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Abraham Lincoln

Ce petit volume que j'offre au public renferme sans cloute de nombreuses imperfections. Comment les faire excuser? Dirai-je que, faute de temps, j'ai dû l'écrire au courant de la plume? On me répondrait peut-être avec le Misanthrope : « Le temps ne fait rien à l'affaire! » ce qui, par parenthèse, est complètement faux. — J'ai une meilleure raison, qui ne manquera pas d'inspirer quelque bienveillance à la critique la plus sévère. Je n'ai pas voulu — hélas f et pour cause majeure I — faire

une œuvre d'art, mais simplement une action charitable, ce qui, en définitive, vaut bien mieux. — Le 20 mai de cette année, je reçus la circulaire que la Conférence pastorale de Paris adressait aux pasteurs français, pour recommander à leur charité chrétienne les esclaves libérés aux États-Unis. L'idée me vint aussitôt d'écrire ce livre. J'ai pensé qu'un récit fidèle de la vie et de l'administration d'Abraham Lincoln, vendu au profit des quatre millions d'esclaves dont vertueux ce magistrat a brisé les fers, ne manquerait pas de produire une certaine somme qui aiderait, pour sa faible part, à soulager la profonde misère de ces malheureux. — Et maintenant, voici le livre avec son sauf-conduit.

D'après un arrangement fait avec l'éditeur, le produit de la vente d'un certain nombre d'exemplaires sera consacré à cette œuvre de soulagement.

Si le lecteur trouve quelque intérêt à cette

lecture, et qu'il en retire la forte impression morale que m'a faite le caractère de Lincoln, ce sera un précieux superflu que personne ne saurait mieux estimer que moimême.

Brighton, 15 juillet 186o.

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