‹ Abraham Lincoln, sa naissance, sa vie, sa mort [microforme]Chapitre 11 sur 36 · LES PREMIERS ACTES D'HOSTILITÉ · texte numérisé non relu

LES PREMIERS ACTES D'HOSTILITÉ

I est des noms qui portent malheur. La Caroline du Sud avait été baptisée ainsi du nom de Charles IX, roi de France, l'auteur responsable de cette tuerie huguenote qu'on appelle la Saint-Barthélemy. Ce fut le navigateur Jean Ribault, qui, fondant, en 1562, le premier établissement français dans le pays, lui donna ce nom de sinistre origine.

C'est de la Caroline, nous l'avons vu, qu'est parti le premier coup porté à l'indivisibilité de l'Union; c’est de la Caroline encore que sera tiré le premier boulet fratricide lancé contre les Nordistes.

Cet Etat, un des plus riches en plantations de coton et de riz, possède sur l’Atlantique le magnifique port de Charleston. La ville de ce nom, bâtie sur une pointe de terre qui s'avance dans la baie, est enserrée par deux rivières : l'Asley river et le Cooper river, L'édifice qui attire le plus l'attention et le plus significatif est la Sugar House, prison des nègres, où se tient le marché aux esclaves. Dans cette espèce de caverne ou dans ces catacombes à l'air infect, humide et malsain, des hommes sont enchainés et pourrissent pendant des mois, des années. Mais ces hommes sont des nègres et la pitié des Caroliniens n'est pas faite pour la race africaine. La moindre infraction, un retard de quelques minutes dans les rues après le couvre-feu, les amènent à la Sugar House, où ils sont condamnés à recevoir de vingt-cinq à cent coups de fouet.

Quatre forts sont chargés de défendre la rade : le fort Moultrie, le fort Sumpter, le château Pinkney et le fort Johnson.

Le fort Moultrie, du nom du colonel qui mit en complète déroute l’escadre anglaise de l'amiral Peter Parker, en 1776, est entouré de fossés. Les murailles, construites en pierres et en briques, sont remplies de terre à l'intérieur et ont seize pieds d'épaisseur.

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Le fort Sumpter, qui commande l'entrée même du port Charleston, a vu bâtir ses murailles de soixante pieds de hauteur sur un îlot artificiel. 11 est armé de 42 canons à la Paixhans, de 24 mortiers et de 76 canons de gros calibre. Il peut,

Supplice du collier infligé aux esclives marrons,

selon les circonstances, bombarder à la fois la ville, les autres forts et les navires qui chercheraient à forcer la passe.

Au mois de décembre 1861, le major Anderson occupait le fort Moultrie. Se voyant dans une position difficile, grâce au peu de forces dont 1l disposait en face de l'insurrection carolinienne, il se déeida à l'abandonner et, le 27, il partit

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et fut avec ses troupes s'enfermer dans le fort Sumpter. Ce départ fut accompli nuitamment, sans aucun bruit, et le lendemain seulement les habitants s’apercurent que celui qu'ils croyaient tenir entre leurs mains avait au contraire sur eux un immense avantage. Ils agirent alors par représailles et s'emparèrent non-seulement du fort Moultrie, mais encore du château Pinkney, de l'arsenal, de la douane et de l'hôtel des postes.

Ces édifices, à part l'arsenal, appartenaient au gouvernement fédéral; aussi ce coup de main fit-il une profonde impression dans le Nord, et la presse libérale se hâta-t-elle de demander le ravitaillement du fort Sumpter. |

A cet effet, on envoya le steamer the Star of the West avec des troupes et des munitions, Arrivé à l'entrée du port, le navire essuya le feu des batteries caroliniennes. Il recut trois boulets dans sa coque. Le capitaine commanda de virer de bord et revint à New-York.

C'était bien à une flagrante déclaration de guerre, et cependant le gouvernement des Etats-Unis, toujours animé de l'esprit de conciliation, se contenta de demander satisfaction de cet outrage dans une lettre qu’il adressa au commissaire carolinien. Cette lettre contenait simplement un blâme énergique contre ve qui venait de se passer. La législature de la Caroline du Sud déclara qu’elle approuvait complétement l'attaque dirigée contre le Star of the West et que la première tentative faite pour ravitailler le fort Sumpter serait considérée par elle comme une rupture, un acte d’hostilité. Aucun renfort ne fut envoyé au major Anderson jusqu'à la nomination du nouveau Président.

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