‹ Abraham Lincoln, sa naissance, sa vie, sa mortChapitre 10 sur 20 · ABOLITION DE L'ESCLAVAGE DANS LES ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE DANS LES ÉTATS-UNIS

Sherman, qui s'était emparé du fort Me. Allister, sur la rivière Ogeechee, au confluent des deux rivières Albany et Savannah , assiège vigoureusement la ville de ce nom et s'empare de cette place dans la matinée du 21 décembre. 11 détruit

du coton pour 40 millions de dollars, capture 1,000 nègres et fait 4,000 prisonniers; la prise de la ville lui livre en plus 40 canons. Le lendemain, Sherman "victorieux écrit cette dépêche au président Lincoln :

Savannah, 22 décembre.

« Permettez-moi de vous offrir, comme présent de Noël, la ville de Savannah, avec cent cinquante pièces de grosse artillerie, une grande quantité de munitions et environ vingt-cinq mille halles de coton.

« W-T. Sherman , major général. »

Les rebelles avaient fait sauter les héliers cuirassés qui se trouvaient dans le port et brûlé l'arsenal. Savannah était la métropole commerciale de la Géorgie , et l'une des plus importantes villes du Sud sur l'Atlantique.

Il ne reste plus aux confédérés, comme port d'approvisionnement, que la ville de Wihnington, dans la Caroline du Nord. L'amiral Porter et le général Buttlervont se charger de la prendre. Ils commencent le bombardement, le maintiennent irrésistible pendant cinquante- quatre heures, le 2i janvier et jours suivants. Les confédérés la croyaient imprenable , mais leur général Hode sera obligé de la rendre aux fédéraux.

Pendant que Sherman ajoute à sa gloire le mérite de la prise de Savannah , Thomas, son lieutenant, livre à Hood la bataille de Nash ville, qui dure deux jours. Le premier jour, les unionistes ont attaqué les rebelles et ont enfoncé leur aile gauche, en leur prenant deux convois, seize canons et un millier de prisonniers. Le second jour, le succès, plus décisif, a amené la capture de 4,000 prisonniers et de 24 canons. La déroute de Hood est complète. Sherman , victorieux à Atlanta, à Savannah, marche sur Brandi ville pour arriver de là à Charleston. Les places fortes des confédérés doivent tomber les unes après les autres.

Le 30 janvier 1805 , la chambre des représentants, h Washington, sur la proposition du Président de la république des Etats-Unis, décrète, par 119 voix contre 50, la plus grande mesure législative du siècle. En un article unique , elle proclame l'abolition de l'esclavage. « Ni l'esclavage, ni la servitude involontaire, « excepté pour la punition d'un crime dont une personne aura été légalement « convaincue, n'existeront dans les Etats-Unis ni dans aucun lieu soumis à leur « gouvernement.

« Le Congrès aura pouvoir de faire faire des lois nécessaires à l'application de « cet article. »

Lorsque le speaker, président de la Chambre , proclama le résultat du vote , l'enthousiasme des représentants et du public se manifesta par des applaudissements si frénétiques , que toute tentative pour rétablir l'ordre fut inutile. La séance fut levée. L'assemblée n'avait pas perdu sa journée, elle venait d'affranchir un monde.

La fortune de tous côtés se prononçait en faveur de la muse nordiste. Charleston tenait encore et Richmond était défendu par Lee, le meilleur général confédéré. Mais Sherman allait assiéger la première ville et Grant bloquait la capitale sudiste.

C'est ce moment que Lincoln, abolitioniste par principe , mais prudent politique par raison, avait choisi pour proclamer l'abolition de l'esclavage. Il avait temporisé jusqu'à présent, avait marché à son but peu à peu et par décrets de plus en plus émancipât eurs , mais il n'avait pas encore trouvé l'occasion qui devait faire éclater le plus grand acte de sa politique et de son passage aux affaires.

Lincoln, ne pouvant oublier ni son serment, ni la Constitution fédérale, devait nécessairement tenir compte des résistances que rencontreraient au sein des États restés fidèles ses plans anti-esclavagistes.

A cause de cette marche lentement progressive dans l'application de ses idées, Lincoln ne saurait être accusé de timidité ni d'indifférence. Il s'est montré prudent comme doit l'être un chef d'Etat, qui n'agit pas avec la liberté d'allures que peut se permettre un philosophe dans son cabinet. 11 a commencé par abolir l'esclavage dans la capitale de la Colombie; il a proclamé la liberté des esclaves fugitifs, posé le principe de l'émancipation avec indemnité pour tous les Etats fidèles, décrété la peine de mort pour tout capitaine négrier. Il a relevé la race nègre en établissant des relations diplomatiques avec les républiques noires de Libéria et d'Haïti. Il a enfin décrété l'armement des nègres libres. Quelque abolitioniste que l'on soit, on ne peut pas demander à un chef d'Etat plus de fermeté, plus d'activité dans la résolution. Les scrupules, nés dans la conscience de Lincoln en face de son serment et de la Constitution qui reconnaît implicitement l'esclavage, ne font que plus d'honneur a l'honnêteté de son caractère.

Les nécessités de la guerre posaient la question d'émancipation, et chaque jour les événements et surtout la résistance obstinée du Sud lui faisaient faire un pas de plus vers sa solution.

Il était réservé à l'énergie d'un caractère peu ordinaire d'assigner l'heure de cette solution.

Lincoln avait trouvé dans sa conscience d'honnête homme le courage de marquer un terme à la scandaleuse institution de l'esclavage, plaie hideuse qui gangrenait le flanc de la jeune Union américaine et qu'il fallait encore cautériser avec le fei* rouge des boulets et la mitraille.

Les confédérés , surmenés par la victoire qui s'attachait aux pas des armées du Nord , songèrent plus que jamais à reprendre les négociations. Une entrevue eut lieu dans la rade de Hampton. Lincoln y assista et posa les propositions suivantes :

1° Rétablissement de l'autorité nationale sur tous les Etats ;

2° Maintien de la position prise par le Président des Etats-Unis sur la question de l'esclavage dans son dernier message annuel au Congrès.

3° Pns de cessation d'hostilités jusqu'à ce <i'"' les forces opposées au gouvernemoul se sbieni débandées.

Les commissaires du Sud, MM. Stephens, Hunter el Campbel] demandaient

la cessation des hostilités. Lincoln ne pouvail y consentir au moment où Le succès était prêt à couronner l'œuvre de la restauration de l'Union. La conférence du fort Monroë, dans la rade de Hampton, n'aboutit pas mieux que les précédentes tentatives de pacification. Elle fut close dans les premiers jours de février.

La guerre recommence. L'armée du Potomac est avancée an sud-Ouest de Petersburg, sur une petite rivière nommée Natcher's run. Après un combat assez vif, elle gagne quatre ou cinq milles de terrain qui la rapprochent de Richmond.

Sherman, dans la Caroline du Sud, occupe Brandie ville, place importante située sur le chemin de fer de Cbarleston à Angusta. Il veut contraindre les Sudistes à abandonner la métropole carolinienne.

Le 17 février, le général grand marcheur prend possession de Columbia, après un bombardement qui force Beauregard à évacuer la ville. La prise de Columbia nécessite, pour les confédérés, l'abandon de Cbarleston. Sherman y fait son entrée, le 21 février, au milieu des plus grandes manifestations de joie de la part de la population nègre.

Le général Gilmore annonce la prise de Charleston par cette dépêche :

« Au major général Ilalleck,

« Général, la ville de Charleston et toutes ses défenses sont tombées en notre « pouvoir, le 18 février au matin, avec environ 200 pièces de bonne artillerie et « un approvisionnement considérable de munitions.

« L'ennemi a commencé à évacuer les fortifications de la place le 17, au soir, «et le major Macbeth a rendu la ville au général Schimmelfenning le 18, au « matin, à 0 heures. Elle a été aussitôt occupée par nos forces. Notre mouvement « offensif de Bull's Bay , sur l'Ediste , a déterminé les confédérés à la retraite.

« Les entrepôts de coton , les arsenaux , les ponts de chemin de fer et deux « navires cuirassés ont été incendiés par l'ennemi. Quelques bâtiments en con- « struction dans les chantiers maritimes ont également été détruits.

« Presque tous les habitants qui sont restés dans la ville appartiennent à la

« classe la plus pauvre.

« A. Gilmoue. »

Voilà donc la ville célèbre cpii a eu le triste honneur de donner au Sud l'exemple de la rébellion, la ville qui a tiré le premier coup de canon de la guerre civile, la place qui a soutenu le plus long siège de la guerre, voilà donc Charleston qui se livre sans conditions au vainqueur.

Sherman se remet en marche. Il est chargé par Grant d'empêcher la jonction de Lee avec les troupes esclavagistes du Sud-Ouest et de mettre le général confédéré entre son armée et celle de Grant, pour l'attaquer de deux côtés à la fois.

Les forces du Sud sont en mouvement. Hood et Hardee cherchent à*'rej oindre Johnston, qui se trouve à la tête de 90,000 hommes formant tout l'effectif de la Caroline du Sud, de la Géorgie et de la Floride.

Punition infligée aux lâches dans l'armée fédérale.'"

Johnston manœuvre pour arrêter Sherman qui s'avance 'vers le littoral. Il attaque les fédéraux à Salisburg-Plain. Sherman le bat et le force à repasser la rivière Taskin.

t>b LINCOLN.

Sur un autre point, dans là vallée de Shenadoah, Sheridan surprend le général rebelle Early dans Charlotteville, et le fait prisonnier avec 1,800 hommes. Charlotteville, située sur le chemin de fer de la. Virginie centrale, qui relie Richmond à Lynchburg, était un des plus grands arsenaux de l'armée sudiste.

L'amiral Dahlgren, en s'emparantde Georgetown, dernier refuge des coureurs de blocus, finit d'enlever à la confédération esclavagiste le seul point d'approvisionnement qui lui restait sur l'Atlantique.

Les Sudistes remportent quelques avantages insignifiants. Lee occupe le chemin de fer de Chattanoaga à Knoxville et enlève les garnisons fédérales d'Athènes et de Sweetwatcr.

Le but de Grant, qui se prépare à agir, est d'isoler Richmond des États du Sud, de couper toutes les communications qui peuvent l'approvisionner de troupes, de munitions, de vivres.

Par son ordre, Sheridan détruit tous les ponts sur la rivière entre Lynchburg et Richmond, ainsi que tous les ponts du chemin de fer de Hanton à Charlotteville,

Shefnian, de son côté, pousse une nouvelle pointe dans la Caroline du Nord, occupe Fayettevilie et Goldsboro sur la rivière Neuse. Les confédérés sont forcés d'évacuer toutes ies villes qui formaient vers le Sud les postes avancés de la capitale esclavagiste.

Lee^ qui avait concentré dans la Caroline du Nord toutes les troupes dont il pouvait disposer en dehors de la Virginie, bat aujourd'hui en retraite devant Sherman et se concentre sous les murs de Richmond isolé.

nilnstallation de lincoln a la présidence des états-unis. nomination de m. bigelow a l'ambassade de paris, bataille de petersbcrg. prise de richmond.

Le î mars 1865, Abraham Lincoln a prêté une seconde lois, en qualité de Président des Etats-Unis, le serment exigé par la loi fondamentale. La cérémonie a été la même que celle que nous avons décrite le jour de sa première installation. Le trait saillant du discours prononcé par Lincoln fait ressortir cette déclaration, que, au nom d'une loi supérieure à la constitution devant l'autorité de laquelle il s'inclinait en 1801, au nom de l'humanité, il proclame aujourd'hui ce qu'il a déclaré au commencement de l'année, l'abolition de l'esclavage sur le sol de la République américaine.

Lincoln, le fils des pionniers quakers, l'homme aux sentiments religieux et profondément honnêtes, terminait ainsi son discours : « Sans malveillance « envers personne, avec charité pour tous et avec fermeté dans le droit autant « que Dieu nous permet de voir juste, finissons l'œuvre dans laquelle nous sommes « engagés pour panser ensuite les blessures de la nation, prendre soin de celui qui (( aura affronté les batailles, de sa veuve et de ses orphelins, et faisons tout ce « qui est en notre pouvoir pour atteindre une paix juste et durable parmi nous- « avec toutes les nations. »

Un des premiers actes de la nouvelle présidence de Lincoln lut d'élever au poste d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire des Etats-Unis à Paris, M. John Bigelovv qui, depuis la mort de M. Dayton, arrivée en décembre 1804, remplissait ces fonctions tout n'étant que consul. M. John Bigelow est né à Malden dans l'Etat de New-York, le 23 novembre 1817. D'abord avocat, puis journaliste, il fonda le journal le PUIwian, et collabora à la Démocratie Beview. Llvmmina-Post de New-York, dont il était un des principaux actionnaires, est devenu entre ses mains l'organe du parti républicain. En 1800, il contribua de toute sa publicité à l'élection de M. Lincoln. Depuis 1801, époque à laquelle M. Bigelow*est arrivé en France en qualité de consul, le diplomate écrivain S publié en français Las Etats-l'nis en 1803.

Le cinquième acte de ce drame guerrier qui, depuis quatre ans désole l'Amérique, va se jouer sous les murs de Hichinond, le dernier boulevard de l'esclavagisme.

Une indicible panique règne dans la capitale du Sud. Les sénateurs cl les représentants du Congrès rebelle abandonnent déjà leurs postes. Les journaux se lamentent et pleurent sur les ruines de la Confédération.

Le Congrès de Richmond lui-même est découragé. 11 accorde à M. Jetlèisnu Davis une quasi-dictature. 11 fait un appel au patriotisme des citoyens qui peuvent aider le trésor épuisé de la confédération, et termine enfin une session qui ne laissera derrière elle que le souvenir de sa stérilité.

Le moment est venu. Grant, qui a employé tout son temps à se fortifier et à affaiblir son ennemi, va terminer la grande lutte en faisant tomber Richmond.

La bataille commence le samedi 2i3 mars.

Le président Lincoln se trouvait depuis dix jours à City-Point , sur la rivière James , dans le voisinage du théâtre des opérations. On avait d'abord parlé de négociations. Le New-York Herald affirmait que Lee avait demandé une entrevue à Grant, que la paix était décidée, et que le Président ne retournerait pas à Washington sans l'avoir signée. On ajoutait que M. Jefferson Davis avait offert à Lincoln de renoncer à toutes ses prétentions pourvu que l'on garantit à lui et aux autres chefs sudistes les droits de citoyens. Lincoln aurait répondu qu'il ne pouvait accéder à une telle demande, attendu qu'une loi du Congrès avait déclaré les chefs rebelles déchus de tous leurs droits, et que, d'autre pari, s'il avait le plus grand désir de faire la paix , il voulait avant tout qu'elle fût solide et à l'abri de toute contestation.

Au lieu de Convoquer une conférence de paix, Lincoln réunit donc un conseil de guerre, auquel ont assisté, sous sa présidence, les généraux Grant, Sherman, Meade, Ordet Shéridan.

A la suite de cette réunion, Sherman est retourné, fort à regret sans doute , auprès de ses troupes, dans la Caroline du Nord, et Grant a ébranlé toutes ses forces, c'est-à-dire l'armée du Potomac * commandée par le général Meade;

lis LINCOLN.

l'armée du James commandée par Le général Ord et l'armée de la Shenandoah placée sons les ordres de Sherklan. Ce mouvement, commencé le 20 mars, menaçait à la fois Petersburg et Richmond; mais l'objet immédiat du général en chef était d'atteindre et de détruire le chemin de fer de Southside , qui servait à l'approvisionnement des deux vdles assiégées.

Les troupes de Grant se sont mises en marche le 29 au matin ; elles avaient été massées depuis la veille sur les routes de Vaughn et d'Halifax , au sud-ouest d'Hatcher's Run et se composaient du 2% 5e, 6e et 10e Corps d'armée. A trois heures du matin, elles quittaient leurs bivouacs et se portaient en avant. Leur flanc gauche était protégé par cinq divisions de cavalerie qui , sous les ordres de Sheridan , s'étaient dirigées pendant la nuit vers Dinwiddie Court House, à sept milles du Hatcher's Run et entre ce cours d'eau et le chemin de fer de Lynchburg. L'infanterie de Grant ne rencontra pas d'opposition, avant son arrivée sur la route de Boyltown , qui coupe celles de Vaughn et d'Halifax et où elle captura les avant-postes confédérés.

La division Griffm, du 5e corps, s'avança ensuite dans la direction de Petersburg, et dans l'après-midi elle rencontra un corps sudiste qui, formé en ligne de bataille , voulut exécuter une charge. Mais la supériorité numérique des fédéraux était telle, que les rebelles furent immédiatement forcés de se retirer en abandonnant un certain nombre de prisonniers entre les mains de leurs adversaires.

Les mouvements de Grant l'avaient rendu maître, sans coup férir, d'une position importante entre le Hatcher's Run et Je chemin de fer de Southside , position vers laquelle se rendait, d'un autre côté, le général Sheridan qui, dans la matinée du 29 mars, était déjà arrivé à Dinwiddie Court House.

Le président Lincoln, établi à City-Point, transmettait à Washington, par le télégraphe, les bulletins des opérations. Dans la première journée, le 29 mars, les troupes fédérales avaient déjà occupé la moitié de l'espace qui les séparait, la veille, du chemin de Southside. Le 30, le mouvement hit contrarié par la pluie ; cependant la lutte continuait vigoureusement. Le 31 , le général Lee qui commandait en personne les confédérés, prit l'offensive de bonne heure, fut d'abord repoussé , regagna ensuite le terrain perdu, mais finit par abandonner le champ de bataille aux fédéraux qui se trouvaient alors à un mille du Southside. C'est au général Sheridan que revient le principal honneur de cette journée.

Le premier avril, le général Sheridan délogea les Sudistes de leurs retranchements des FiveForks et atteignit la route du Southside. Le 2, à l'aube du jour, les fédéraux attaquèrent l'ennemi sur toute la ligne avec une irrésistible vigueur, le rejetèrent dans Petersburg et commencèrent à détruire le chemin de fer. Douze mille prisonniers et cinquante canons restèrent entre leurs mains. Cette journée, la cinquième et dernière de la grande bataille, qui durait depuis le 29 mars, a décidé du sort de la confédération esckvagiste.

Le général Lee, se voyant menacé du sort que Pemberton avait subi à Wicksburg, il y a deux ans, évacua Petershurget Richmond pendant la nuit du

2 au 3 , et s'échappa avec le reste de son armée par la route de Danville , la seule qui lui fût encore ouverte et qui le conduisait à Lynchburg, dans la direction du sud-ouest. Le général Grant, sans prendre aucun repos à Petersburg, partit à la poursuite de Lee , dans l'espoir de le faire prisonnier avec toute son armée , et le 4 avril il envoyait une dépêche dans laquelle il annonçait avoir fait déjà plus de 1 ,500 prisonniers et trouvé la route jonchée d'armes, de munitions , d'ambulances, de fourgons et de caissons en partie brûlés. Une telle retraite a tous les caractères d'une déroute.

Le général Weitzel a eu le premier l'honneur d'entrer à Richmond , le .'-I avril à huit heures du matin, à la tète de ses troupes, et c'étaient des troupes de couleur ! Il n'y a rien eu de prémédité dans ce fait assurément très-remarquable. Ce sont les chances d'une guerre juste et libératrice qui ont livré la capitale de l'esclavagisme aux hommes de la race servile, non pour qu'ils la pillent, l'outragent ou la dévastent, mais pour qu'ils la protègent, pour qu'ils éteignent l'incendie allumé par leurs anciens maîtres , pour qu'ils y ramènent , avec la liberté, l'ordre et l'autorité légitime.

Le général Weitzel a expédié la dépêche suivante datée de Richmond ,

3 avril, 10 heures :

« Le peuple de Richmond nous reçoit avec de grandes démonstrations de joie et d'enthousiasme. »

« Tout indiquait que le gouvernement et les troupes esclavagistes avaient fui dans la plus grande hâte, sans prendre même le temps de détruire un important matériel qui est tombé entre les mains des fédéraux.

Tout ce qui se rattache aux derniers moments du pouvoir rebelle dans la capitale virginienne a un vif attrait de curiosité. Nous résumons donc ici quelques incidents de ce grand épisode de l'histoire contemporaine.

Jefferson Davis n'est pas resté à Richmond jusqu'au lundi matin, comme on l'avait dit d'abord. Après un conseil de guerre tenu avec le général Lee et les membres du cabinet, il avait reconnu l'impossibilité de défendre sa capitale; le lendemain, il conduisit sa famille à Charlotte, dans la Caroline du Nord, et revint à Richmond. Cependant le dénoùment est venu plus vite qu'il ne s'y attendait.

Le dimanche 2 avril, il assistait aux cérémonies religieuses de l'église Saint- Paul , dont il est membre, quand on lui apporta une dépèche de Lee. Le général en chef lui annonçait la nécessité d'évacuer Petersburg et Richmond dans le plus bref délai. M. Davis partit par un convoi du soir pour Danville, en exprimant, dit-on, la résolution de continuer la lutte. Le bruit a couru qu'il avait préalablement vendu son mobilier ; mais il a été démenti. Dans cette mémorable après-midi, la cité virginienne a offert l'aspect d'un sauve-qui-peut général, au moins dans la classe aristocratique. On assure toutefois que madame Lee, la

femme du généralissime rebelle, est demeurée dans la ville. Quelques lamilles riches ont suivi ce sage exemple.

Quant à la classe laborieuse, elle était sacrifiée, selon l'usage. Les troupes sudistes , sous les ordres du général Ewell , mettaient le feu à la ville , et tout le quartier des affaires, depuis Main street jusqu'à la rivière, était réduit en cendres. Les ponts du James ont aussi été détruits. C'est à minuit que le général fédéral Weitzel fut informé de ce qui se passait dans la ville. Il ne pouvait tenter d'approcher pendant la nuit, parce qu'il savait que le terrain situé en avant des fortifications était garni de nombreuses torpilles. Il fallut donc attendre le jour. Aussitôt que la clarté le permit , il envoya un détachement de cavalerie dans la direction des lignes rebelles.

Les hommes dont se composait cette petite troupe durent avancer avec beaucoup de prudence pour éviter les torpilles qui, heureusement, étaient indiquées par des petits morceaux d'étoffe rouge. Les précautions que les rebelles avaient prises pour eux-mêmes furent fort utUes aux fédéraux. Ceux-ci virent bientôt approcher une voiture dont le cocher agitait un pavillon blanc. Cette voiture contenait M. Mayo, maire de Richmond, qui venait, en compagnie de quelques citoyens notables, offrir de rendre la ville aux autorités fédérales. L'offre était

exprimée par un écrit de la manière suivante :

« On propose de rendre formellement aux autorités fédérales la ville de

« Richmond, ci-devant capitale des Etats confédérés d'Amérique, et les fortifica-

« fions par lesquelles elle a été défendue jusqu'à ce jour. »

« Le document fut transmis au général Weitzel, qui mit aussitôt ses troupes en

mouvement et entra dans la ville. Le drapeau de l'Union, immédiatement relevé

sur le Capitole, fut salué par la population comme le symbole de sa délivrance.

L'ouvrage le plus pressé était d'éteindre le feu. C'est ce qu'on fit avec un peu

de peine. La misère était grande dans la ville, et le général Weitzel s'est mis en

mesure de taire des distributions de vivres.

« Le feu était à peine éteint qu'on a découvert un complot dontl'objet était de

rallumer l'incendie et de faire sauter un magasin contenant vingt mille livres

de poudre. Les individus auxquels on attribuait cet infernal projet ont été

arrêtés.

«Le Président s'est rendu à Richmond mardi. Il a été reçu par le peuple avec de

grandes démonstrations d'enthousiasme. Etabli dans le salon de M..Jefferson Davis,

il a reçu tous les citoyens qui ont voulu lui rendre visite. » [Opinion nationale.) Le général G. -F. Shepley a été nommé gouverneur militaire de Richmond. Il

a signalé sa prise d'autorité par l'ordre suivant :

Richmond, 3 avril 1865.

I. Les armées de la rébellion, ayant renoncé à l'entreprise d'asservir le peuple de la Virginie, se sont efforcées de détruire par le feu la capitale qu'ils ne pouvaient plus longtemps retenir en leur pouvoir.

Le lieutenant- aplonql Mauning, marchand prévôt de l'année du .lann-s, et maintenant roarschal pré vôt de Richmond, enverra immédiatement un détachement de la garde piévôtale pour arrêter, s'il est possible, le progrès des flammes.

Les pompiers de Richmond et tous les citoyens intéressés à la conservation de cette belle cité, doivent immédiatement se mettre auxoidres de cet officier et travailler de tout leur pouvoir à arrêter le progrès de l'incendie.

Le premier devoir des armées de l'Union sera de sauver la ville, que les armées de la rébellion avaient condamnée à périr.

IL Personne ne quittera la ville de Hichmond s tus un permis obtenu dans le bureau du marschal prévôt.

III. Tout citoyen, soldat ou individu quelconque qui pillera, détruira ou détournera ce qui tient aux propriétés publiques ou particulières, sera arrêté et puni sommairement.

IV. Les soldats sous mes ordres s'abstiendront de toutes paroles ou gestes offensants à l'égard des citoyens.

V. On ne permettra l'usage d'aucune expression offensante ou insultante pour le drapeau, la cause ou les armées de l'Union.

VI. Pour un exposé de leurs droits, de leurs devoirs et de leurs privilèges, les citoyens de Richmond sont respectueusement renvoyés aux proclamations émanées du Président des États-Unis au sujet de la présente rébellion.

VIL Toute personne qui a en son pouvoir ou sous son contrôle un objet quelconque appartenant à la soi-disant confédération ou à un fonctionnaire de cette confédération, ou les registres ou les archives d'un tel fonctionnaire, devra immédiatement rendre compte desdits objets au colonel Manning, marschal prévôt.

Les citoyens de Richmond reçoivent ici l'assurance qu'avec le retour au drapeau de l'Union, ils peuvent attendre le rétablissement de la paix, de la prospérité et du bonheur qui étaient autrefois leur partage sous l'Union dont ce drapeau est le gloripux symbole.

G. F. SHEPLEY,

Brigadier-général et gouverneur militaire de Richmond.

En arrivant dans la capitale du Sud, les troupes du général Weitzel, composées de noirs formant une partie du 25e corps, ont trouvé vingt-huit locomotives et cent cinquante wagons de toute espèce. Les rebelles avaient détruit, pendant la nuit de l'évacuation, la plupart de leurs magasins et de leurs ateliers militaires, et le feu s'était communiqué à plusieurs parties de la ville. Fort heureusement les fédéraux ont réussi à s'en rendre maîtres, et l'ex-capitale du [Sud a échappé au sort d'Atlanta et de Columbia.

Avant de quitter la ville, les rebelles avaient envoyé en grande hâte tous les prisonniers fédéraux de la prison Libby à Varuna Landing, sur le James, [où les échanges avaient lieu précédemment. Mais aucun officier fédéral n'était là pour recevoir les prisonniers, et ils furent mis en liberté au nombre de sept cents, par ordre des autorités rebelles.

Ces prisonniers sont arrivés à City-Point, et ils rapportent 'que pendant l'évacuation de Richmond, les rues étaient pleines de citoyens de tontes les classes et de tous les âges, qui paraissaient fort joyeux du départ des rebelles.

Les diverses dépèches reçues, s'accordent à dire que la réception faite aux troupes fédérales, à leur entrée à Richmond, a été des plus enthousiastes. Un

grand nombre d'unionistes qui avaient continué à habiter la ville depuis 1861 se

sont portés à la rencontre des soldats pour leur souhaiter la bienvenue.

De toutes parts des drapeaux américains flottaient aux fenêtres pour la première lois depuis le bombardement du fort Sumpter, et des vivat en l'honneur de l'Union sortaient de toutes les poitrines.

Ces faits suffisent pour prouver que l'Union n'a jamais cessé d'avoir des partisans dans le Sud, en dépit des assertions contraires de la presse esclavagiste.

Grant, écrit M. Cortambert, un véridique correspondant de New-York, n'avait pas donné un moment de répit au général sudiste, après l'avoir contraint d'abandonner Petersburg et Richmond. Le grand objet de Lee était de gagner la Caroline du Nord pour faire sa jonction avec Jolmston; mais il se trouvait au nord de l'Appomatox, et Grant, s'avançant sur la rive méridionale de ce cours d'eau, empêchait Lee de le traverser et le forçait de s'éloigner toujours plus de la Caroline.

Après trois jours de retraite désespérée, l'armée sudiste, constamment harassée par la Cavalerie de Sheridan, fut atteinte près de Burkesville par plusieurs divisions de l'armée fédérale, livra sa dernière bataille et subit sa dernière défaite qui fut écrasante. Quatorze pièces d'artillerie , plusieurs centaines de fourgons et treize mille hommes, au nombre desquels se trouvaient sept généraux, restèrent aux mains des vainqueurs. Le lendemain,- Grant fit proposer à Lee de se rendre, pour arrêter l'effusion du sang. Lee répondit qu'il désirait la paix, et demanda quelles étaient les conditions de Grant.

Après l'échange de plusieurs lettres, il fut convenu que Lee et tous ses hommes se reconnaîtraient prisonniers de guerre; que les armes, bagages et munitions de l'armée confédérée seraient remis aux troupes des Etats-Unis, à l'exception de l'épée qu'on permettrait à chaque officier de conserver; enfin, que tous les prisonniers seraient mis en liberté après avoir donné leur parole de ne plus porter les armes contre le gouvernement des Etats-Unis, et qu'ils pourraient retourner dans leurs foyers, où ils ne seraient jamais inquiétés par les autorités fédérales, tant qu'ils tiendraient leur parole et respecteraient les lois.

C'est le dimanche, 9 avril, que fut signée cette capitulation si honorable pour les vaincus, si magnanime de la part des vainqueurs. La nouvelle arrivait à Washington dans la première partie de la nuit, et de là, courant comme la foudre, allait réveiller toutes les villes du Nord, où on l'accueillait avec des cris d'enthousiasme, de joyeux carillons et des salves d'artillerie. Ce grand événement a presque fait oublier la prise de Richmond. En effet, Richmond n'est qu'une ville et la rébellion pouvait en trouver une autre pour y établir le siège de son gouvernement. Mais Lee et son armée, c'était la force vitale de la sécession. Cette force anéantie, la confédération n'est plus rien. Il faut (pie la guerre cesse. Johnson, dans là Caroline du Nord, a encore des forces respectables; en les réunissant ;i celles de Lee, il aurait pu résister longtemps. Abandonné à lui-

même, Une lui reste plus qu'à obtenir de Shermau ce que Graut a bien voulu accorder à Lee.

Le général Grnnt.

Richmond a beaucoup souffert de l'incendie allumé par les rebelles avant de quitter cette ville. L'ordre donné aux incendiaires par les autorités confédérées était de mettre le feu aux quatre principaux entrepôts de tabac. De là les flammes se sont communiquées à tout le quartier des affaires et auraient peut-être dévoré la ville entière, sans l'intervention des troupes fédérales.

Une quantité considérable de tabac , appartenant au gouvernement français, a péri dans cette circonstance,

L'ordre le plus parfait règne dans la cité virginienne depuis qu'elle est occupée par les forces de l'Union. Ce n'est pas un ordre comme celui qui régnait à Varsovie quand l'armée de Nicolas y avait pénétré : c'est une harmonie véritable entre les soldats et les citoyens, qui se respectent mutuellement et se reconnaissent comme les enfants d'une même patrie.

Lincoln a déjà fait deux visites à cette ville. Selon un témoin oculaire, la seconde entrée du Président à Richmond a provoqué l'enthousiasme le plus extraordinaire parmi les habitants blancs et noirs. Presque toute la population se pressait pour voir l'homme sur le compte duquel elle avait entendu tenir tant de propos outrageants. Les nègres manifestaient leur joie de la manière la plus bruyante et saluaient Lincoln comme un second Messie, Quelques-uns tombaient à genoux dans les rues et, levant les mains au ciel, remerciaient Dieu de leur avoir montré l'homme qui les délivrait, eux et leurs enfants, d'une servitude plus dure que celle de l'Egypte.

Quelques jours après la prise de Richmond, un accident très-grave mettait en péril la vie de M. Seward. Le secrétaire d'Etat s'était jeté hors de sa voiture, dont les chevaux avaient pris le mors aux dents. Il a eu un bras cassé et la mâchoire fracturée. L'âge avancé de M. Seward a fait craindre que le rétablissement ne fût difficile.

Les troupes fédérales ont attaqué Mobile.

Voici les extraits importants de la correspondance échangée entre le général ( irant et le général Lee :

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