoluble et perpétuel.