DROUYN DE LHUYS
M. le Président Schneider prit alors la parole et s'exprima en ces termes :
} « Messieurs, je veux être l'in'erprète de votre pensée, en exprimant publiquement la douleur i et l'indignation que nous avons tous ressentivs à la nouvelle de la mort sanglante du président Lincoln.
« Cet exécrable attentat a révolté tout ce qu'il y a de noble dans le cœur de la France ! Nulle part, l'émotion n'a été plus profonde ni plus universelle que dans notre pays. |
« Aussi, nous nous associons avec énergie aux sentiments et aux sympathies qui ont été manifestés ji r le gouvernement. (Oui ! oui! très-bien !)
« Appelé à diriger les affaires daus un temps de crise à jamais mémorable, M. Abraham Lincoln s'était maintenu à la hauteur de sa difficile mission. Apres avoir mo‘tré son inébranlable fermeté dans la lutte, il semblait, par la sagesse de son lan::age et de ses vues, devoir amener bientôt, entre les enfants de la patrie américain’, une féconde et durable réconciliation. (Trèsbin! très bien!) Ses derniers actes sont le couronnement de sa vie d'honnète homm: et de grand cituyen.
« Espérons que sa volonté et ses sentiments survivront à lui-même ct inspireront au peuple américain d° pacifiques et généreuses résolutions. (Nouvelles marques d'approbation.)
.«@ La France £& gémi de ces luttes sanglantes qui ont afiligé l'humanité et la civilisation. Elle désire avec ardeur le rétablissement de la paix dans le sein de cette grane nation, sun alliée et son amie (Très-bien! très-bien!}
« Que uos prières soient entendues et qu” la Providence mette un terme à de si douloureuses | épreuves! (Mouvement unanime d'approbation.)
« Le Corps législatif donne acte au gouvernement de la communication qu’il vient de lui faire et demande qu'un extrait du procès-verbal de cette séance soit officiellement adressé au ministre d'Etat. » (Assentiment général.)
Le mème jour, 1 mai, M. Vuitry, ministre présidant le conseil d'État, donnait au Sénat la communication de la dépèche adressée par M. Drouyn de Lhuys | à notre représentant à Washington.
M. Troplong, président du Sénat, prenait la parole après lui et s'adressant au
premier corps de l'Etat, s'exprimait en ces termes :
« Messieurs, en donnant acte à M. le ministre de sa communication, je demande au Sénat de
ne nettre d'exprimer en son nom un sentiment qui, par son unanimité et son énergie, 8 > de lui même à tous les cœurs. Le Sénat a éprouvé une profonde émotion à la nouvelle ü ntat commis sur le chef illustre d'une nation amie. M. Linco!n, placé depuis 1K61 à la
tête üe l'Etat américain, avait traversé lez plus douloureuses épreuves que puisse rencontrer un | peuvoir fondé sur la liberté. C'est au moment où la victoire s'oftrait à lui, non comme un sigoal Î de conquete, ma:s comme une heure de réconciliation, qu'un crime, encore obscur dans ses causes, a brisé l’existerice de ce citoyen élevé si haut par le choix de ses compatriotes M. Lincoln cest tombé lorsqu'il croyäit toucher au lerme des maux de son pays et qu’il nourrissait le patr.otique espoir de ‘e voir bientôt reconstitué et florissaut, Le Sénat, qui a toujours déploré la guerie civie, déteste à pl's forte raison ces haines implacables qui en sont le fruit et ensinglantent la politique par l'assassinat, IL n'y à dans sun sein qu'une voix pour s'unir aux pensées exprimé. s par ordre de l'Empereur, au no:n d'une politique généreuxe et de l'humanité, (Tiès bien! très-bien!)
« Je propose au Sénat d'ordonner qu'un extrait du procès-verbal de la présente séance sera of ficiellement adressé à M. le ministre d'État. (Nouvelles et très-vives marques d'approbation.)