AVÉNEMENT D'ABRAHAM LINCOLN À LA PRÉSIDENCE. — SON INSTALLATION
La ville de Washington, capitale des États-Unis, est située dans le district de Colombie, et appartient à l'Etat de Maryland. Elle s’étend au pied des collines sur lesquelles s'élèvent les charmantes villas de Georgetown, où demeurent la plupart des membres du corps diplomatique. Une belle avenue d'arbres relie le faubours aristocratique à la première cité républicaine.
Le Capitole est le plus imposant édifice de la capitale américaine. George Washington en posa la première pierre, le 18 septembre 1793. 1 venait d'être complétement terminé, lorsque, le 25 août 181%, l'amiral anglais Cochrane sempara de la ville la livra au pillage et à l'incendie.
Le Capitole est aujourd'hui reconstruit sur la colline Capitol Hill, sur l'emplacement prhnitif. Un magnifique jardin, riche d'arbres séculaires et des plantes les plus variées, se développe en avant de sa facade. Deux aiîles ont été ajoutées, en 1851, à l'édifice. L'une, celle de gauche, est occupée par la salle du Sénat, et l'autre, par celle des représentants. Les séances du Congrès sont publiques. Les tribunes, qui peuvent contenir douze cents personnes, sont ouvertes à tout le monde. Ni à l'entrée, ni à l'intérieur, aucun garde, aucun huissier ne vous
npli per- > sur rent nal,
LUSSI rale
, des olir de
rnea de misntre ’elle 1e la
par é au
t de sur part jure
ue dtre ane
a tes !
ces, , Cl Les tle ous
demande votre billet. Dans ce pays tout se fait au grand jour et sans le secours de la réglementation.
C'est au Capitole que s’accomplit la cérémonie de l'installation présidentielle. Le 4 mars 1861 était le jour où Abraham Lincoln, nouveau Président des Etats- Unis, devait y prèter serment à la Constitution.
Le drapeau fédéral, orné de ses trente-quatre étoiles (une pour chaque Etat), flottait sur les édifices publics et à tous les balrons. Une foule sympathique et immense se pressait aux abords du Capitole.
Buchanan, le Président dont les pouvoirs expiraient ce jour-là, quittait la résidence présidentielle, appelée la Maison Blanche, et allait prendre Lincoln à l'hôtel Willard. Là, les deux magistrats sont montés en voiture et, précédés d'une procession patriotique, se sont rendus au Sénat.
Les vétérans de la guerre de 1812 ouvraient la marche. Ils entouraient le porteétendard, qui tenait un vieux drapeau, par la victoire usé, celui que Washington lui-même avait agité dans les combats, pendant la guerre de l'Indépendance.
La voiture présidentielle suivait les vétérans. Derrière elle venaient les exprésidents des Etats-Unis, les juges de la Cour suprème, le Corps diplomatique, les membres de l'Association républicaine, les membres du Congrès, les secrétaires d'Etat, les gouverneurs et les ex-gouverneurs des Etats et des territoires, les officiers de l’armée et de la marine en uniformes, les délégués des Etats.
L'Association républicaine, qui triomphait dans l'élection du rail spitter, avait décoré un char allégorique qui rappelait les fêtes de notre première révolution. Sur ce char, attelé de quatre chevaux blancs, tout brillant de dorures, de tentures, de drapeaux etde trophées, deux jeunes filles de quinze anssetenaient par la main. L'une, vêtue d’une tunique bleue recouverte de fourrures, symbolisait le Nord ; l'autre portait une tunique blanche et semblait s'alanguir sur les touffes de fleurs qui foisonnaient autour d'elle ; cette brune jeune fille représentait le Sud, Trentequatre autres jeunes filles de dix ans, les trente-quatre Etats de l'Union, portaient chacune la bannière de l'Etat dont elle était l'emblème.
Arrivés au Capitole, les deux Présidents furent reçus par une députation du Sénat, et se dirigèrent, suivis de leur cortège, vers l'estrade élevée sur le portique oriental du Capitole. C'est alors que Lincoln s'avanca, présenté au peuple par M. Baker, sénateur, qui, s'adressant aux cinquante mille personnes formant le public, dit simplement ces paroles : « Alor me to introduce to you Abraham Lincoln, the President elected of the United States of America. Permettez-moi de vous présenter Abraham Lincoln, le Président élu des Etats-Unis d'Amérique. » Ces mots furent couverts d’une immense acclamation, de hourras frénétiques.
Le silence rétabli, Lincoln prend la parole, et, s'adressant au peuple américain, prononce ce discours dans lequel se résument tous ses sentiments et toutes ses convictions :
« Goncitoyens des Etats-Unis,
Conformément à une coutume aussi ancienne que le gouvernement lui-même, je me présente devant
2 Er = Le RAP OT OUT 4 AE. ce mm been D
vous pour vous entretenir brièvement et prêter en votre présence le serment que la Constitution des États-Unis prescrit au Président avant son entrée en fonctions.
Je ne considère pas comme nécessaire en ce moment de discuter les matières administratives qu n'excitent spécialement ni anxiété, ni agitation. Les populations des États du Sud semblent appréhender que l'inauguration d'une administration républicaine ne mette en danger leurs propriétés, leur tranquillité et leur sûreté personnelle : il n'y a jamais eu aucune cause raisonnable à de telles appréhensions. La plus complète évidence du contraire a même toujours existé, comme chacun a été libre de s'en assurer, On la trouve dans presque tous les discours publics de celui qui vous parle en ce moment,
J'ai constamment déclaré ne vouloir intervenir ni directement ni indirectement contre l'esclavage, dans les États où cette institution existe. Je n'en ai ni le désir ni le droit. Ceux qui ont contribué par leurs votes à m'élever à la présidence onteux-mèmes placé dans le programme soumis à mon acceptation une résolution ainsi conçue : « Le maintien intact du droit des États, et spécialement des droits de chaque État de régler et de contrôler exclusivement les institutions domestiques suivant sa manière de voir, est essentiel à cet équilibre de pouvoir d'où dépendent la perfection et la durée de notre édifice politique — et nous dénonçons l'invasion, au mépris des lois, par une force armée du sol de tout État ou territoire, sous quelque prétexte que ce soit, comme le plus grand des crimes. » Quant à moi, je prête serment sans restrictions mentales, sans dessein d'interpréter dans un esprit de parti la Constitution et les lois.
Un démembrement de l'Union fédérale, jusqu'ici à l'état de menace seulement, est aujourd'hui devenu une tentative formidable. Je maintiens que, dans l'extension de la loi universelle et de la Constitution, l'union de nos États est perpétuelle, La perpétuité est implicitement, sinon expressément, dans la loi fondamentale de tous les gouvernements nationaux. On peut affirmer avec certitude qu'aucun gouvernement proprement dit n'a eu dans sa loi organique une clause relative à sa propre extinction.
L'Union est bien plus ancienne que la Constitution. Elle a été formée de fait par les articles d'association de 1776. Elle a müri et s'est développée dans la déclaration d'indépendance de 1776. Elle a müriencure, et la foi de tous les treize États d'alors fut engagée pour sa perpétuation, par les articles de confédération de 1778. Finalement, en 1787, un des buts déclarés pour promulguer et établir la Constitution fut de former une Union plus parfaite. Mais si la destruction de l'Union, par un seul ou par une partie seulement des États, est légalement possible, l'Union est amoindrie, la Constitution ayant perdu l'élément vital de la perpétuité.
11 suit de là qu'aucun État ne peut légalement sortir de l'Union de son propre mouvement ; que les résolutions et les ordonnances à cet effet sont légalement nulles, et que les actes de violence, dans n'importe quel État ou quels États, contre l'autorité des États-Unis, sont insurrectionnels, ou révolutionnaires selon les circonstances,
Je considére donc qu'au point de vue de la Constitution et des lois, l'Union n'est pas rompue, el autant qu'il sera en mon pouvoir, je veillerai, comme la Constitution me l'enjoint expressément, à ce que les lois de l’Union soient fidèlement exécutées dans tous les États.
Sans recourir à la violence et à l'effusion du sang, je considérerai, comme mon devoir, de tenir, d'occuper, de posséder les propriétés et les points de territoires qui appartiennent au gouvernement ; de percevoir les droits et les impôts ; en dehors de ce qui peut être nécessaire pour arriver à ce but, il n'y aura aucune invasion, aucun emploi de la force contre le peuple de n'importe quel État,
Là où l'hostilité contre les États-Unis sera si grande et si universelle qu'elle empèchera des citoyens résidants et capables de remplir des emplois fédéraux, on ne tentera pas d'imposer par la force aux populations des étrangers dont elles ne voudraient pas.
Bien que le gouvernement puisse, dans la stricte légalité, être en droit de tenir à ce que ces postes aient leurs titulaires, essayer d'agir ainsi scrait tellement irritant et presque si impraticable que je erois meilleur, pour ls moment, de laisser vacants les emplois en question,
Leservice postal, à moins qu'il ne soit repoussé, continuera à se faire dans toutes les parties de l'Union,
Si, par la force numérique, une majorité privait une minorité quelconque d'aucun des droits constitu-
r 4 da
des
qu der anens'en
ans otes tion gler cet ons exte les,
enu ion, à loi Tne-
tion ure, tion t de ulepent
bles ans ion-
ALU i ce
nir, L de
ny
ens aux
stes je
on,
tionnels franchement établis, cela pourrait, à un point de vue moral, justifier la révolution, et cela la justifierait pleinement s'il s'agissait d'un droit vital. Mais tel n'est pas le cas,
Tous les droits vitaux des minorités et des individus leur sont si pleinement assurés par des afflrmations et des négations, par des garanties et des prohibitions, dans la Constitution, qu'il ne s'élève jamais de controverse à ce sujet. Mais aucune loi organique ne peut être faite avec une provision spécialement applicable à chaque question qui surgit dans l'administration pratique. Aucune prévoyance n'empèchera cela, aucun document de longueur convenable ne contiendra des clauses spéciales à toutes les questions possibles,
Les fugitifs du travail servile seront-ils rendus par les autorités nationales, ou par les autorités d'État? La Constitution ne le dit pas expressément. De ces sortes de questions sont nées toutes nos controverses constitutionnelles, etelles nous divisent en majorités et en minorités, , . . , , . . . . .
Réfléchissons avec calme. On ne saurait rien perdre à prendre son temps. Serait-il possible de rendre les rapports entre le Nord et le Sud plus avantageux après une séparation définitive? Des étrangers peuvent-ils faire des traités plus aisément que des amis ne peuvent faire des lois?
Si l'on à un but quelconque en vous pressant en toute hâte de faire une démarche que vous ne feriez pas de propos délibéré, ce but sera déjoué en prenant du temps.
Aucun but utile ne saurait être compromis par la temporisation. Ceux d'entre vous qui sont mécontents ont encore entre les mains la vieille Constitution intacte, et les lois que vous mêmes avez faites en vertu de cette Constitution. De son côté, l'administration nouvelle n'a aucun désir immédiat, ni aucun pouvoir, alors même qu'elle en aurait le désir, de changer l'une ou les autres.
C'est dans vos mains à vous, mes concitoyens mécontents, et non dans les miennes, que se trouve la terrible question de la guerre civile. Vous n'aurez pas de conflit si vous n’éles pas les agresseurs.
Vous n'avez point de serment enregistré au ciel de détruire le gouvernement, tandis que moi, j'aurai le serment le plus solennel de le maintenir, le protéger et le défendre.
Nous ne sommes pas des ennemis, mais des amis. Nous ne devons pas ètre ennemis. Bien que la passion ait tendu à l'extrême nos liens d'affection, elle ne doit pas les briser.
Les cordes mystiques du souvenir qui vont de chacun de nos champs de bataille, du tombeau de chacun de nos compatriotes à chaque cœur qui bat et à chaque foyer de ce vaste pays, vibreront encore en chœur pour l'Union, »
Ce discours est vivement applaudi. Immédiatement après, Lincoln prète serment entre les mains de M. Royer B. Taney, juge président de la cour suprème des Etats-Unis, devant le peuple en inasse, sur une estrade élevée à cet effet en avant de la façade orientale du Capitole.
Les mains dans les mains de ce vieillard de quatre-vingt-quatre ans, Lincoln, d’une voix haute et nette, prononce le serment présidentiel :
K MOI, ABRAHAM LINCOLN, JE JURE SOLENNELLEMENT DE MAINTENIR, PROTÉGER ET DÉFENDRE LA CONSTITUTION DES ÉTATS-UNIS. »
Nous connaissons la fermeté de caractère, l'honnèteté de Lincoln, nous savons, d'avance comment il tiendra sa solennelle promesse. PRISE DU FORT SUMPTER PAR LE GÉNÉRAL BEAUREGARD.
Pendant un mois encore après l'installation de Lincoln à la présidence, le Nord resta dans son état de tranquillité, et, malgré cela, le bruit d’une prochaine attaque contre le fort Sumpter se propageait, Le danger paraissait imminent.
30 LINCOLN, Toutefois l'attaque n'eut lieu que le 12 avril, à quatre heures et demie du matin.
Le 11, le général Beauregard intima l'ordre au major Anderson d'abandonner la citadelle. Sur le refus de celui-ci, on commença le feu. La résistance se prolongea pendant trente-huit heures. — Les 70 hommes composant la garnison du fort firent des prodiges de valeur, mais les magasins à poudre ayant sauté, le feu se communiqua à des constructions en bois, servant de casernes, et les hommes durent abandonner leurs pièces d'artillerie pour combattre l'incendie qui allait toujours grandissant.
Enfin, après une héroïque résistance, le major Anderson, convaincu de l'inutilité d'une plus longue défense, fit hisser le drapeau blanc et se rendit. I obtint les honneurs de la guerre et sortit avec armes et bagages. Comme il voulait remettre son épée, le général Beauregard lui répondit « qu’il ne saurait désarmer un aussi brave officier. »
Chose étrange et digne de remarque, malgré la violence de l'attaque et la vigueur de la défense, pas une goutte de sang n'avait coulé. Les suites démentiront le prélude de cette guerre de géants infatigables, qui devait ébranler la fortune de l'ancien monde et désoler le nouveau.
La facile conquête du fort Sumpter enthousiasma les Etats Confédérés, mais elle causa, dans les Etats du Nord, une profonde impression de colère. Les Fédéraux répondirent en proclamant le blocus des côtes du Sud et en appelant sous les armes la milice, soit: 75,000 hommes. Une session du Congrès fut convoquée pour le 4 juillet.
L'argent et les hommes abondent dans le Nord; on sent qu'il faut, malgré la aison humanitaire, pousser la guerre avee énergie et promptitude. Le Sud fait en même temps un appel de 150,000 hommes, et annonce qu'il délivrera des lettres de marque. Quatre nouveaux Etats, l'Arkansas, la Caroline du Nord, le Tenessee el la Virginie se joignent au parti séparatiste, Le Kentucky garde la neutralité.
Le Sud arme un corps de 6,000 hommes qui se met en marche sur Washinglon, Cette démonstration était peu sérieuse, quoique la capitale se trouve dans une position qui peut ètre facilement compromise. .
Les États du Nord envoient des défenseurs sur le point menacé. Cest du Massachussets que part le premier régiment de milice ; mais arrivé à Baltimore (Maryland), 1 est assailli à coup de pierres par une vile populace. Il avait pensé entrer dans un pays anu et 1l se voyait au contraire forcé de faire le coup de pistolet. La mort de 12 hommes, tel fut le résultat de cette journée.
Cette triste nouvelle se répandit bientôt dans le Nord et une juste indignation remplaca les sentiments de conciliation dont il avait été animé jusque-là.
A cette époque, plusieurs États à esclaves avaient déclaré ou déclarèrent leur séparation :
l’Arkansas, la Louisiane, l'Alabama, le Mississipi,