‹ Abraham Lincoln, sa naissance, sa vie, sa mort [microforme]Chapitre 36 sur 36 · LÉGATION DES ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

LÉGATION DES ÉTATS-UNIS

Bruxelles, 26 avril 1865.

Monsieur,

« Un crime épouvantable vient de signaler l'insurrection des esclavagistes, Après avoir été marquée par des actes barbares qui ne pouvaient émaner que de l'influence d une cause barbare, sa tin a été couronnée par un crime atroce. Le président, que l'on avait tenté d’assassiner äu début de la guerre, vient de tomber. Un Dieu miséricordieux a affaibli le bras de l’assassin qui, en essayant d'assassiner dans son lit le secrétaire, d'État, a ajouté une nouvelle affliction au pays et un autre lâche crime contre la société,

« Après s’être élevé par sa propre valeur d'une sphère des plus humb'es jusqu’à une position de puissance et de responsabilité qui n'a pas d'égale dans le monde, Abraham Lincoln a donné au monde un rare ex-mple de patriotisme désintéressé, d'intégrité et de fermeté en travaillant

our l’union du pays et l'exécution des volontés du peuple. La dénomination « d'honnéte » que e sentiment populaire avait ajoutée à son nom passera dans l'histoire comme la distinction bieu méritée À joindre à celles de patriote et de martyr. Il lègue uu bel exemple à ceux qui lui survivent.

« La Providence l'avait épargné jusqu'à ce qu'il pût assister à l'ach‘vement de l'œuvre à l'accomplissement de laquelle il avait été appelé, La réb:llion ct l'esclavage, qui en avaient été la cause, sont arrivés à leur terme, et l'Uuion s'est, nou seulement couscrvce, mais a acquis comme nation, une nouvelle force et une nouvelle vitalité. Grâce à Dieu, sa sécuri 6 n'est pas attachée à la vie d'un seul homme, et la mort de cet homme n: constitue pas un danger pour elle, Son gouvernement n'est qu'une émanätion de la vVolunté populaire, et la mort de l'éu un peuple, à une autre éprque que ceile de la limite du terme présidentiel, ne peut causer aucune perturbation daus l'État, Le peup'e reste, et sa volonté est coutinuée par ses succe:seurs.

« Anpelés à porter le deuil d'un homme grand et bon et à déplorer la p-rte d’un éminent chef d'État, je vous prie de déployer aujourd hui votre drapeau et, pendant les trois jours qui

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suivront la réception de la présente cominuuieati n, de le lasser à mi-mt, eutouré d'un crûpe. Les capitaines de la marine américaine dans votre port déploicrent égatement leur pavillon pendant le même laps de temps et de la même facon,

«Je dois également vous prier de porter le crèpe ordinaire de deuil pendant trente jours.

« Votre respectueux, H. S. SANFORD, »

Peuples et souverains, tous ceux qui regardent la liberté comme un bien nécessaire, tous ont envoyé, à travers l'Océan, des paroles de sympathie fraternelle à la jeune République. Le deuil est partout, l'horreur dans toutes les Ames, l'atfiction dans tous les cœurs, En tous pays on pleure la mort d'Abraham Lincoln.

Ainsi vécut, ainsi mourut, ainsi fut honoré après sa mort Abraham Lincoln, deux fois élu Président de la république des Etats-Unis.

Si l'on recherche la cause des honneurs imusités rendus à la mémoire de Lincoln, on n'aura rien expliqué, si l'on dit seulement qu'il a été, pendant quaire années, le chef d'un Etat de trente-quatre millions d'hommes; que, pendant ce court espace de temps, 11 a combattu une insurrection formidable, soutenue dès son origine par de puissantes sympathies; qu'il l'a vaincue et qu'il a montré, par sa modération dans la victoire, qu'il était autant au-dessus de la bonne fortune que de la mauvaise, Si lon ajoute qu'il a eu le rare bonheur d'atlacher son nom au redressement de li plus ancienne des iniquités sociales, qu'après John Brown, le pendu, après Henriette Beecher-Stowe, la femme de cœur, il a brisé les fers d'une des races qui constituent la grande famille humaine, on aura dit quelque chose de plus.

Et cependant, il est un caractère plus auguste que celui de l'homme d'Etat et du réformateur qui brille dans Abrahtun Lincoln : c'est celui de l'homme de Devoir.

1 vécut par le Devoir et pour le Devoir, prenant pour devise ces paroles du poëte latin : CN'avoir rien à se reprocher, ne roungir au souvenir d'aucune faute. » Ce n'est pas seulement à la Patrie qu'il a rendu tout ce qu'il lui devait, mais encore à lui-méme, Et, quand il est tombé, frappé par la balle d’un assassin, dans ce moment fugitit qui sépare la mort de la vie, il a pu dire : « J'ai vécu! » c'est-à-dire j'ai fait ce que j'ai dû.

Oui, et on ne saurait + tromper : ce que l'Europe honore en Lincoln, qu'elle en ait conscience où qu'elle ne se l'avoue pas à elle-même, c'est le Devom. Elle affirme ainsi qu'iln'est pas deux morales, Pune pour les maitres, l'autre pour Les esclaves; l'une pour les hommes publies, l'autre pour les citoyens obscurs; qu'il n'est qu'une seule manière d'étre grand, cest de ne jamais mentir à soi-même,

ni aux autres, et détient,

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