PRISE DU FORT SUMPTER PAR LE GÉNÉRAL DEAUREGARD
Pendant un mois encore après l'installation de Lincoln à la présidence, le Nord resta dans son état de tranquillité, et, malgré cela, le bruit d'une prochaine attaque contre le fort Sumpter se propageait. Le danger paraissait imminent.
Toutefois l'attaque nVut lieu que le 12 avril, à quatre heures et demie du matin.
Le 1 1 , le général Beauregard intima Tordre au major Anderson d'abandonner la citadelle. Sur le refus de celui-ci, on commença le feu. La résistance se pro-" longea pendant trente-huit heures. — Les 70 hommes composant la garnison du fort firent des prodiges de valeur, mais les magasins à poudre ayant sauté, le feu se communiqua à des constructions en bois, servant de casernes, et les hommes durent abandonner leurs pièces d'artillerie pour combattre l'incendie qui allait toujours grandissant.
Enfin-, après une héroïque résistance, le major Anderson, convaincu de l'inutilité d'une plus longue défense, fit hisser le drapeau blanc et se rendit. Il obtint les honneurs de la guerre et sortit avec armes et bagages. Comme il voulait remettre son épée, le général Beauregard lui répondit « qu'il ne saurait désarmer un aussi brave officier. »
Chose étrange et digne de remarque , malgré la violence de l'attaque et la vigueur de la défense, pas une goutte de sang n'avait coulé. Les suites démentiront le prélude de cette guerre de géants infatigables, qui devait ébranler la fortune de l'ancien monde et désoler le nouveau.
La facile conquête du fort Sumpter enthousiasma les Etats Confédérés, mais elle causa, dans les Etats du Nord, une profonde impression de colère. Les Fédéraux répondirent en proclamant le blocus des côtes du Sud et en appelant sous les armes la milice, soit : 75,000 hommes. Une session du Congrès fut convoquée pour le 4 juillet.
L'argent et les hommes abondent dans le Nord; on sent qu'il faut, malgré la raison humanitaire, pousser la guerre avec énergie et promptitude. Le Sud fait en même temps un appel de 150,000 hommes, et annonce qu'il délivrera des lettres de marque. Quatre nouveaux Etats, l'Arkansas, la Caroline du Nord, le Tenesseeet la Virginie se joignent au parti séparatiste. Le Kentucky garde la neutralité.
Le Sud arme un corps de 6,000 hommes qui se met en marche sur Washington. Cette démonstration était peu sérieuse, quoique la capitale se trouve dans une position qui peut être facilement compromise.
Les États du Nord envoient des défenseurs sur le point menacé. C'est du Massachussets que part le premier régiment de milice ; mais arrivé à Baltimore [Marijland), il est assailli à coup de pierres par une vile populace. Il avait pensé entrer dans un pays ami et il se voyait au contraire forcé de faire le coup de pistolet. La mort de 12 hommes, tel fut le résultat de cette journée.
Cette triste nouvelle se répandit bientôt dans le Nord et une juste indignation remplaça les sentiments de conciliation dont il avait été animé jusque-là.
A cette époque, plusieurs États à esclaves avaient déclaré ou déclarèrent leur séparation :
l'Arkansas, la Louisiane,
l'Alabama, le Mississipi ,
la Caroline du Sud, le Texas.
la Floride, la Caroline du .Nord,
lu Géorgie, le Tenêssée,
puis enfin la Virginie. Le Nord s'émeut et rugit, car cette dernière rupture était d'une gravité telle, que si déjà onze sur quinze États à esclaves s'étaient déclarés contre l'Union, il fallait s'attendre à ce que les quatre autres, hésitant depuis trois mois, ne tarderaient pas, eux aussi, à faire cause commune avec la révolte.
Le Maryland refuse encore de se joindre au Sud. Cependant une certaine partie de la population prend une attitude plus que menaçante et deux régiments sont reçus à Baltimore comme l'avait été déjà le régiment du Massachussets. Ils sont accueillis par une grêle de pierres, de coups de fusil et de pistolet.